Une mer de doutes ?

Une mer de doutes ?

par M. Saâdoune, Le Quotidien d’Oran, 11 juin 2008

Dans sa configuration drastiquement redimensionnée par l’Allemagne, l’Union pour la Méditerranée est-elle un marché de dupes, un «affront», pour reprendre le propos de Mouammar Kadhafi ?

Pour certains économistes algériens qui ne partagent pas forcément les convictions du leader libyen, cela ne fait guère de doute. En effet, nombre de ces experts s’interrogent sur la dimension économique d’une union réduite à n’être qu’une subdivision du processus de Barcelone.

La Commission européenne, dont la compétence ne saurait être subrogée par un Etat aussi influent soit-il, a clairement établi que l’UPM, chère au président Sarkozy, devrait impérativement s’insérer dans la logique de ce processus au budget plutôt réduit et aux ambitions très cadrées.

Pour mémoire, ces économistes rappellent que la démarche multilatérale inaugurée dans la ville catalane en 1995, déjà peu probante, a été dépassée par la politique de voisinage (PEV), dont l’Algérie n’a pas accepté les termes, et le renforcement des stratégies de coopération bilatérale.

Compte tenu de l’hétérogénéité qui caractérise les pays riverains de la Méditerranée, ces spécialistes ont du mal à discerner les éléments premiers d’une dynamique de coopération susceptible d’impliquer conjointement des économies aux orientations divergentes et aux structures très différenciées.

Si elles présentent des caractéristiques très distinctes, accentuées par l’éloignement géographique, les économies de l’Est et de l’Ouest méditerranéen ont des spécificités au moins aussi importantes que celles qui les différencient de la rive Nord. Ceci sans évoquer les politiques économiques qui sont loin de converger vers un minimum d’identité de conception, à défaut de proximité d’intérêts.

A l’évidence et sans entrer dans le détail des éléments budgétaires, les engagements financiers de l’UPM ne pourront aller au-delà de ceux déjà arrêtés pour le processus de Barcelone. On sait déjà qu’en plus de treize années d’existence, les dépenses au titre des programmes méditerranéens ont péniblement atteint le seuil modeste de neuf milliards d’euros.

De ce point de vue, les perspectives n’inclinent pas à l’optimisme non plus. Le discours enthousiaste de certains think-tanks d’économistes et de businessmen ne repose donc que sur ce que les Anglais appellent «wishful thinking», une façon élégante de dire que prendre ses désirs pour la réalité ne constitue pas forcément un argumentaire convaincant.

Certes, les projets identifiables, que ce soit celui de la dépollution marine ou le problème de l’eau dans certaines régions du pourtour méditerranéen, sont cités comme des objectifs de l’UPM. Mais pour ces experts, l’approche sous-régionale serait de loin plus réaliste et s’avérerait moins lourde pour commencer à traduire certains de ces projets sur le terrain.

Pour ces experts, le volet économique de l’UPM est aussi nébuleux que son volet politique. Une dose de volontarisme est nécessaire pour impulser de grandes idées, encore faut-il qu’une base opérationnelle de conditions soit réunie. Sinon, comme l’a exprimé avec un certain humour un banquier en détournant une parabole populaire, «les funérailles seront certes grandioses mais le défunt ne sera jamais qu’un souriceau».