Union pour la Méditerranée et UMA

Union pour la Méditerranée et UMA

L’Europe prend le Maghreb de vitesse

par M. Saâdoune, Le Quotidien d’Oran, 20 avril 2008

A moins d’une semaine du cinquantenaire de la conférence de Tanger (27 avril 1958), le Maghreb reste une vague idée, alors que l’Union pour la Méditerranée, dans sa version édulcorée par l’Europe, essaie de se mettre en place.

Le secrétariat de l’Union pour la Méditerranée doit être situé sur la rive sud. C’est le souhait exprimé par le Premier ministre français François Fillion, à Rabat, où il participait à une réunion régulière entre les gouvernements français et marocain. Comme pour lever les doutes nés du remodelage de l’idée initiale du président Nicolas Sarkozy, le Premier ministre français a affirmé que le projet d’Union pour la Méditerranée était sur les « rails » afin de créer un « vrai partenariat » entre les deux rives en matière de développement durable et de sécurité.

De son côté, le Premier ministre marocain Abbas El-Fassi a déclaré que son pays est déterminé à «contribuer» à la réalisation du projet. Sans surprise, le chef du gouvernement marocain s’est lamenté sur l’impasse maghrébine et a fait valoir que le Maroc a émis des « signes » en direction d’Alger. Il faisait ainsi allusion à l’appel du ministère marocain à la réouverture des frontières qui avait été fraîchement accueilli par Alger, qui l’a considéré comme une simple opération médiatique. « Bruxelles nous répète que les pays du Maghreb doivent s’unir. C’est malheureux que d’autres nous le disent alors (que) c’est à nous à (nous) unir », a indiqué Abbas El-Fassi.

Accumulation d’occasions manquées

Le constat n’est pas faux et il pourrait d’ailleurs être répété mot par mot par les responsables algériens. A l’approche du cinquantième anniversaire de la conférence de Tanger, il est difficile de ne pas prendre acte de l’accumulation des occasions manquées. L’UMA s’est constituée alors que le conflit du Sahara Occidental existait. Cela signifiait que la divergence de fond sur la question du Sahara Occidental ne devait pas entraver le dessein stratégique de la construction de l’Union maghrébine. Que de Bruxelles à Washington on s’étonne et on s’impatiente du blocage maghrébin, ne sera pas d’un grand secours faute de volonté politique des Etats concernés. A terme, au vu des accords économiques qui se concluent avec l’Europe notamment, le Maghreb sera fait, contre sa volonté, par l’Europe.

L’ancien ministre marocain des Finances, Fathallah Oualalou, n’a pas tort de souligner qu’un Maghreb qui stagne n’aidera pas l’Union pour la Méditerranée à se mettre en place. Mais on peut faire confiance au Nord pour finalement sa propre version du Maghreb, dès lors que les pays concernés semblent s’en désintéresser. Les contours de l’Union pour la Méditerranée se tracent en dehors des pays maghrébins, qui finiront à prendre ce qu’on leur propose, à défaut de s’être constitués en pôle de négociation. Alors que l’Europe avance ses projets, le Maghreb approche, dans la désunion, du cinquantième anniversaire de la conférence de Tanger.