Le Pentagone révèle l’identité des 25 Algériens de Guantanamo

Détenus de la sinistre prison américaine de Guantanamo

Le Pentagone révèle l’identité des 25 Algériens

par Zouaoui Mouloud, Le Jeune Indépendant, 22 avril 2006

Ils sont officiellement 25 Algériens qui croupissent sans jugement dans la sinistre prison américaine de Guantanamo Bay à Cuba, un chiffre tout à fait identique de celui qui a été fourni par des associations de défense des droits de l’homme.

C’est ce qu’a révélé la liste de 558 prisonniers rendue publique mercredi soir par le Pentagone. Ce chiffre global des détenus de X-Ray Camp tient des individus libérés et dont il ne reste que 490 aujourd’hui. Dès lors, il s’agit du décompte le plus approfondi de la population carcérale de Guantanamo fourni jusqu’ici par l’administration américaine.

Le Pentagone avait tout le temps refusé de fournir l’identité des pensionnaires de Guantanamo Bay, la prison la plus décriée de par le monde, imposant une chape de plomb et une opacité déconcertante sur ce qui se passait dans cette prison.

Cette situation a ouvert la voie aux interrogations et aux spéculations quant au nombre d’Algériens qui sont emprisonnés sous le vocable de «combattants ennemis» sans le moindre procès en étant livrés à l’arbitraire de leurs geôliers.

Le président de la Commission nationale consultative de promotion et de protection des droits de l’homme, Me Farouk Ksentini, avait déclaré que 16 Algériens se trouvaient à Guantanamo, un chiffre qui contrastait avec celui publié par le Pentagone et qui confirme le nombre fourni par des ONG de droits de l’homme en mars dernier lors de la publication des documents de 5 000 pages sur 317 pensionnaires de la prison américaine.

Les Algériens dont l’identité est publiée, selon la transcription américaine, dans la liste ci-dessous(voir encadré) sont identifiés parfois avec leurs noms et prénoms ainsi que les prénoms leurs pères. La liste ne présente ni leurs lieux de résidence ni ceux de leurs arrestations.

Belkacem Bensayeh, Mahfoudh Saber Lahmer, Mohamed Nechal, Aït-Idir Mustapha, Lakhdar Boumedienne et El Hadj Boudella avaient été enlevés par les services de renseignements américains (CIA) en janvier 2002 à Sarajevo (Bosnie-Herzégovine).

Ils avaient alors la nationalité bosniaque et avaient été arrêtés par la police locale et présenté devant la justice en étant accusés de «complot terroriste» contre les ambassades américaine et britannique à Sarajevo, une accusation rejetée par la cour suprême qui les a remis en liberté le jour de leur kidnapping.

Leur incarcération avait suscité une indignation dans les milieux de défense des droits de l’homme et depuis leurs familles réclamaient leur libération. L’un d’eux, Mustapha Aït-Idir, avait été à plusieurs reprises torturé par les soldats américains, selon ses avocats.

Un septième, Ahcène Zemiri, est présenté par des associations comme résidant au Canada tandis que Sofiane Barhoumi, qui avait été entendu par les tribunaux d’exception américains mis en place à Guantanamo, avait été arrêté en mars 2002 au Pakistan.

Des listes indépendantes avaient fait état de la présence de 24 Algériens identifiés sur des recoupements effectués par des ONG grâce aux correspondances adressées par leurs familles par le biais de la Croix-Rouge internationale. Les prisonniers figurant sur la liste sont originaires de 41 pays y compris la Chine.

Le plus gros contingent est issu d’Arabie saoudite (132 détenus), suivi de l’Afghanistan (125), du Yémen (107) et de l’Algérie (25). Plusieurs ONG militaient depuis quatre ans en faveur de leur libération tandis que la Croix Rouge internationale (CICR) demandait au gouvernement américain de les juger ou de les libérer.

Toutefois, la publication de cette liste démontre, selon des experts de la lutte contre le terrorisme, qu’il s’agit d’individus sans valeur voire de parfaits inconnus. «Ces gars-là ne savent rien. Et de toutes façons, même ceux qui savaient un petit peu, au bout de quatre ans, que voulez-vous que leurs informations valent ?», s’est indigné le chercheur français Olivier Roy, spécialiste reconnu de l’Asie centrale interrogé par des médias français suite à la publication de cette liste.

