L’Algérie, Israël et le dialogue méditerranéen

L’Algérie, Israël et le dialogue méditerranéen

par Ghania Oukazi, Le Quotidien d’Oran, 18 juin 2008

A l’instar des pays arabes, l’Algérie réclame à l’OTAN de résoudre le conflit israélo-arabe, au même moment où il lui est demandé de signer un échange de lettres pour participer concrètement à l’opération Active Endeavor de lutte contre le terrorisme en mer, dans laquelle Israël est partie prenante.

Abdelkrim Harchaoui, député RND, a abordé hier au Conseil de la Nation, le rôle des institutions parlementaires dans le renforcement du Dialogue méditerranéen (DM). Si du côté de l’Occident, les priorités sont clairement fixées, n’est-il pas primordial pour l’Algérie de fixer les siennes avant de signer un programme individuel de coopération ou un échange de lettres pour l’opération Active Endeavor où Israël est présent ? lui avons-nous demandé. « La réflexion sur un programme individuel de coopération est en cours, Israël n’a rien à voir là-dedans, c’est un programme propre à l’Algérie (…) ». L’orateur fera ainsi l’impasse sur l’échange de lettres. Fuite en avant ? Langue de bois ? Manque d’inattention ? Il est évident que ce n’est pas Harchaoui du RND d’Ouyahia qui sera cette exception qui confirmerait la règle — de clarifier les choses – dans le discours politique ambiant. La précision à propos de la question viendra du sénateur Antonio Cabras, vice-président du groupe spécialisé de la Méditerranée (GSM). « Nous ne devons pas faire des disparités un point fort pour nous empêcher d’avoir des points d’intérêts communs, sinon la discussion n’aurait aucun sens », a-t-il dit. Et comme il reconnaît que « les intérêts communs qui nous unissent sont plus forts que les disparités », il demande « comment atteindre la création de deux Etats, israélien et palestinien, libres et indépendants, d’une manière pacifique ? ». Pour lui, « la discussion doit bien partir de quelque part pour aboutir ». Il inclut alors « la contribution de chacun des pays dans la lutte antiterroriste ». Contribution qui devra, selon lui, atténuer les écarts et les disparités existants. Pour lui, « la lutte antiterroriste doit se faire sur la base de ces problèmes sans donner de prédominance à l’un ou à l’autre ». Interpellé sur le mutisme de l’OTAN vis-à-vis de la situation en Irak, le sénateur répond « on ne peut favoriser un pays sur un autre, nous faisons un travail à l’unanimité ». Ses propos justifient le refus de l’Alliance d’intervenir dans des questions pourtant essentiellement de paix et de sécurité au nom d’un principe qu’elle classe sacro-saint, celui de faire avaliser la demande d’intervention par l’ensemble de ses membres. Cabras enfonce le clou en précisant « l’OTAN est une alliance militaire peut-être, mais elle peut être un mécanisme pour la paix et la sécurité, vous pouvez nous aider pour atteindre ces objectifs ». Dr Alberto Bin de la division des Affaires politiques et de la politique de sécurité l’appuie « l’offre de la coopération est valable pour tous, on y tient beaucoup ». Il explique dans ce sens, l’interopérabilité « si un pays la souhaite, c’est la participation dans des opérations de maintien de la paix ». Bin passe « aux possibilités de l’OTAN de moderniser les forces armées des pays intéressés, parce qu’elle a une grande expérience dans le domaine ». Il en vient quand même aux problèmes « qui existent ».

Il recadre la coopération par « il ne faut pas demander à l’OTAN de faire des choses qu’elle n’est pas capable de faire comme le règlement du conflit israélo-arabe, l’émigration clandestine, le développement économique, elle n’a pas vocation ». Il fera part de la nécessité d’une complémentarité «à ne pas confondre avec coordination parce que chaque ensemble a ses propres décisions» entre les différentes initiatives (UE, 5 5, DM, la sécurité européenne, l’UPM…) et souligne « loin de nous de vouloir dupliquer, ça n’a pas de sens, nous n’avons ni moyens ni ressources ni mandat de le faire ».

