Son avocat raconte : Tout ou presque sur l’Algérien libéré de Guantanamo

Son avocat raconte : Tout ou presque sur l’Algérien libéré de Guantanamo

par M. Mazari, Le Quotidien d’Oran, 11 octobre 2008

Les Etats-Unis ont transféré deux prisonniers du centre de détention de Guantanamo, l’un vers l’Algérie et l’autre vers le Soudan, a indiqué, mercredi, le Pentagone dans un communiqué.

Le Pentagone ne précise pas l’identité des deux détenus, ni si les pays vers lesquels ils ont été renvoyés sont leurs pays d’origine.

Néanmoins, Me Ramzi Kassem, l’avocat du détenu algérien de Guantanamo, nous a confirmé la libération et le transfert, mercredi, de son client, M. Mammar Ameur vers l’Algérie.

«Un vol militaire américain a déposé, en Algérie, M. Mammar Ameur qui a été remis aux autorités algériennes. Il est actuellement placé en garde à vue qui doit durer une douzaine de jours, selon la procédure pénale algérienne, comme cela a été le cas pour les quatre autres Algériens libérés en juillet dernier de la prison de Guantanamo et rapatriés en Algérie. Ils ont été, d’ailleurs, libérés et placés sous contrôle judiciaire, après avoir été entendus par le juge d’instruction», explique Me Ramzi Kassem.

«On s’attend que ce soit le cas pour M. Mammar Ameur, d’ici le 20 octobre prochain après son audition par le tribunal de Sidi M’hamed, à Alger», ajoute notre interlocuteur.

Par ailleurs, concernant le dossier «américain» de Mammar Ameur, interné le 18 juillet 2002 à Guantanamo, Me Ramzi Kassem souligne avoir rencontré son client à cinq reprises depuis son incarcération. «Lorsque j’ai consulté les informations contenues dans son dossier, j’ai réalisé que celui-ci était vide. Mon client n’avait jamais participé à une quelconque action terroriste contre les Etats-Unis, ni contre un quelconque autre pays. Il n’a jamais appartenu à aucun groupe ou organisation terroriste. Il a eu le malheur d’habiter au Pakistan, au rez-de-chaussée d’un immeuble où résidait un autre arabe qui, lui, était recherché par les autorités pakistanaises et les services secrets américains. Il se trouvait au mauvais endroit, au mauvais moment. Mammar Ameur habitait l’immeuble avec son épouse et ses enfants. Il était d’ailleurs en règle en ce qui concerne sa résidence au Pakistan. L’homme habitant l’immeuble n’ayant pas été trouvé, c’est Mammar Ameur qui a été arrêté, car il était également arabe. Et c’est ainsi qu’il passa 6 ans à Guantanamo», explique Me Ramzi Kassem. «Il est maintenant très heureux d’être rentré en Algérie», ajoute ce dernier, qui affirme que traiter cette affaire devant les tribunaux américains n’avait pas été de tout repos.

«Après moult péripéties, on a pu convaincre un juge américain à fixer deux dates: l’une pour la présentation des preuves contre mon client, date prévue pour la mi-novembre, et l’autre pour le procès, vers la mi-décembre. Ceci fait, j’étais quasiment sûr que mon client allait être libéré, car, je le répète, son dossier était vide. Ensuite, le gouvernement américain, sous la pression et les dates fixées n’a eu d’autres alternatives que de libérer Mammar Ameur», révèle Me Kassem.

A noter que Mammar Ameur est originaire de Laghouat. Il aura 50 ans en décembre prochain. A noter également qu’en Algérie il sera représenté par l’avocat Me Mustapha Bouchachi, membre du barreau d’Alger. Pour en revenir au communiqué du Pentagone, celui-ci a indiqué que les derniers transferts étaient «une démonstration du désir des Etats-Unis de ne pas garder des prisonniers plus longtemps que nécessaire». Ces transferts ont été annoncés au lendemain de la décision d’un juge fédéral ordonnant que le gouvernement américain relâche aux Etats-Unis 17 Chinois Ouïgours détenus à Guantanamo, depuis 2002. En 2004, le gouvernement américain avait admis qu’ils ne constituaient pas un danger et devaient être renvoyés dans leur pays.

Plus de 60 des 255 détenus de Guantanamo sont éligibles à une libération ou un transfert, mais leur départ a souvent été retardé par les longues négociations avec les pays se disant disposés à les recevoir. Quelque 520 détenus ont été transférés vers d’autres pays ou libérés depuis l’ouverture du centre de Guantanamo en 2002.