Après l’invasion de l’Afghanistan, tous les étrangers étaient arrêtés et «vendus» pour 500 dollars aux forces américaines, selon des experts. Z. M.

 

Liste des détenus algériens selon la transcription américaine

Houari Abderahim
Saïd Rabia Hassan Mujamaâ
Nabil Hadj Arab
Mohamed Abdelkader
Sadiz Mutij Ahmed sayab
Ahmed Bensalah Belbacha
Feghoul Abdulli
Djamel Saïd Ali Ameziane
Farhi Saïd
Hassan Zumiri
Abdenour Sameur
Sufyan Barhoumi
Ahmed bein Kader Labed
Mustapha Ahmed Hamlily
Boucetta Fethi
Naji Abdulziz
Maâmar Ameur
Ben Hamlili Adil Hadi Al Djazaïri
Belkacem Bensayeh
Mahfoudh Saber Lahmer
Mohamed Nechle
Aït-Idir Mustapha
Lakhdar Boumedienne
El Hadj Boudella
Houari Soufiane Abar.


Le pentagone publie la liste des 558 prisonniers de la base US de Cuba

Les détenus algériens de Guantanamo connus

Nabila Saïdoun, Liberté, 22 avril 2006

Aït Idir Mustapha serait parmi les six binationaux (algéro-bosniaques) qui auraient été relâchés.

Le Pentagone a rendu publique, mercredi dernier, la liste des détenus de Guantanamo. Le document contenu dans le site Internet de la défense US a vite fait le tour du monde. C’est la première fois que les Américains communiquent sans tergiversations et rendent publique une liste exhaustive comportant le nombre et les noms des prisonniers au sein de leur base de Cuba. Parmi les 558 détenus figurent 25 Algériens. Cependant, les autorités algériennes sont restées très discrètes, en termes d’information, ou du moins en retrait par rapport aux autres pays qui ont déjà émis des demandes officielles en vue de rapatrier leurs ressortissants.
En mars dernier, l’Algérie avait dépêché une délégation d’officiels (ministères de la Justice, de l’Intérieur et des Affaires étrangères) qui s’est rendue sur la base américaine pour rencontrer des détenus algériens. La première visite du genre d’ailleurs dans ce camp d’internement américain, installé par le département US à Cuba depuis la guerre d’Afghanistan. C’est dire que les évènements se sont bousculés depuis la visite de la délégation américaine qui a séjourné en Algérie en octobre 2005 et qui a eu à examiner le cas d’une trentaine de détenus. C’est aussi lors de cette visite que les Algériens ont émis le souhait de se rendre sur la base à la rencontre des détenus et ont débattu avec les Américains la possibilité d’un transfert qui devrait intervenir avant la fin de l’année en cours. Aujourd’hui, si aucun mot n’a été soufflé sur le rapatriement, des sources bien informées parlent, cependant, de six détenus relâchés qui sont binationaux (algéro-bosniaques) et parmi lesquels le dénommé Aït Idir Mustapha. Ces derniers avaient été arrêtés en Bosnie après avoir été jugés et acquittés par ce pays. Cette juridiction leur a également accordé une indemnisation financière en guise de dommages et intérêts d’une détention injustifiée de près de deux années durant. Juste après leur mise en liberté, ils ont été repris par les Américains qui les ont transférés sur la base de Guantanamo.
La plupart des Algériens ont été arrêtés en Afghanistan, au Pakistan, en Bosnie et en Géorgie. Ils sont accusés d’avoir participé à une organisation terroriste. Ils ont quitté l’Algérie entre 1993 et 1999 pour être recrutés par des filières islamiques internationales.
Les détenus contestent, pour leur part, les faits qui leur sont reprochés en dénonçant les conditions de détention dans ce camp dont le nom est souvent associé à celui d’Abou Gharib avec tout ce que cela suppose comme exactions commises dans cette prison en Irak.
Maître Farouk Ksentini, en sa qualité de président de la Commission consultative pour la promotion des droits de l’Homme a soutenu, hier, dans une déclaration à Liberté, que l’Algérie est en devoir de réclamer ses ressortissants, si cela n’a pas encore été fait, et de s’en occuper, comme l’ont fait les autres pays, et d’en rendre compte publiquement en toute transparence.

Nabila Saïdoun