Guerre en Syrie : L’ONU de nouveau impliquée

Guerre en Syrie : L’ONU de nouveau impliquée

El Watan, 19 août 2015

Faut-il parler de reprise en main par l’ONU du dossier syrien ou de son implication comme cela peut arriver avec des actions ponctuelles plutôt symboliques, âprement négociées à tous les niveaux, ce qui leur donne alors très peu de chance de succès.

On la croyait totalement absente du conflit syrien, mais l’ONU a fait au moins acte de présence en apportant son soutien à un plan de paix devenu le sien.

Le vote dans de telles conditions est d’une extrême importance à ce niveau de gestion des relations internationales. Il est même qualifié d’historique par le représentant français. Et pour cause, après des années de silence et même de mise à l’écart, car l’ONU, considèrent les spécialistes, a été soigneusement tenue à l’écart, et c’est pour cela estiment-ils, qu’il est faux de parler d’échec de la diplomatie.
Le Conseil de sécurité des Nations unies a donc soutenu, lundi, un nouveau plan pour la paix en Syrie, adopté, pour la première fois en deux ans, par la Russie et les 14 autres membres. Il s’agit du premier plan politique concernant le conflit syrien sur lequel tous les pays membres du Conseil se sont mis d’accord, malgré les réserves exprimées par le Venezuela. Le représentant permanent adjoint de la France à l’ONU, Alexis Lamek, a même qualifié cette entente sur l’initiative pour des pourparlers de paix d’«historique».

Et de s’en expliquer en déclarant que «pour la première fois en deux ans, le Conseil de sécurité s’unit et adresse un message de soutien au processus politique en Syrie». Ce qui, a contrario, veut dire que l’instance onusienne ne l’a jamais été.

Par voie de conséquence, un pays a été abandonné à une guerre sans nom, puisque l’opposition, telle que reconnue et soutenue dès 2011, a été éclipsée pour ne pas dire laminée par d’autres groupes d’opposition, devenus de plus en plus nombreux, l’ONU en recensant des centaines.

Plus que cela, la crise syrienne menace désormais ses voisins, l’ensemble de la région et même au-delà, tandis que tous les efforts envisagés depuis longtemps ont été contrariés pour des raisons parfois obscures, la situation atteignant un tel niveau de pourrissement que de nombreux gouvernements considéraient le maintien du régime de Bachar Al Assad était l’option la moins mauvaise.

Quant au vote en question, il porte sur un communiqué en 16 points du Conseil, appelant principalement à une transition politique en Syrie, qui est dans sa cinquième année de conflit.

Seul l’ambassadeur vénézuélien auprès de l’ONU, Rafael Ramirez, a émis des réserves en considérant que ce texte établit «un précédent très dangereux» en soutenant une transition qui, dit-il, viole le droit des Syriens à l’autodétermination, alors même que ce principe avait été accepté il y a au moins deux années et avait constitué l’élément central des rencontres de Genève regroupant le pouvoir et l’opposition. Le premier avait accepté le principe de la transition, tandis que l’autre ne l’envisageait que si elle se faisait sans le régime.
L’initiative, qui doit démarrer en septembre, devrait permettre la mise en place de quatre groupes de travail sur la sécurité et la protection, le contre-terrorisme, les questions politiques et légales ainsi que la reconstruction.

Le Conseil appelle à mettre fin à la guerre en «lançant un processus politique mené par la Syrie vers une transition politique qui rejoint les aspirations légitimes du peuple syrien».

La transition comprend «l’établissement d’un corps dirigeant de transition inclusif avec les pleins pouvoirs, qui devrait être formé sur la base d’un consentement mutuel tout en assurant la continuité (du fonctionnement) des institutions gouvernementales». Ou ce qu’il en reste, avec autant de destructions et de fractures.

Bien sûr que des questions se posent avec insistance, comme l’avenir du régime syrien, mais elles ont été soigneusement évacuées. Peut-être pour assurer la mise en œuvre de ce nouveau plan ?

Mohammed Larbi