Mini-sommet arabe de Tripoli : Kadhafi «massacre» l’Union pour la Méditerranée

Mini-sommet arabe de Tripoli : Kadhafi «massacre» l’Union pour la Méditerranée

par M. Saâdoune, Le Quotidien d’Oran, 11 juin 2008

L’Europe n’a pas accepté l’Union méditerranéenne dans sa version initiale pour préserver son unité, il n’y a pas de raison que les pays arabes méditerranéens et africains acceptent de se distinguer de l’ensemble arabe et africain.

A l’ouverture du mini-sommet qu’il a accueilli, hier à Tripoli, le colonel Maamar Kadhafi n’a pas caché sa franche hostilité à l’égard du projet de l’Union pour la Méditerranée. Il a fait le parallèle avec le souci de l’UE qui a rejeté le projet initial d’Union méditerranéenne d’éviter une division entre une Europe méditerranéenne et une Europe du Nord.

La proposition d’UPM, version corrigée du premier projet, est, estime-t-il, nuisible à l’unité des ensembles arabes et africains. Le projet, a-t-il indiqué, est tout simplement un «affront» pour les pays du Sud. Le sommet auquel participent les chefs d’Etat algérien, tunisien, mauritanien et syrien ainsi que le Premier ministre marocain a enregistré la défection du président Hosni Moubarak.

Le président égyptien, selon des sources égyptiennes, ne souhaitait pas rencontrer Bachar Al-Assad avec qui il est en bisbille sur le dossier libanais. Hosni Moubarak, grand partisan de l’UPM, aurait été particulièrement refroidi par le discours véhément du chef de l’Etat libyen. «Ils nous prennent pour des idiots. Nous n’appartenons pas à Bruxelles. Notre Ligue arabe est située au Caire et notre Union africaine à Addis-Abeba. S’ils veulent coopérer, il faut qu’ils passent par Le Caire et Addis-Abeba». Le rappel de l’échec des expériences passées comme le «Processus de Barcelone» permet au chef de l’Etat libyen d’exprimer plus que de la méfiance, mais de l’hostilité pure et simple. «Ils nous jettent un hameçon pour nous entraîner dans de tels projets. C’est un affront», a déclaré le dirigeant libyen.

«Ils nous prennent pour des affamés»

On aurait pu discuter d’une «offre fondée sur des valeurs et des principes comme le combat contre la maladie ou le changement climatique», mais ils viennent avec des «offres économiques parce qu’ils nous considèrent comme des affamés». Jamais un responsable arabe, y compris parmi ceux qui sont très réservés à l’égard du projet, n’a exprimé avec autant de franchise son hostilité au projet de l’UPM. Le colonel Kadhafi est d’ailleurs le seul à avoir parlé à l’ouverture du sommet destiné à examiner la question de l’adhésion à l’UPM.

Le sommet s’est poursuivi à huis clos et il paraissait improbable qu’il soit sanctionné par une déclaration ou un communiqué. Mais à travers le colonel Kadhafi, qui a déjà fait savoir qu’il ne sera pas présent au sommet de Paris le 13 juillet prochain, on aura entendu une tonalité qui ne s’encombre pas de formules diplomatiques. Et une bonne partie de ces objections hostiles n’est pas infondée. La position libyenne n’est cependant pas partagée par d’autres pays arabes qui ont leurs propres calculs. La Tunisie a une économie qui est déjà largement intégrée dans l’espace européen et Zine El Abidine a appuyé fortement le projet lors de la dernière visite de Nicolas Sarkozy.

L’Egypte dont le chef d’Etat est promis à la coprésidence de l’UPM a déjà manifesté son appui. On peut se demander d’ailleurs si l’absence de Moubarak à Tripoli ne découlait pas du fait que Le Caire savait que le colonel Kadhafi allait descendre en flammes le projet de l’UPM. Le Maroc, quant à lui, n’a pas une position très claire et il cherche à monnayer sa présence par des gains supplémentaires dans sa relation avec l’Union européenne.

Jamais sans la Ligue et sans l’UA !

La Syrie ? C’est une inconnue, mais il n’est pas impossible qu’elle participe à l’UPM pour casser par ce biais l’ostracisme dont elle fait l’objet de la part des Occidentaux. Quant à l’Algérie, elle est toujours, diplomatiquement, dans l’attente des «éclaircissements» autour d’un projet qui n’existe pas encore.

Pour ne laisser aucun doute sur ses appréciations, le colonel Maamar Kadhafi a déclaré aux journalistes que ce qui est proposé aujourd’hui n’est qu’une «répétition de Barcelone qui a échoué». «Il ne faut pas répéter les expériences qui ont grandement échoué». «Je persiste UE-Ligue arabe oui, UE-Union africaine oui», a-t-il indiqué. Conclusion logique: UE avec une partie de la Ligue et une partie de l’Afrique, c’est non. Le plus remarquable est que dans sa prestation, le colonel Kadhafi a «massacré» le projet de l’UPM sans même évoquer la question délicate et litigieuse de la participation d’Israël.