Les incertitudes de l’ANP au sujet de l’UPM

Lu dans la revue El Djeïch

Les incertitudes de l’ANP au sujet de l’UPM

Par Abdelhalim Mouhou, Le Jeune Indépendant, 14 août 2008

Pour l’Armée nationale populaire (ANP), «il faudrait plus qu’une simple réunion de quatre heures pour faire de la «Grande Bleue» (la mer Méditerranée, NDLR), un havre de paix…».

La revue mensuelle de l’Armée populaire nationale (ANP), El Djeïch, a consacré dans son dernier numéro un article à l’Union pour la Méditerranée (UPM).
Sous le titre «Méditerranée : les deux rives se tendent la main», la rédactrice de l’article est d’abord, revenue sur les circonstances de la naissance de cette «nouvelle initiative euro-méditerranéenne, proche du processus de Barcelone».
A la différence que dans cette nouvelle initiative «le souci d’un partage des responsabilités était présent», signale-t-elle. Elle n’omet pas de préciser que «l’acte de naissance» de l’UPM s’est fait «selon le schéma de Bruxelles (Union européenne, NDLR)», soulignant aussi «l’absence de la Libye».
Parmi les six grands projets retenus lors du sommet de Paris, seule l’Agence de développement des PME et PMI, «à défaut d’une banque euro-méditerranéenne», est prévue, regrette-t-on. Cette agence «pourrait permettre de juguler, en partie, et sous certaines conditions (financières en particulier) le problème très épineux de l’immigration clandestine».
A ce titre, la revue connue pour être le porte-voix de l’armée, a fait siennes les appréhensions exprimées par le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, dont plusieurs extraits de discours ont été convoqués dans l’article au sujet de la disponibilité des ressources financières pour la réalisation de ces projets.
«A titre d’exemple, l’élimination de 80 % des sources de pollution d’ici à 2020 nécessite, pour les 44 projets (sites) retenus, pas moins de 2 milliards de dollars, qu’il faudrait trouver», relève-t-on en mentionnant que ces «interrogations concernant le volet du financement […] sont corroborées par l’appel fait par la Commission européenne au financement privé et à la générosité des institutions financières internationales».
Après ces craintes d’ordre économique, l’auteur réserve l’essentiel de ses préoccupations aux plans politique et sécuritaire, et plus spécialement au bourbier moyen-oriental ; étant donné qu’»il est attendu», de ce nouveau partenariat Nord-Sud, «la résolution des situations conflictuelles qui persistent dans la région».
La «menace» du nucléaire israélien
Au sujet du Moyen-Orient, la rédactrice d’El Djeïch note que la déclaration finale du sommet de Paris à renvoyé dos-à-dos arabes et israéliens.
La déclaration n’a pas pris en compte l’initiative de Beyrouth (2002) concernant la Palestine, comme cela a été le souhait des Etats arabes. Elle n’a pas également inclus «le refus d’accorder aux réfugiés palestiniens le droit de retourner chez eux», souhaité par les israéliens.
Ces questions ont été laissées aux négociations -»qui devraient, selon la déclaration finale, se conformer au processus d’Annapolis lancé en 2007»- entre les deux parties. Cependant, «aux nombreuses situations conflictuelles (qui) subsistent et (qui) continuent d’envenimer les relations de bon voisinage entre riverains», s’ajoute, dénonce la rédactrice, «le potentiel nucléaire israélien qui compte plus de 200 têtes orientées vers les pays arabes». Cela constitue, souligne-t-elle, «une véritable menace pour la paix dans l’ensemble de la région méditerranéenne».La revue de l’ANP dénonce, par ailleurs, le fait que «13 ans après les mesures de confiance énoncées dans la déclaration de Barcelone […] les choses sont à leur point mort», et pis, «l’Etat hébreu continue d’acquérir, voire de moderniser son arsenal nucléaire sans être pour autant inquiété», regrette-t-elle.
Certes, «le rendez-vous de Paris est une première étape», mais «il faudrait plus qu’une simple réunion de quatre heures pour faire de la «Grande Bleue», un havre de paix comme l’avaient souhaité les précédentes initiatives méditerranéennes dont le «processus de Barcelone» transformé en «processus de Barcelone/Union pour la Méditerranée», peut-on encore lire.
La journaliste d’El Djeïch estime que «la route est sans doute bien longue pour faire du Bassin méditerranéen un grand ensemble régional Nord-Sud fiable, à l’instar de ce qui existe déjà aux Amériques ou en Asie». Pour pouvoir «réaliser ce rêve», la grande muette semble convaincue qu’il est indispensable que «l’ensemble des acteurs y mettent la volonté politique nécessaire». A. M.