Crise au Yémen : Les rebelles exigent une enquête internationale sur des «crimes de guerre» de la coalition arabe

Crise au Yémen : Les rebelles exigent une enquête internationale sur des «crimes de guerre» de la coalition arabe

El Watan, 17 octobre 2016

Suite aux raids aériens menés le 8 octobre contre une cérémonie funéraire dans la capitale yéménite Sanaa ayant fait 140 victimes, les
Houthis ont réclamé, hier, une enquête internationale indépendante sur «des crimes de guerre» de la coalition militaire arabe.

Les rebelles chiites houthis ont réclamé hier «une enquête internationale indépendante sur des crimes de guerre» de la coalition militaire arabe conduite par l’Arabie Saoudite, rapporte l’AFP. Cette coalition a reconnu, samedi dernier — au terme d’une enquête sur des raids aériens menés le 8 octobre contre une cérémonie funéraire dans la capitale yéménite, Sanaa —, avoir tué par erreur plus de 140 personnes. Les résultats de l’enquête «n’innocentent pas» la coalition de «sa violation du droit international humanitaire», ont affirmé les rebelles sur leur site en citant «un responsable du ministère des Affaires étrangères».

Ce dernier a appelé le secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (ONU) à «former rapidement une commission d’enquête internationale indépendante (…) sur les crimes de guerre commis au Yémen par la coalition». Et d’ajouter : «Ceux qui ont soutenu ou perpétré ces crimes ne resteront pas dans l’impunité.» La coalition — intervenue en mars 2015 en soutien aux forces du président Abd Rabbo Mansour Hadi chassé de Sanaa après la prise du pouvoir par les rebelles houthis en septembre 2014 — est régulièrement accusée par des ONG de commettre des «bavures» contre des civils au Yémen.

Suite à ce carnage, l’ex-président Ali Abdallah Saleh a appelé à la mobilisation à la frontière avec l’Arabie Saoudite pour «venger» les victimes des attaques de la coalition arabe dirigée par Riyad. «J’appelle les forces armées et les comités populaires à se rendre sur le front de guerre à la frontière» saoudienne pour «venger nos victimes», a déclaré Abdallah Saleh dans une allocution télévisée. Qualifiant le royaume wahhabite de «réactionnaire et rétrograde», l’ancien président a exhorté ses compatriotes à «affronter cette flagrante agression tyrannique par tous les moyens».

Et d’ajouter : «Le ministère de la Défense, l’état-major et le ministère de l’Intérieur doivent prendre les dispositions nécessaires pour accueillir les combattants sur les lignes de front à la frontière, à Najrane, Jizane et Assir», les trois provinces frontalières de l’Arabie Saoudite. Il a appelé le Conseil de sécurité de l’ONU à «prendre des décisions contraignantes pour mettre fin à cette agression barbare des Al Saoud (la famille régnante, ndlr) et de leurs alliés».

Résurrection

Plus d’un an après cette intervention, la coalition arabe n’a fait que ressusciter l’ex-président Ali Abdallah Saleh. Les révoltes populaires de 2011 ont contrarié l’ambition de ce dernier, qui s’apprêtait à modifier la Constitution pour se représenter à la présidentielle de 2013 et y rester à vie. Après avoir survécu à un attentat, il se fait soigner en Arabie Saoudite, où il signe ensuite un accord de transition qui le contraint à céder le pouvoir pour se retrouver aujourd’hui allié de ses ennemis d’hier, les Houthis, appelés aussi zaïdites (d’obédience chiite) alors qu’il a mené six guerres contre eux.

Des guerres qu’il a justifiées par le fait que les Houthis voulaient rétablir l’imamat aux dépens de la République. En mai 2015, Abdallah Saleh a déclaré avoir «refusé des millions de dollars» de l’Arabie Saoudite s’il se retournait contre les Houthis. Fin décembre de la même année, devant des membres de son parti, le Congrès populaire général (CPG), Saleh a refusé de participer au dialogue interyéménite pour arrêter la guerre civile. «Nous ne participerons pas au dialogue si la guerre ne s’arrête pas», a déclaré l’ex-Président. Et de poursuivre : «Si la guerre s’arrête, nous aurons des discussions avec l’Arabie Saoudite et non avec les délégués des fuyards», allusion au président Abd Rabo exilé à Riyad.

A ses yeux, «la bataille n’a pas encore commencé» et «commencera» si le gouvernement et la coalition sous commandement saoudien qui le soutient «ne choisissent pas le chemin de la paix». En mars dernier, les habitants de Sanaa se sont rassemblés pour protester contre la coalition militaire arabe, à l’appel du CPG. «D’ici, nous tendons une main pour la paix, la paix des courageux, pour des pourparlers directs avec le régime saoudien sans passer par le Conseil de sécurité de l’ONU», avait déclaré l’ancien chef de l’Etat à cette occasion. Comme il a appelé le Conseil de sécurité à «émettre une résolution imposant un embargo sur les armes au régime saoudien».

Le royaume wahhabite change d’allié au Yémen selon les circonstances. En 1994, durant la guerre de sécession entre le Nord et le Sud, l’Arabie Saoudite a soutenu paradoxalement les Sudistes qu’elle dénonçait jusque-là comme «communistes». Les Saoudiens ont soutenu les royalistes, dont les Houthis, dans leur guerre contre les «républicains» de 1962 à 1970. Ces derniers étaient appuyés par l’Egypte de Nasser en dispute avec Riyad sur le leadership du Monde arabe.

Au Yémen, le tribalisme joue un grand rôle dans les alliances politiques et Abdallah Saleh est plus qu’habile, lui qui disait que l’Etat lui-même fait partie des tribus. Les tribus du Nord se regroupent dans deux grandes confédérations, les Hashed et les Bakil. Le président Saleh favorise la tribu Sanhan de la confédération Hashid. A côté des réalités tribales, il y a l’élément religieux entretenu par le parti Al Islah de la confrérie des Frères musulmans dirigé par Abdallah Al Ahmar.

Pour neutraliser le pouvoir de ce chef de tribu capable de mobiliser des milliers d’hommes en armes, le président Saleh l’a associé au pouvoir. Ainsi suffirait-il aujourd’hui de vaincre les Houthis par les armes pour mettre fin à la crise du Yémen, un pays où toute tribu constitue un embryon d’Etat dans l’Etat.
Amnay idir