De l’UPM au Grand Moyen-Orient

Les domaines de coopération, Nicolas De Santis, responsable de la diplomatie publique, les avait cernés déjà au premier jour du séminaire. « Les objectifs du dialogue méditerranéen sont de contribuer à la sécurité et à la stabilité régionales, de parvenir à une meilleure compréhension mutuelle entre l’OTAN et ses partenaires méditerranéens, de dissiper les malentendus concernant l’Alliance dans les pays partenaires et de promouvoir des relations amicales dans la région », a-t-il dit. « En janvier et en juin 2002, le Conseil nord-atlantique a pris une série de mesures destinées à renforcer le DM en réponse aux événements du 11 septembre », a-t-il ajouté en précisant, qu’il s’agit de la tenue de consultations entre l’OTAN et les pays méditerranéens sur le terrorisme. Promotion de la coopération militaire, celle du contrôle démocratique des forces armées (…) ou leur modernisation, la lutte contre le terrorisme, contribution aux activités de l’Alliance relatives aux menaces dérivant de la prolifération des armes de destruction massive, la sécurité des frontières et autres armes légères, les plans civils d’urgence sont ainsi les domaines clés de la coopération que propose l’Alliance aux pays du DM. Il est inutile de se demander si l’UPM de Sarkozy fait doublant ou pas avec ce canevas. Entre les objectifs de l’Alliance et les siennes, il n’y a qu’un pas. D’autant que l’annonce par Cabras de la tenue les 4 et 5 juillet prochain à Rome d’un séminaire interparlementaire, dissipe toute espèce de doute. Il sera possible selon lui, de parler du conflit israélo-arabe, l’émigration clandestine, la pauvreté, les conflits en Afrique… « La rencontre est prometteuse et intéressante », dira-il. Non pas parce qu’elle permettra de poser les questions qui fâchent mais parce quelle va à l’essentiel, selon la vision occidentale puisque elle posera une grande problématique, celle de la sécurité énergétique. Elle prévoit à cet effet, d’inscrire à son ordre du jour l’interdépendance énergétique dans la Méditerranée. Mohamed Mebarki, membre du Conseil de la Nation, a fait ressortir l’idée d’une révision des concepts et des stratégies que l’Alliance a adoptée en avril dernier à Bucarest, lors du sommet de ses chefs d’Etats. Il est admis que si l’OTAN a décidé de revoir sa copie, c’est parce qu’elle s’est vue embourbée dans la guerre contre les Talibans avec laquelle Bush a pourtant prévu d’en finir le temps d’un printemps. La présence de ses troupes en Afghanistan a été décidée sur fortes pressions de Washington. Présence qui lui coûte cher en ressources humaines et matérielles sans aucun résultat probant.

Des observateurs avertis vont jusqu’à voir en l’UPM une version nouvelle ou une voie sûre pour aller vers un Grand Moyen-Orient ou un Moyen-Orient élargi, idée chère à Bush et à Condoleeza Rice. Ce sont les premiers qui soutiennent, encouragent et appuient fortement Sarkozy dans son entreprise.

Des échos de chancelleries étrangères accréditées à Alger laissent entendre que l’Algérie prépare de « grands projets » pour l’UPM. Mais voilà que les autorités politiques n’ont pas encore tranché la question de participer ou pas à la conférence du 13 juillet à Paris. Aux dernières rumeurs, le président Bouteflika aurait désigné Ouyahia pour le représenter aux festivités du 14 juillet à Paris et non pas au rendez-vous pour l’UPM. Dans tout ce flou, seul le leader de la Jamahiriya a brillé par la clarté de ses idées. Dans l’UPM – puisqu’il y a l’Union européenne – il veut intégrer l’Union africaine et la Ligue arabe. Fou Kadhafi ? Pas du tout. En tout cas pas plus que d’autres qui gouvernent ce monde.