La méditerranée informelle

La méditerranée informelle

par K. Selim, Le Quotidien d’Oran, 5 juin 2008

Le Forum méditerranéen (Formed) s’ouvre aujourd’hui à Alger et, sans surprise, le projet d’Union pour la Méditerranée en constituera le plat de résistance. Plus d’une dizaine de ministres des Affaires étrangères des deux rives de la grande bleue sont annoncés, ainsi que les pays qui président l’UMA (la Libye) et l’Union européenne (la Slovénie).

Bernard Kouchner, ministre français des Affaires étrangères, devra profiter de ce forum pour sonder davantage les intentions algériennes. L’Algérie n’a pas signifié de refus à l’égard de l’Union pour la Méditerranée (UPM). Elle estime néanmoins qu’elle a besoin de davantage d’éclairage sur le projet et souhaite une meilleure contribution du Sud à sa conception. Il reste que jusqu’à présent, le niveau de participation de l’Algérie au sommet de Paris du 13 juillet, destiné à officialiser le lancement de l’UPM, n’est pas connu. Il est déjà quasi certain que le colonel Mouammar Kadhafi n’y participera pas, et Paris souhaite éviter une défection du président algérien. Il n’est pas sûr qu’il aura une réponse certaine en marge du Forum méditerranéen.

Objectivement, il n’existe que la question palestinienne – et donc d’Israël – qui peut constituer une entrave à une telle participation. Le fait est que la présence d’Israël dans le processus de Barcelone n’est pas un argument pour justifier la participation. Après tout, la situation d’aujourd’hui dans les territoires occupés, où Israël a relancé la colonisation, est beaucoup plus préoccupante qu’à l’époque où les accords d’Oslo avaient créé une euphorie qui s’est avérée illusoire. Aujourd’hui, les horizons sont totalement bouchés pour les Palestiniens, et cela n’incite guère à s’asseoir à la même table que les Israéliens. Ce n’est pas une question secondaire. Le sujet sera d’ailleurs discuté en «ouverture» dans ce cadre informel, l’occasion sans doute de dire quelques vérités plus crues.

Si le processus de Barcelone a été décevant, certains pays arabes ne voudraient pas faire de cadeau gratuit à l’Etat hébreu. Il sera sans doute difficile à Bernard Kouchner de convaincre tout le monde que les deux questions ne sont pas liées. Pourtant, il est souhaitable que l’Algérie ne tarde pas trop à faire connaître sa position. On sait déjà qu’elle n’entend pas être en dehors du projet, qui comporte des pistes très intéressantes dans le domaine économique. Elle peut affirmer clairement qu’elle est dans l’UPM et que cela est sans rapport avec le niveau de sa représentation au sommet de Paris.

Sur le fond, ce forum sera aussi l’occasion de vérifier si les pays du Nord, après le lifting sévère introduit par l’UE au projet initial, seront sur la même longueur d’onde. Il en sera de même pour les pays du Sud où des pays arabes, contrairement à l’Algérie ou à la Libye, n’ont pas de réserves à l’égard d’Israël. A suivre.