320 Algériens détenus à travers le monde

RAPPORT DU CONSEIL DE SÉCURITÉ SUR LE TERRORISME TRANSNATIONAL

320 Algériens détenus à travers le monde

L’Expression, 23 novembre 2006

Sur le millier de personnes arrêtées par les autorités pakistanaises, on a dénombré 70 Algériens, soit la deuxième plus grande proportion par pays, après l’Arabie Saoudite.

Dans le dernier rapport de son Comité sur les activités d’Al Qaîda et des talibans, le Conseil de sécurité établit un bilan des activités terroristes menées en Afghanistan et en Irak, et un peu partout dans le monde.
Preuve du regain de puissance des talibans, le rapport souligne que depuis le début de 2002, sur le millier de personnes arrêtées par les autorités pakistanaises, on a dénombré 86 Saoudiens, 70 Algériens, 36 d’Afrique occidentale, 28 Indonésiens, 22 Emiratis, 20 Egyptiens, 20 Marocains, 18 Malais, 11 Libyens, 11 du Royaume-Uni, 7 Koweitiens, 5 des États-Unis, et 2 d’Australie, ainsi que des nationaux d’Allemagne, d’Asie centrale et de France. C’est-à-dire que sur le millier de personnes arrêtées par les autorités pakistanaises, les Algériens représentent la deuxième plus grande proportion par pays, après l’Arabie Saoudite. La poussée de l’islamisme radical en Algérie, la dissolution du FIS et la décomposition du GIA ont poussé des milliers d’Algériens à quitter le pays et à intégrer, pour beaucoup d’entre eux, des unités de combat du jihad transnational, et à s’établir dans des pays comme la Bosnie, l’Afghanistan, la Tchétchénie, le Pakistan ou le Moyen-Orient.
Au lendemain des événements du 11 septembre, puis de la «total war» engagée par Washington, des dizaines d’Algériens ont été capturés, sous des chefs d’inculpation divers, et parfois sans aucun rapport avec les faits qui leur sont reprochés. Le cas de Saïdi Laïd, un imam algérien au service d’une association religieuse caritative, arrêté en Tanzanie par les Américains, et qui a été emprisonné et torturé, avant d’être relâché au bout de deux années de détention arbitraire.
En fait, il aura fallu qu’arrive avril 2006 et la publication de la liste des détenus de Guantanamo Bay pour être enfin informés des noms des Algériens détenus dans ce camp militaire américain situé dans la baie de Cuba, bien que d’autres Algériens demeurent détenus dans des prisons secrètes et inconnues à ce jour. La liste des prisonniers mentionnés dans le rapport du Pentagone était constituée de 40 pays. Sur les 600 détenus, 130 venaient d’Arabie Saoudite, 125 étaient Afghans, plus de 100 Yéménites, 25 Algériens, 22 Chinois et 13 Pakistanais.
On trouvait même des jeunes originaires du Tchad, des Maldives, de Russie ou d’Ouzbékistan, du Maroc, d’Egypte et de la Tunisie, et avaient eu la malchance, pour certains, d’être présents au mauvais moment, au mauvais endroit. Cependant, on pouvait enfin connaître les noms d’Algériens détenus et dont les familles étaient sans nouvelles, ou qui étaient considérés comme disparus: Houari Abderrahmane, Saïd Hassan Mujamma Rabai, Hadj Arab Nabil, Al Qadir Mohamad, Belbacha Ahmed Ben Salah, Faghoul Abdulli, Ameziane Djamel Sid-Ali, Farhi Saïd, Zoumiri Hassan, Sameur Abdennour, Barhoumi Sofiane, Labed Ahmed, Hamlili Mustapha Ahmed, Ammeur Mammar, Houari Sofiane Abar, Ben Hamlili Abdelhadi Al Jazairi, Lahmar Saber Mahfouz, Nechla Mohamed, Aït Idir Mustapha, Boumediène Lakhdar, El Hadj Boudella, Boucetta Fethi, Naji Abdelaziz et Mohamed Abdelkader. Auparavant, on connaissait les noms des six Algériens-Bosniaques qui y étaient détenus depuis la fin 2002. Les six Algériens arrêtés par les autorités bosniaques en 2002 avaient été remis aux forces américaines dans des circonstances qui s’apparentaient à un rapt d’Etat.
