Présence du président Bouteflika au sommet fondateur de l’UPM

Présence du président Bouteflika au sommet fondateur de l’UPM

« La décision n’a pas encore été prise »

El Watan, 18 juin 2008

Alger continue de cultiver le suspense sur la présence du président Abdelaziz Bouteflika au sommet fondateur de l’Union pour la Méditerranée (UPM) prévu à Paris le 13 juillet 2008. « La décision n’a pas encore été prise.

Vous en serez informés lorsqu’elle sera prise », a déclaré hier Abderrachid Boukerzaza, ministre de la Communication, lors du point de presse hebdomadaire à l’ex-siège du Centre international de presse (CIP) à Alger. « Mais, l’Algérie ne peut pas tourner le dos à ce projet qui est lié à l’avenir de la Méditerranée. Nous sommes concernés par tout ce qui a trait à cette région », a ajouté le ministre. L’Algérie travaille, selon lui, pour élaborer une position commune de la rive sud de la Méditerranée sur l’initiative de l’UPM. Il n’a donc fait que rappeler la déclaration du ministre des Affaires étrangères, Mourad Medelci, faite à la fin de la session ministérielle du Forum méditerranéen (Formed), qui s’est tenue début juin à Alger.

Le traité de Lisbonne en toile de fond

Les onze pays membres du Formed se sont entendus pour continuer « les consultations » avant le sommet et de se réunir le 12 juillet prochain pour se prononcer sur l’initiative. « L’Algérie a toujours besoin de clarifications », avait déclaré Mourad Medelci. On en est visiblement au même stade. Abderrachid Boukerzaza a précisé hier que l’Algérie se pose des questions sur le financement et sur la dimension humaine des projets économiques liés à l’UPM. Fin mai, Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères français, avait, lors d’une visite à Alger, soutenu que l’Algérie a fait des propositions de projets. Aussi, les déclarations de Mourad Medelci sur « les aspects obscurs » de l’UPM n’ont-elles pas été comprises à Paris. Un décalage semble exister entre les propos publics des officiels algériens sur l’UPM et les confidences faites en privé. Loin des projecteurs, on soutient que Abdelaziz Bouteflika sera présent au sommet de Paris. Thèse confirmée par Alain Le Roy, ambassadeur en charge du dossier de l’UPM, qui, lors d’une rencontre organisée récemment par l’Institut de prospective économique du monde méditerranéen (IPEMED) à Barcelone, en Espagne, a déclaré que l’Algérie sera représentée à un niveau « très élevé ». Paris a invité 44 chefs d’Etat et de gouvernement à assister au sommet du 13 juillet. Un traitement particulier sera réservé au président syrien Bachar El Assad, invité, pour la première fois, à prendre part aux festivités du 14 juillet, fête nationale française. Samedi 21 juin, le Premier ministre français, François Fillon, sera à Alger pour une visite de deux jours, où il aura à relancer l’invitation au président algérien pour la participation au sommet de l’UPM. Cela dit, Abdelaziz Bouteflika devrait effectuer dans les prochaines semaines une visite d’Etat en France à l’invitation de son homologue Nicolas Sarkozy. Aucune date n’a été fixée encore à cette visite. Avant cela, le chef de l’Etat algérien participera, fin juin, début juillet, au sommet de l’Union africaine (UA) au Caire et au sommet du G8 au Japon. Sur le plan technique, l’UPM, qui est gérée par la Commission européenne, risque de connaître des changements après le refus des Irlandais d’adopter le traité simplifié de Lisbonne. Refus qui implique une impossibilité de mettre en pratique ce document. Une partie de l’architecture de l’UPM est bâtie sur le traité de Lisbonne, notamment pour la présidence de la future union. La question du secrétariat technique de l’UPM n’est pas encore tranchée. A priori, Paris souhaite installer ce secrétariat à Tunis, pour contourner « la rivalité » entre l’Algérie et le Maroc. La Commission européenne n’a pas encore donné son accord à cette proposition. La co-présidence est, elle, tranchée puisqu’elle revient à l’Egypte, avec accord du groupe arabe des pays de la Méditerranée, la Libye mise à part.

Pas de mesures sur l’information sécuritaire

Sur un autre chapitre, le retrait d’accréditation au correspondant de l’Agence France Presse (AFP) à Alger a été mal perçu à Paris, même si on s’est abstenu d’exprimer des protestations officielles. N’empêche, la Société des journalistes (SDJ) et les syndicats de l’AFP ont dénoncé le retrait d’accréditation et ont constaté « avec regret » que le correspondant de Reuters a fait l’objet d’une mesure similaire. Ils ont appelé les responsables algériens à revenir « dans les meilleurs délais sur leur décision afin de permettre au bureau d’Alger de pouvoir travailler dans des conditions sereines ». Interrogé hier sur cette affaire, le ministre de la Communication a annoncé qu’un directeur d’un bureau d’une agence de presse a présenté une lettre d’excuses. Il a indiqué que les bureaux de l’AFP et de Reuters resteront ouverts. Les autorités algériennes avaient accusé les correspondants d’avoir publié de fausses informations relatives à des attentats perpétrés à l’est d’Alger. L’accès à l’information sécuritaire est, selon Abderrachid Boukerzaza, une préoccupation partagée entre les journalistes et les autorités. A première vue, le gouvernement ne semble pas avoir pris des mesures claires sur l’accès à l’information liée à la sécurité. « Il faut trouver un équilibre entre le devoir du journaliste d’accéder à la source d’information et la nécessité d’éviter les dégâts d’une telle information », a déclaré le ministre. « On nous reproche de ne pas communiquer à temps les informations sur les attentats. On ne peut le faire sans une véritable vérification des faits. Surtout lorsqu’il s’agit de bilans de victimes », a-t-il ajouté. Le ministre de la Communication a évité de répondre à une question sur la non-tenue, depuis le 13 avril 2008, du Conseil des ministres, qui est présidé par le chef de l’Etat. « La convocation du Conseil des ministres relève des prérogatives du chef de l’Etat. Il n’y a aucun blocage. Toutes les mesures prises par le conseil du gouvernement sont applicables », a-t-il déclaré.

Par Faycal Metaoui