Lutte antiterroriste : Les Américains attendent «une demande formelle de l’Algérie»

Lutte antiterroriste : Les Américains attendent «une demande formelle de l’Algérie»

par Ghania Oukazi, Le Quotidien d’Oran, 25 août 2008

Le gouvernement américain propose à l’Algérie « où cas elle le souhaite », de lui fournir les mêmes moyens de lutte antiterroriste qu’il utilise, dit-il, «contre les réseaux d’Al-Qaïda en Irak et dans d’autres pays ».

Avant même que les attentats en Algérie n’aient été revendiqués, les Américains étaient persuadés qu’ils ont été commis par ce qui est appelé Al-Qaïda Maghreb islamique (AQMI).

«Il y a une grande sympathie aux USA et surtout dans les cercles du gouvernement américain pour les Algériens qui font face à ce terrorisme d’Al-Qaïda », nous a déclaré une source du département d’Etat américain au lendemain du double attentat de Bouira. Interrogé sur ce que pourrait être la forme de l’aide que les Etats-Unis n’ont de cesse de proposer aux autorités algériennes en matière de lutte antiterroriste, le diplomate américain a affirmé qu’«il y a déjà une grande collaboration entre les deux gouvernements dans le domaine de la lutte contre les réseaux internation aux d’Al-Qaïda par exemple, contre les réseaux en Europe et aussi contre les réseaux qui envoient des jeunes Maghrébins en Irak».

Il est évident que la collaboration dont il est fait état se fait par le biais du renseignement et de l’information sécuritaire entre les services de sécurité des deux pays. Notre source ne manque pas cependant d’interroger: « Peut-on faire mieux ?». Pour répondre par elle-même «peut-être !». A ce niveau de précision, il est fait directement un parallèle entre ce qui se passe en Algérie et ce qui se passe en Irak en terme de violence. Dans ce « peut-être » que les Etats-Unis placent après « peut-on mieux faire ? », il y a ces propos de notre interlocuteur du département d’Etat US: « Par exemple, on utilise en Irak des équipements sophistiqués pour observer les frontières irakiennes ou syriennes, là où nos forces sont toujours déployées ». C’est donc des moyens modernes d’observation, entre autres équipements de lutte contre le terrorisme, qui comptent en évidence l’armement, dont les Américains aimeraient pousser les Algériens à leur en faire une commande. En effet, l’on nous dit tout de suite que « les autorités américaines sont prêtes à étudier une demande formelle des autorités algériennes d’achat de nos équipements sophistiqués ».

La demande « formelle » que les Américains mettent comme préalable pour toute collaboration américaine matérielle aux Algériens est aussi exigée pour une aide américaine dans le domaine de la formation.

« Il va sans dire que nous sommes aussi capables d’organiser des programmes de formation pour les nouveaux équipements ou pour d’autres programmes de formation pour les forces locales qui protègent les frontières ». L’administration américaine affirme ainsi être prête pour former les Algériens au maniement de ce qu’elle appelle « équipements sophistiqués de surveillance des frontières ». Ces programmes de formation, les Américains disent, par la voix de leurs diplomates, les assurer déjà au Mali et en Mauritanie.

Mais il faut croire que cette « demande formelle » des autorités algériennes ne suffit pas à elle seule pour faire bénéficier les forces de sécurité de ces procédés sophistiqués. Les Américains posent des conditions pour les délivrer, comme celle de noter qu’« il y a bien sûr les lois américaines qui régissent l’utilisation de tels équipements », dit notre source du département d’Etat. Et elle ajoute: « Il y a surtout un loi qui exige qu’un pays qui achète ces équipements ne peut pas les vendre à un troisième pays sans autorisation préalable du gouvernement américain ». La condition est posée, non sans préciser, pour éloigner le doute sur l’existence d’une quelconque partialité, que « nous exigeons la même chose d’autres pays amis qui achètent nos équipements sophistiqués comme l’Angleterre, Israël ou le Canada ». Encore une fois et en guise de conclusion, l’essentiel reste pour notre source « cette demande formelle d’achat que l’Algérie doit formuler, parce qu’on ne peut lui fournir de tels moyens sur un simple commentaire d’un responsable américain dans la presse ».