Les Sahraouis déterminés à changer leur destin

La RASD a célébré hier le 33e anniversaire de sa création

Les Sahraouis déterminés à changer leur destin

Moment décisif pour le peuple sahraoui ! La célébration hier du 33e anniversaire de la proclamation de la République arabe sahraouie démocratique (RASD) est intervenue dans des conditions particulières.

Tifariti (Sahara occidental). De notre envoyé spécial, El Watan, 28 février 2009

Au-delà des festivités habituelles, les Sahraouis se montrent déterminés à relever plusieurs défis à la fois : la poursuite de la lutte pour la libération des territoires occupés et la reconstruction des zones libérées. Ils veulent prendre leur destin en main. Se référant aux résolutions du 12e congrès du Front Polisario, tenu en décembre 2007, les responsables de la RASD se mettent au travail. Sur le plan politique, ils attendent encore plus de détermination de la part de la communauté internationale pour faire avancer positivement le processus de négociation, stoppé depuis mars 2008. Ils affichent leur disponibilité à coopérer avec l’ONU en vue de résoudre la question sahraouie.

Mais ils souhaitent que l’envoyé spécial du secrétaire général de l’ONU soit plus audacieux pour imposer à la partie marocaine le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination. Un droit consacré par les différentes résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU. Venu, samedi 21 février, dans les camps de réfugiés sahraouis, le nouvel émissaire de l’ONU, Christopher Ross, a rappelé le principe de l’autodétermination des Sahraouis. Une lueur d’espoir. Cependant, eux ne se réjouissent plus de ce genres de déclarations. Ils en ont entendu des dizaines. Aujourd’hui, ils demandent du concret. Ce que la communauté internationale n’est pas en mesure de garantir depuis la signature de l’accord du cessez-le-feu. Sur le terrain, c’est toujours le statu quo ; plus de 60% des territoires sahraouis demeurent encore occupés et aucune solution ne se profile à l’horizon.

L’éventuelle relance du processus de négociations sur des bases sérieuses pourrait être « la dernière chance pour le maintien de la paix », car cette situation de « ni guerre ni paix » n’arrange plus les Sahraouis. C’est ce que déclarent les responsables du Polisario et tout le peuple sahraoui dans les camps des réfugiés ou ici, à Tifariti, à 110 km du « mur de la honte » marocain. « Nous ne pouvons plus attendre », lancent les leaders politiques de la RASD. Ils brandissent la menace de la reprise de la lutte armée qu’ils ont suspendue depuis 1991. Deux choix sont proposés à l’occupant marocain : soit l’acceptation de coopérer avec la communauté internationale pour résoudre le conflit, soit la guerre. Parallèlement, le gouvernement de la RASD franchit un nouveau pas dans la perspective de reconstruire son Etat.

Il décide de mettre en application l’une des résolutions les plus importante du 12e congrès du Front Polisario. Il s’agit de la reconstruction et du repeuplement des territoires libérés. A cet effet, la région de Tifariti a abrité, mercredi et jeudi derniers, une conférence internationale pour ouvrir un débat sur les possibilités de repeuplement et de reconstruction de l’ensemble des zones libérées. Mais aussi des enjeux de cette stratégie.

Une stratégie qui, selon Bachir Mustapha Essayed, chef de la direction politique du Polisario, mettra « l’occupant marocain devant un dilemme ». « Soit il réagit d’une manière mûre, sage et pacifique en reconnaissant le droit inaliénable des Sahraouis à l’autodétermination, soit il s’engage dans une voie obscure, celle de rompre la trêve scellée en 1991 ». Pour la mise en œuvre de cette stratégie, le gouvernement sahraoui veut commencer par la construction d’une université à Tifariti. Afin de faire mûrir ces idées, une rencontre similaire à celle de Tifariti devrait être organisée en mai prochain à Madrid (Espagne).

Par Madjid Makedhi


Le ministre de la défense sahraoui l’a affirmé

« L’échec de Ross serait synonyme de reprise de la guerre »

« L’échec du nouvel émissaire de l’ONU dans sa mission de relance des négociations pour la résolution du conflit sahraoui sera synonyme de la reprise de la guerre », affirme le ministre de la Défense de la RASD, Mohamed Lamine El Bouhali. Intervenant à l’issue du défilé militaire organisé hier à Akhchache (10 km au nord de Tifariti), dans le cadre de la célébration du 33e anniversaire de la proclamation de la RASD, le ministre sahraoui affiche la disposition de son armée à reprendre la lutte. « Cette situation de ni guerre ni paix ne nous arrange plus », soutient-il. Mohamed Lamine El Bouhali estime qu’« un éventuel échec du processus de négociations ouvrerait la voie à la reprise de la lutte armée pour libérer les territoires sahraouis occupés ». « Ce serait l’unique et le dernier choix qui nous reste », explique-t-il. Toutefois, le ministre sahraoui de la Défense réaffirme la disponibilité du gouvernement de la RASD à coopérer avec le nouvel émissaire de l’ONU, Christopher Ross, pour aller vers un règlement pacifique du conflit. « Christopher Ross a refusé le chantage des Marocains qui veulent lui imposer les pseudo-solutions de son prédécesseur, Peter van Walsum. Nous espérons qu’il réussira dans sa mission », ajoute-t-il.

