Retour de l’enfer climatisé de Guantanamo

Lakhdar Boumedienne libre après sept ans et sept mois d’arbitraire

Retour de l’enfer climatisé de Guantanamo

par M. Saâdoune, Le Quotidien d’Oran, 27 mai 2009

Lakhdar Boumedienne est entré dans l’histoire du camp de Guantanamo après la décision prise le 12 juin 2008 par la Cour suprême des Etats-Unis qui a statué en sa faveur dans une plainte déposée contre le président américain George W Bush. Le jugement autorisait les détenus de Guantanamo à saisir la justice civile pour contester leur détention. C’était le fondement même de l’existence de Guantanamo, la soustraction des détenus aux règles de la loi, qui s’effondrait. Passé devant un juge, le 20 novembre 2008, il a été innocenté des accusations de terrorisme qui lui ont valu de croupir sous le matricule 10005 dans le goulag de Guantanamo. Lakhdar Boumedienne, dont le nom est associé à cette défaite judiciaire de Bush, est désormais libre… en France, après un enfer bushien de sept ans et sept mois. Il faisait en effet partie des six Algériens de Bosnie, livrés aux Américains au mépris d’une décision de la justice bosniaque qui les avait blanchis de l’accusation d’avoir projeté un attentat contre l’ambassade des Etats-Unis. «Je suis un homme normal», a déclaré le matricule 10005 au journal Le Monde qui décrit les premiers instants de Lakhdar Boumedienne dans un restaurant, en famille, en face d’une pizza et d’un jus d’orange.

Matricule 10K5

Il n’est désormais plus un matricule, «10K5», disaient ses geôliers, mais un individu qui se promène avec sa femme, Abassia, et ses deux filles, Radjaa (13 ans) et Raham (8 ans) qu’il n’a pas vu grandir et qu’il n’a pas reconnues. Son dernier voyage, dans un avion de l’US Air Force qui le ramenait le 15 mai dernier en France, il l’a fait pieds et mains menottés avec 16 gardes qui se relayaient par groupe de quatre pour le surveiller. Neuf longues heures de voyage au cours desquelles, en dépit de la décision de justice américaine l’innocentant, il a continué à être traité en dangereux terroriste. Ces dernières heures, où il était resté, le matricule 10005 de Guantanamo, renseignent surtout de la paranoïa sécuritaire des Américains. Ses remerciements à Sarkozy et aux ambassadeurs de France à Washington et à Alger et au Consul français à Oran sont sincères : si la France n’avait pas accepté de l’accueillir, il serait resté un prisonnier de Guantanamo même s’il a été blanchi par la justice américaine. Boumedienne se souvenant du voyage «aller» vers le camp de Guantanamo, qui a duré près de huit ans, au cours duquel on ne leur permettait pas d’aller aux toilettes, a pris ses précautions cette fois : il s’est abstenu de boire et de manger avant son voyage. Pour ne pas avoir à demander quelque chose à ces geôliers.

«Je ne suis pas un islamiste !»

Il n’y a pas de grandes révélations dans cet entretien au Monde. Mais en de petites phrases, l’univers absurde et tortionnaire du camp de Guantanamo est restitué : les cellules fermées où la climatisation était réglée au maximum pour faire geler les pensionnaires, la vie menottée sur une chaise, la solitude, les deux longues années de grève de la faim et la nourriture forcée par intubation. Et le souvenir des longs interrogatoires. 16 jours et 16 nuits pour lui soutirer des informations sur les associations caritatives musulmanes en Bosnie et sur les Arabes de Sarajevo et sur lesquels il «ne savait rien». Le souvenir du médecin qui, après l’avoir ausculté dans les premiers jours d’interrogatoire, dit aux tortionnaires qu’ils pouvaient poursuivre. Le parcours de Lakhdar Boumedienne est restitué dans l’article du Monde : départ de Saïda en 1990, il passe par le Yémen, séjourne durant deux ans au Pakistan et revient au Yémen en 1994. Il rejoint un ami de Saïda en Albanie où il travaille avec le Croissant-Rouge qui l’envoie à Sarajevo.

En 2000, en visite en Algérie, son passeport est saisi. Celui qui affirme n’avoir jamais «été islamiste» est suspect. Mais on lui restitue son passeport après cinq jours de vérification tout en lui délivrant, selon l’article du Monde, «un certificat d’amnistie, comme les autorités algériennes en délivraient aux islamistes repentis». Lakdhar Boumedienne pense que c’est «cet épisode qui est à l’origine de mon arrestation».

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