Méditerranée : Kadhafi se déchaîne contre l’UPM

Méditerranée : Kadhafi se déchaîne contre l’UPM

par Ali Babès, Le Quotidien d’Oran, 18 juin 2008

Le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi a de nouveau rejeté mardi à Cotonou (Bénin) le projet de l’Union pour la Méditerranée, voulue par le président français Nicolas Sarkozy. Après sa spectaculaire sortie il y a une semaine à Syrte lors d’un conclave de pays arabes dont l’Algérie, le leader libyen revient cette fois-ci sur le même sujet, mais à l’ouverture du sommet de la communauté des Etats sahélo-sahariens (CEN-SAD) qu’il présidait. Toujours aussi farouche et opposé à ce projet qu’il assimile à une sorte de nouveau hégémonisme franco-européen, le dirigeant libyen a déclaré qu’il allait se battre contre ce projet. «Si c’est pour liguer l’Europe et six pays d’Afrique contre tout notre continent, c’est non !», a-t-il lancé à l’ouverture du 10e sommet de la CEN-SAD, qui regroupe 25 Etats. Kadhafi ajoute qu’»au départ, le projet Sarkozy était une union entre six pays d’Afrique du Nord qui font face à la Méditerranée et six pays d’Europe avec une façade méditerranéenne. Nous étions d’accord avec cette idée. Mais ensuite c’est devenu toute l’Europe et les six pays d’Afrique du Nord, contre nos intérêts, et c’est contre ça que nous allons nous battre». Le leader libyen est en fait très clair sur ce projet que les Français veulent lancer en grandes pompes le 13 juillet prochain à Paris, avec notamment l’accord de la Syrie dont le chef de l’Etat sera présent parmi les pays qui ont cautionné ce projet de Sarkozy. Le projet de l’UPM divise les Européens, notamment les Allemands qui ne voient pas d’un bon oeil cette proposition de la France qui voudrait fédérer, au-delà de la configuration de l’UE, des pays européens et africains riverains de la Méditerranée. D’autant que la chancelière allemande est très circonspecte sur les véritables intentions d’un président français nouvellement élu, très ambitieux et visiblement manquant terriblement d’expérience. Le dirigeant libyen a bien senti ce danger, d’autant qu’il avait déjà affirmé la semaine dernière que «nous ne prendrons en aucun cas le risque de déchirer l’unité arabe ou africaine». Pour lui, «l’UPM est un appât et une forme d’humiliation» pour les pays arabes à qui on va jeter «un os à ronger» en leur donnant quelques «postes» au sein de cette UPM. En clair, il visait l’Egypte, le Maroc et d’autres pays arabes qui ont manifesté leur désir d’adhérer au projet du président français.

Pour plusieurs pays arabes riverains de la Méditerranée, une position claire et tranchée n’a pas été officiellement annoncée, alors que bruissent des échos selon lesquels autant la Tunisie que le Maroc et l’Egypte ont reçu la promesse de distribution de rôles et postes importants dans ce projet de Nicolas Sarkozy. L’Algérie, prudente, a estimé par la voix de son chef de la diplomatie que les contours de ce projet ne sont pas encore clairement établis. D’autre part, Mouammar Kadhafi a réclamé la mise en place, à partir de la capitale béninoise, et «tout de suite» d’un gouvernement de l’Union africaine (UA), remettant à plus tard son rêve des Etats unis d’Afrique. «Nous pensons qu’il faut mettre tout de suite en place un gouvernement de l’Union africaine. Les Etats unis d’Afrique viendront plus tard, c’est une idée à mûrir», a-t-il précisé. Pour lui, «ce gouvernement de l’Union (africaine) ne va en aucun cas toucher à la souveraineté des Etats. Il faut le mettre en place tout de suite sinon nous courrons à notre perte», a-t-il averti, faisant référence aux multiples défis qui menacent les Etats africains. Par ailleurs, il a sévèrement critiqué les organisations régionales africaines. «Moi, personnellement, je suis le président du Maghreb arabe», a-t-il dit au sommet du CEN-SAD, tout en précisant que «mais ça n’existe que par le nom», alors que pour la CEDEAO (Communauté économique de l’Afrique de l’Ouest), il n’est pas loin de la considérer «juste comme un machin». «Des guerres éclatent ici et là et on tourne en rond. C’est une affaire pour se faire des per diem», a t-il dit.

Mouammar Kadhafi, s’il a confirmé qu’il reste attaché à ses grands projets africains, n’en a pas moins exprimé, concernant le projet d’Union pour la Méditerranée, un point de vue conforme à des configurations géopolitiques que beaucoup de pays qui avaient spontanément (ou aveuglément) adhéré au projet du président français n’avaient pas pris en compte.