Détenus à Guantanamo depuis plus de dix ans : Deux Algériens refusent d’être rapatriés

Détenus à Guantanamo depuis plus de dix ans : Deux Algériens refusent d’être rapatriés

par Moncef Wafi, Le Quotidien d’Oran, 1er décembre 2013

Belkacem Bensayah et Djamel Ameziane, deux détenus algériens de Guantanamo, refusent d’être rapatriés en Algérie probablement dans le courant de ce week-end de peur de «subir des abus», selon la défense des deux hommes.

Robert Kirsch, l’avocat de Belkacem Bensayeh, tout en confirmant, ce vendredi, à l’AFP, l’imminence du transfèrement de son client, indique être intervenu auprès des ministères américains de la Défense et des Affaires étrangères ainsi que de l’ambassade d’Algérie à Washington pour éviter ce rapatriement. De son côté, et pour répondre aux craintes exprimées par les deux détenus algériens, Todd Breasseale, un porte-parole du Pentagone, a déclaré que Washington « prenait toutes les précautions pour mener chaque transfèrement en accord avec ses critères et sa politique de droits de l’homme ». Sans toutefois confirmer ni la date ni le lieu de leur rapatriement, il a souligné que les Etats-Unis veillaient « scrupuleusement » à ne pas transférer des détenus vers des pays où ils peuvent être torturés, persécutés ou être victimes de mauvais traitements. Bensayah et Ameziane s’opposent de longue date à leur renvoi en Algérie, le seul pays autorisé par la loi américaine à recevoir ses citoyens détenus à Guantanamo. Belkacem Bensayah, 51 ans, Algérien de Bosnie, a été arrêté à son domicile bosnien le 8 octobre 2001, peu après les attentats du 11 Septembre et incarcéré à Guantanamo depuis janvier 2002. Il fait partie des six Algériens arrêtés en Bosnie sur la base de soupçons de complot contre l’ambassade américaine à Sarajevo. Ses compagnons ont été libérés en 2009 suite à la décision de la Cour suprême dans l’affaire Boumediene vs Bush (2008), qui a déclaré que les commissions militaires étaient inconstitutionnelles. Après avoir examiné leurs cas, le juge de la Cour de district des Etats-Unis, Richard J. Leon, a décidé que chacun des cinq Algériens de Bosnie était détenu illégalement, mais il a ordonné le maintien en détention de Belkacem.

Une décision portée devant la Cour d’appel du district de Columbia qui a estimé, le 28 juin 2010, que M. Bensayah ne pouvait être considéré comme un membre d’Al-Qaïda. Washington « ne doit pas forcer M. Bensayah à rentrer en Algérie » au risque de le condamner « à la perte définitive de sa famille », a écrit Me Kirsch au département d’Etat. L’avocat met en avant les risques encourus par son mandant qui pourrait être approché par des extrémistes musulmans vu son statut de détenu à Guantanamo. Il rappelle, en outre, à l’ambassade d’Algérie aux Etats-Unis, la promesse faite par le Gouvernement algérien à M. Bensayah, en 2006, de respecter son droit à ne pas être rapatrié contre sa volonté. De son côté, Djamel Ameziane Saïd Ali, 46 ans, qui a vécu en Autriche et au Canada, demande à rentrer au Canada depuis qu’il a été déclaré «libérable» par l’administration Bush en 2007. Son avocat, Wells Dixon, a également indiqué à l’AFP dans un courriel que son client craint des « persécutions en Algérie ». Rappelons que les Etats-Unis ont déjà rapatrié, en août dernier, deux détenus algériens de la prison militaire américaine de Guantanamo vers leur pays d’origine. Il s’agit de Nabil Saïd Hadjarab et Mutia Sadiq Ahmad Sayyab qui étaient parmi les tout premiers détenus à Guantanamo en 2002.

C’étaient les premiers rapatriements de détenus de Guantanamo depuis que Barack Obama a annoncé en mai vouloir reprendre les transfèrements pour enfin fermer la prison militaire, où il reste toujours quelque 160 détenus. Pour ces deux rapatriements, le Pentagone a tenu à souligner, dans un communiqué, la collaboration d’Alger. Les deux hommes arrivés sur le territoire algérien ont été soumis, dans un premier temps, à une enquête des services de police avant d’être placés en garde à vue. L’Algérie a déjà accueilli 13 anciens détenus de la prison américaine, mais qui restent toujours interdits de déclarations à la presse. Farouk Ksentini, le président de la Commission nationale de protection des droits de l’homme, avait estimé que les détenus algériens de Guantanamo n’avaient commis aucun crime. La loi américaine interdit désormais tout transfert de détenus aux Etats-Unis, et impose aux pays d’accueil de s’assurer que les prisonniers libérés ne s’engagent pas dans des activités terroristes.

Le retour dans leurs pays d’origine est ainsi soumis à des conditions drastiques, le pays d’accueil devant être capable de garder le contrôle sur les ex-détenus. Au 13 juin 2008, le département de la Défense faisait état de 37 anciens détenus de Guantanamo soupçonnés d’avoir repris le combat ou d’avoir mené des activités terroristes dont des attentats-suicide. En janvier 2009, il déclare qu’au moins 61 anciens détenus de Guantanamo – sur les 520 transférés ou libérés à cette date – sont soupçonnés d’avoir repris le combat à leur sortie. Parmi eux, 18 ont été accusés par le département de la Défense de mener de nouveau des activités terroristes.