Rebuffade européenne pour Sarkozy ?

Rebuffade européenne pour Sarkozy ?

par M. Saâdoune, Le Quotidien d’Oran, 20 mai 2008

Nicolas Sarkozy, coprésident de l’Union pour la Méditerranée pour un premier mandat de deux ans ?

Ce qui semblait aller de soi paraît être contrarié par la Commission européenne qui ferait valoir que la représentation extérieure de l’Union européenne sera, après l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne, une prérogative du président du Conseil européen. Conséquence, la France ne pourra conduire le projet que durant le second semestre 2008, période où elle exercera la présidence de l’UE.

C’est la dernière rebuffade européenne qui pourrait être signifiée au président français. Dans un rapport qui doit être discuté aujourd’hui à Bruxelles, la Commission européenne devrait mettre en avant le rôle primordial des institutions européennes et réaffirmer l’intégration du projet de l’UPM dans ce qu’il est convenu d’appeler le processus de Barcelone.

Concrètement, l’architecture institutionnelle serait plus modeste que celle souhaitée par Paris et elle restera subordonnée à la Commission. Or, le projet de Sarkozy, fondé sur une critique juste du processus de Barcelone, se voulait une initiative de rupture avec les formes de coopérations multilatérales développées dans le sillage du partenariat euro-méditerranéen défini en 1995. Ce processus n’a en effet ni stimulé le développement de la rive sud, ni permis d’engager des politiques régionales effectives. Les formes de coopération envisagées à Barcelone ont immédiatement achoppé sur les contradictions politiques entre partenaires du Sud incapables de créer leur propre espace de coopération et des mécanismes de mise en oeuvre éminemment bureaucratiques. En définitive, le projet français se heurte à deux réalités majeures: celle du conflit israélo-arabe et, au niveau européen, celle de sa cohérence avec l’organisation de l’Union européenne.

Les dernières recommandations de la Commission européenne risquent de banaliser davantage l’UPM en réduisant ses compétences ainsi que la dimension de ses structures à la portion congrue. Cette évolution prévisible montre que le volontarisme ne suffit pas à établir une dynamique aux contours compris et acceptés par tous. Comme si les Européens rappelaient à Sarkozy que l’Union européenne est la conséquence réussie d’une initiative aux perspectives modestes nommée Communauté européenne pour le charbon et l’acier au début des années cinquante. De renforcements en élargissements, la modeste CECA a fini par aboutir à la puissante Union européenne.

L’histoire montre que les constructions les plus ambitieuses commencent toujours par des projets soigneusement délimités, un agenda parfaitement clair et accepté par des partenaires partageant les mêmes convictions et le même idéal.

A l’évidence, les pays riverains de la mer Méditerranée sont loin de partager la même vision du monde et présentent des formes d’organisations sociopolitiques différentes, pour ne pas dire extrêmement différenciées. Ceci sans effleurer les divergences politiques très substantielles. La Commission européenne semble déjà avoir pris la décision de réduire la fête majeure du 13 juillet annonçant la naissance de l’UPM à une kermesse provinciale.