Pierre Galand: « Le Maroc s’est tiré une balle dans le pied »

Pierre Galand. Président de la Coordination européenne de solidarité avec le peuple sahraoui (EUCOCO)

« Le Maroc s’est tiré une balle dans le pied »

El Watan,14 décembre 2009

– Aminatou Haïdar a mobilisé toute l’opinion internationale. Il s’agit là d’un tournant dans la lutte du peuple sahraoui. Qu’en pensez-vous ?
– Absolument, c’est ce qu’il faut dire en pareille circonstance. Aminatou Haïdar est une résistante qui revendique courageusement et de manière pacifique son droit légitime de vivre dignement sur une terre libre et indépendante. Cette grande militante, grâce à son courage et à sa détermination, a pu remettre la question du Sahara occidental au devant de la scène internationale. Depuis qu’elle a engagé cette bataille contre l’occupant, toute la presse mondiale ne parle que d’elle et, par ricochet, de la lutte du peuple sahraoui pour son droit à l’autodétermination. Le monde entier découvre à l’occasion de cette grève comment le Maroc viole, depuis 1975, les droits d’un peuple digne qu’est le peuple sahraoui. En refoulant Aminatou Haïdar, le Maroc se tire une balle dans le pied. Je pense que le peuple sahraoui, qui a lutté depuis 1975 jusqu’à 1991, les armes à la main, puis diplomatiquement, est arrivé à un point tel qu’il ne peut plus accepter de faire d’autres concessions. Abandonné par les Nations unies, il va certainement radicaliser son action et si l’impasse perdure, il reprendra les armes pour recouvrer sa souveraineté et sa liberté. Aminatou Haïdar est ce grain de sable qui a bouleversé le monde entier et qui a rappelé qu’un peuple se fait massacrer quotidiennement.

– Malgré une mobilisation internationale, le régime du Maroc ne veut rien entendre…
– Ecoutez, j’ai rarement vu un occupant qui a fait preuve d’humanisme. Il faut que la communauté internationale réagisse sérieusement pour mettre un terme à l’occupation du Sahara occidental, une des dernières colonisations dans le monde. La communauté internationale n’a pas le droit de laisser cette situation perdurer. Elle a le devoir d’agir et de faire respecter la légalité internationale. Il est vrai que nous avons vu comment le Haut commissariat aux droits de l’homme de l’ONU réagir fermement dans un message très clair. Maintenant, le secrétaire général de l’instance onusienne est mis devant ses responsabilités historiques. La balle est dans son camp. Il doit, en urgence, élargir la Minurso aux questions des droits de l’homme, car beaucoup de militants sahraouis périssent dans les bagnes marocains.

– L’Espagne est aussi montrée du doigt dans l’affaire Haïdar…
– L’Espagne s’est mal pris dans cette affaire, elle a la patate chaude entre ses mains… On est en face d’un cas grave de violation de l’un des droits les plus fondamentaux des droits de l’homme. Avec l’amplification du mouvement de solidarité, l’Espagne est prise dans un piège, d’autant plus qu’elle s’apprête à présider l’Union européenne. Il est scandaleux pour Madrid d’entamer sa présidence de l’UE, avec sur son sol un cas grave de violation des droits de l’homme. Je lance un appel au parlement espagnol pour qu’il puisse s’exprimer et évoquer l’article 2 qui stipule que tout partenariat avec l’Union européenne doit être lié au respect des droits humains et du droit humanitaire, notamment découlant des résolutions de l’Organisation des Nations unies. Je sais que le parlement européen se prononcera la semaine prochaine sur cette question.

– Ne redoutez-vous pas une fin tragique de l’action que mène Aminatou Haïdar ?
– Comme tout le monde le sait, dans toutes les luttes pour la liberté et l’indépendance, les gens donnent de leur vie. Et je trouve cela très noble et Aminatou Haïdar fait partie de ces femmes et hommes épris de justice et de liberté, qui sont prêts à se sacrifier pour une cause juste. Par son action, elle a anobli la cause sahraouie. Si elle vient à en mourir, d’autres Aminatou vont se lever et reprendre le flambeau de la lutte. Quand je vois l’héroïsme de cette femme, qui, faut-t-il le rappeler, a été torturée pendant 4 ans, je me rappelle ces femmes vietnamiennes qui se sont fait massacrer au napalm. Donc, la détermination d’Aminatou donne du courage et de l’espoir.

Par Hacen Ouali

 


Ils ont adopté hier la déclaration d’Alger

Les élus du monde saluent A. Haïdar et dénoncent Rabat

Les participants à la Conférence internationale des villes jumelées et des villes solidaires avec le Sahara occidental ont exigé, hier à Alger, dans une pétition adressée au secrétaire général de l’ONU et au président du Conseil de sécurité, la mise en œuvre immédiate des résolutions onusiennes, « reflet de la volonté de la communauté internationale recommandant l’organisation d’un référendum d’autodétermination pour le peuple sahraoui ».

Cette rencontre a réuni quelque 360 élus locaux représentant 31 pays de quatre continents (Afrique, Europe, Amériques, Océanie), ainsi que des personnalités politiques, artistiques et sportives. Les participants ont décidé, à l’issue de leurs travaux, de saisir les institutions internationales pour qu’elles s’impliquent davantage en faveur du droit et de la justice, de façon à permettre au peuple sahraoui de choisir librement son destin. Ils ont également interpellé, à travers des recommandations formulées dans la « Déclaration d’Alger des élus du monde pour la solidarité avec le peuple sahraoui », les institutions humanitaires spécialisées des Nations unies, afin de « garantir une assistance suffisante et diversifiée » aux réfugiés sahraouis. Les participants à cette rencontre ont rendu un hommage appuyé au combat que mène « avec courage et détermination » la militante des droits de l’homme, Aminatou Haïdar.

En 2011, ce sera l’Italie

De ce fait, ils ont appelé l’ensemble de la communauté internationale à se mobiliser « en urgence et de façon unitaire » afin d’exiger du Maroc « qu’il mette fin au calvaire d’Aminatou Haïdar, dont la vie est sérieusement menacée, et lui permettre de retrouver sa famille en son domicile à Laâyoune ». Ils exigent également la « libération immédiate » des sept activistes sahraouis arrêtés « sans motif valable » à Casablanca et détenus dans les prisons marocaines. Les élus locaux du monde se sont déclarés « conscients » que « la solution d’autonomie proposée par le Maroc n’est, en aucun cas, conforme aux résolutions de l’ONU et ne répond nullement aux aspirations légitimes du peuple sahraoui ». Pour ce faire, ils ont décidé d’installer une structure permanente de coordination pour la mise en œuvre et le suivi des recommandations de cette conférence. Les participants ont retenu l’Italie pour accueillir, en 2011, la prochaine conférence des villes jumelées et des villes solidaires avec les villes du Sahara occidental.

Par R. I.