Selon un document américain datant de l’époque, les six Algériens étaient accusés de planifier des attentats ciblant l’ambassade américaine de Sarajevo. Après une détention de plusieurs jours, les «six» furent acheminés par un avion spécial à la base militaire américaine située à l’extrême nord de l’île cubaine de Guantanamo. Les six Algériens: Belkhadem Bessayah, Saber Lahmar, Mohamed Nechla, Mustapha Aït Idir, Beddoula El Hadj et Boumediène Lakhdar avaient réfuté tout lien avec le terrorisme à leur sujet et ont affirmé être étonnés et offensés par de tels propos, qu’ils n’avaient aucune intention de planifier quoi que ce soit contre l’ambassade américaine et que celle-ci n’avait aucune place dans leurs préoccupations.
Mais les officiers du Pentagone estimaient qu’au moins un des six a eu des relations étroites avec des chefs d’Al Qaîda. Le document américain qui avait justifié leur arrestation précisait que le dénommé Belkhadem Bensayah était un proche de «Abou Zoubeïda», et que le numéro de téléphone cellulaire de celui-ci figurait bel et bien dans ses numéros d’appel. Le même document ajoutait que Bensayah avait composé au moins soixante-dix appels à partir de l’Afghanistan entre septembre et octobre 2001, date de son interpellation par la police bosniaque. Le document ajoutait aussi que les cinq autres détenus ont fait partie du Groupe islamique armé (GIA) et qu’ils étaient, eux-mêmes, en relation «directe» avec le sixième du groupe, Bensayah.
A partir d’avril-mai 2003, un autre front de combat permettait aux Algériens, adeptes du jihad, de mettre à l’épreuve leur ardeur. Beaucoup pensent que les filières algériennes en Irak ont commencé avec l’invasion américaine. Il est vrai que certains sont partis après la chute de Baghdad, c’est- à-dire après le 9 avril 2003, mais beaucoup ont été là bien avant.
Le cas de l’Algérien, Idriss Bazi, est édifiant. Etabli à Londres pendant plusieurs années, il se rend à Baghdad après la fin de l’invasion. Il fut l’un des premiers à avoir perpétré un attentat suicide au centre de la capitale irakienne, dans lequel il avait d’ailleurs péri.
Selon le spécialiste égyptien des «jamaâte islamistes», Diâ Rachwane, consultant sécuritaire et journaliste à Al Ahram, l’entrée des combattants arabes en Irak s’est effectuée avant l’invasion américaine, et plusieurs centaines de combattants étaient sur le terrain avant la chute du régime de Saddam, comme par exemple, le groupe Ansar el-islam auquel appartenait Abou Mossaâb Al-Zarkaoui avant de rejoindre Al Qaîda. Les combattants des légions arabes sont arrivés, certains sur injonction de la direction d’Al Qaîda, certains de leur propre initiative qui pousse à épouser toutes les causes des frères dans l’islam, et ce sont eux qui ont fait face aux Américains lors de la prise de l’aéroport de Baghdad, pour être par la suite pris sous les feux des GI’s. On s’en souvient aussi, l’ambassade irakienne à Alger a été assaillie par des Algériens qui se portaient volontaires pour participer à la guerre contre les Etats-Unis.
Des sources sécuritaires avaient estimé, vers la fin de l’année 2004, le nombre d’Algériens présents dans la résistance irakienne ou aux frontières avec la Syrie et la Jordanie, dans l’attente de passer en Mésopotamie, à près de 380 personnes. La télévision irakienne montrait, il n’y a pas très longtemps, des images de combattants arabes capturés dans le feu de l’action. Beaucoup se sont présentés alors comme étant des Algériens venus grossir les rangs de la résistance irakienne.
Fin 2006. Des dizaines d’Algériens restent encore détenus dans les prisons britanniques, françaises, allemandes, marocaines, mauritaniennes, syriennes, espagnoles, italiennes, américaines, pakistanaises, etc. Le contexte international, marqué d’un côté, par un hyperhégémonisme américain, et, d’un autre côté, par la poussée jihadiste, va certainement offrir plus de motifs pour les adeptes de la «guerre sacrée».

Fayçal OUKACI