Les militaires américains lancent «l’alliance régionale de sécurité»

APRES LA PARTICIPATION DU GENERAL LAMARI AU SOMMET ANTITERRORISTE DE STUTTGART

Les militaires américains lancent «l’alliance régionale de sécurité»

Le Quotidien d’Oran, 14 avril 2004

Le commandement des forces américaines en Europe (EUCOM) a invité les 8 Etats maghrébins et africains qui ont participé au sommet antiterroriste de Stuttgart à créer «une alliance régionale de sécurité» pour combattre le terrorisme.

Deux semaines après le sommet de Stuttgart qui s’est déroulé sous haute sécurité dans une base militaire américaine en Allemagne et qui a regroupé 8 chefs d’état-major des armées de l’Algérie, la Tunisie, le Maroc, le Tchad, le Niger, le Sénégal, la Mauritanie et le Mali, l’état-major de l’EUCOM a dévoilé les grandes lignes du plan établi par cette coalition régionale afin de sécuriser la zone subsaharienne et le Maghreb dans le cadre de l’initiative du Pentagone, appelée «Pan-Sahel».

Ce sommet qui s’est déroulé juste après les attentats de Madrid et auquel a participé le général de corps d’armée, Mohamed Lamari, chef d’état-major de l’ANP, a permis aux militaires américains et africains de s’entendre sur une sorte de programme qui vise, d’abord, à renforcer la sécurité régionale en terme de lutte antiterroriste et d’échange de renseignements opérationnels. «Tout le monde s’est accordé à dire que la priorité numéro un est la lutte contre la montée de l’extrémisme islamiste et le terrorisme dans la région», a indiqué un officier américain cité par The Boston Globe.

Les 8 chefs d’état-major ont approuvé l’idée américaine d’élever le niveau de coopération tactique entre les armées de la région dans le cadre multilatéral. Il doit comporter la densification de l’échange du renseignement, notamment de type électronique et les écoutes téléphoniques établies dans le Sahel, l’organisation de patrouilles conjointes le long des frontières communes entre ces Etats et surtout établir une sorte de linkage opérationnel qui permettrait aux uns et aux autres de s’appuyer militairement en cas de déclenchement d’une opération antiterroriste.

En quelque sorte, l’opération de Tibesti montée par les forces tchadiennes contre un commando du GSPC aurait mobilisé, si elle devait se dérouler dans le futur, d’autres armées pour sécuriser le périmètre et couper tout repli des islamistes au-delà des frontières. Le commandement américain a également exhorté les 8 Etats à collaborer dans cette nouvelle «alliance régionale de sécurité» (regional security alliance / RSA) qui aura un contour officiel d’ici la fin de l’année 2004. Pour ce faire, un autre sommet entre les mêmes partenaires est prévu en été afin de peaufiner cette alliance qui sera soumise à l’expérience sur le terrain entre armées de la région. Cette approche régionale est encouragée par les récents propos du général Charles Wald, commandant en chef de l’EUCOM, qui a indiqué: «Nous ne pouvons pas aller n’importe où et faire n’importe quoi. C’est pour cela que nous avons besoin de partenaires» en référence au sommet de Stuttgart. Une version différente de ces derniers mois lorsqu’il avait comparé le Sahel à l’Afghanistan et promettait que l’armée américaine allait traquer les cellules d’Al-Qaïda «là où elles se trouvent».

Pour ce faire et depuis un mois, 200 instructeurs du 10ème groupe des forces spéciales de l’EUCOM, les fameux «bérets verts», se trouvaient au Mali et au Niger afin d’enseigner aux militaires de ces deux pays de nouvelles techniques de combat et de retraçage des groupes salafistes dans le Sahel. Un programme d’entraînement de l’ordre de 7,75 millions de dollars financé par le département d’Etat américain.

Les militaires présents à cette réunion indiquent que ce sommet n’est que «la première étape d’un long processus» qui devrait mener à terme à intégrer cette «alliance régionale de sécurité» comme le fer de lance de la future force africaine d’interposition qui sera coiffée politiquement par l’Union africaine. Ceci pour passer de la phase de l’antiterrorisme au traitement des conflits civils africains.

Mounir B.