Affaires domestiques

AFFAIRES DOMESTIQUES

par M. Saadoune, Le Quotidien d’Oran, 23 février 2012

La secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton sera à Alger et discutera avec les responsables algériens des «développements internes, des préparatifs des élections législatives du 10 mai et des défis auxquels fait face la région».

La phrase est tirée du communiqué du département d’Etat américain annonçant la visite de Mme Clinton dans les pays du Maghreb. En écho, le porte-parole du ministère algérien des Affaires étrangères indique que les entretiens de la dirigeante américaine porteront, entre autres, «sur le train des réformes politiques profondes en cours dans notre pays». Les responsables algériens acceptent, publiquement, de discuter donc des affaires domestiques avec des responsables étrangers. Sans façon ! Dans le cas d’espèce, cela est exhibé avec une certaine satisfaction, comme une sorte de trophée attestant du «sérieux» des réformes. Lesquelles seront engagées, selon la révision un tantinet opportuniste de l’histoire de M. Mourad Medelci, il y a plus de vingt ans.

Personne ne va bien entendu crier – comme cela est régulièrement le cas des hommes du pouvoir qui s’énervent par exemple que des opposants ou des journalistes puissent rencontrer des diplomates – à l’ingérence ou à la perte de souveraineté. Ce serait puéril. Mais constatons quand même qu’officiellement, le pouvoir algérien parle des affaires domestiques avec les étrangers et se soucie de les convaincre de ce qu’il fait en interne. On aurait aimé qu’il ait également le même souci de convaincre les Algériens et notamment les forces politiques du pays : celles-là mêmes qui ne sont jamais reconnues comme des partenaires libres et qu’il s’évertue à tenir soit en laisse, soit en marge.

Pour une bonne partie de l’opposition algérienne, il n’y a aucune volonté d’avancer de la part du régime. Et ils en tiennent pour preuve le fait qu’il ait refusé d’engager un vrai débat national sur l’état des lieux du pays et sur la nature des réformes à mener au profit d’un ersatz de «dialogue national» à travers l’ex-commission Bensalah. Ce refus d’ouvrir le débat et d’esquisser un bilan, d’autant plus nécessaire que nous vivons dans l’année du cinquantenaire de l’indépendance, est interprété aussi comme le signe d’une volonté de préserver un système qui a très largement apporté la preuve de son obsolescence. Il est vrai que le régime joue sur du velours sur une entreprise de dépolitisation réussie mais qui risque de s’avérer, à terme, comme une victoire à la Pyrrhus. La dépolitisation n’a jamais été un signe de bonne santé, elle fait le lit des populismes, religieux notamment.

Mais à l’évidence, au sein du pouvoir, une démocratisation «spécifique» est la seule option offerte aux Algériens. Et face aux évolutions tumultueuses qui se déroulent dans la région, la diplomatie algérienne se déploie pour défendre cette approche «spécifique» et obtenir une caution extérieure, occidentale pour être plus précis, à sa démarche.

Dans ce jeu où personne n’est vraiment dupe, les Occidentaux, qui ne semblent pas s’attendre à une contestation généralisée organisée en Algérie, en profitent pour faire passer leurs «demandes». Les Occidentaux, américains en tête, n’insisteront donc pas sur la qualité de la «démocratisation» mise en œuvre mais ils demanderont par exemple, au nom de l’impératif d’une meilleure coordination sécuritaire, la fin des querelles algéro-marocaines. Et on peut dire que les apparences sont déjà «sauves», puisque le Maghreb est soudain redevenu un souci important dans toutes les lèvres officielles. Les Algériens devront trouver les ressources en eux-mêmes pour poursuivre leur combat, déjà entamé, pour une démocratie authentique, non spécifique. Sans compter sur des soutiens occidentaux. Et c’est tant mieux.