Par M. M.

 


Elle soutient le principe de l’autodétermination du peuple Sahraoui

L’Espagne retrouve le « sens » de la légalité internationale

Le gouvernement espagnol semble recentrer sa position concernant le conflit du Sahara occidental en faveur de l’autodétermination du peuple sahraoui.

Le secrétaire d’Etat espagnol aux Affaires étrangères, Angel Lossada, a en effet exprimé jeudi dernier à l’envoyé spécial de l’ONU pour le Sahara occidental, Christopher Ross, le « ferme engagement actif » de l’Espagne pour contribuer à « un accord politique juste et durable devant permettre l’autodétermination » du peuple sahraoui. Le ministère espagnol des Affaires étrangères s’est bien référé, dans un communiqué sanctionnant l’entretien de M. Ross avec M. Lossada, à la résolution 1813 du Conseil de sécurité de l’ONU qui consacre le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination. Une résolution que le Maroc refuse toujours d’appliquer, tentant de faire aboutir son plan d’autonomie que rejette en bloc et dans le détail le Front Polisario.

La volonté que vient d’afficher le gouvernement espagnol de soutenir la démarche onusienne, si elle viendrait à être traduite sur le terrain, va certainement être d’une grande contribution dans le processus de résolution de ce conflit, dans le cadre défini par les Nations unies. Contrairement à la droite, la gauche espagnole, représentée actuellement par le Premier ministre José Luis Rodriguez Zapatero, s’est toujours distinguée, faut-il le souligner, par sa position plutôt « proche » du Maroc. Certes, l’Espagne, comme l’a maintes fois précisé le ministre espagnol des Affaires étrangères, Miguel Angel Moratinos, n’a jamais reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. Mais à chaque fois, le pouvoir passe à gauche, sa position s’éloigne des résolutions onusiennes.

A titre de rappel, lors d’un passage en 2005 à Alger, M. Zapatero, tout en évoquant la légitimité internationale, avait bien évité de parler de référendum, préférant afficher son soutien à « une solution juste et définitive qui permettrait au peuple sahraoui de voir le bout du tunnel ». Mais le rapprochement entre l’Espagne et la France apparaît cette fois moins influant. Paris a toujours appuyé Rabat dans ses visées expansionnistes dans la région du Maghreb et a exprimé ouvertement son soutien au plan d’autonomie proposé par le Maroc. Rien que la semaine dernière, alors que M. Ross effectuait sa première visite dans la région, Eric Chevallier, porte-parole du Quai d’Orsay, avait déclaré que « le plan d’autonomie présenté par le Maroc en avril 2007 est une base de négociation pour aboutir à une solution négociée raisonnable entre les parties dans le cadre des Nations unies ».

Ainsi, le porte-parole du Quai d’Orsay a simplement ignoré la revendication sahraouie fondée sur le droit à l’autodétermination. De ce fait, l’émissaire onusien, M. Ross, doit également s’entretenir avec des responsables français avant de repartir pour les Etats-Unis où il se rendra à Washington avant de faire son rapport au secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-moon. Le Conseil de sécurité de l’ONU, faut-il le préciser, a appelé à « une solution mutuellement acceptable qui prend en charge le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination ». Au cours de sa première visite dans la région depuis sa désignation le 7 janvier dernier comme nouvel envoyé personnel de M. Ban Ki-moon en remplacement du diplomate hollandais Peter Van Walsum, M. Ross semble optimiste quant à la résolution du conflit. Il dit avoir constaté, au terme de sa tournée qui l’a conduit à Rabat, à Alger et dans les camps de réfugiés sahraouis, la volonté des différentes parties d’aller vers une solution juste, définitive et durable de ce conflit. Il espère ainsi aboutir à une relance rapide du processus de négociation lancé en juin 2007 entre le Maroc et le Front Polisario sous l’égide de l’ONU.

Quatre séries de réunions n’ont pas donné d’avancées. Une nouvelle série est prévue à une date qui n’a pas été encore fixée. L’Algérie, quant à elle, demeure attachée au principe de l’autodétermination qui lui a permis de recouvrer son indépendance. Dans un message adressé au chef du Front Polisario, Mohamed Abdelaziz, à l’occasion du 33e anniversaire de la proclamation par le Front Polisario de la République arabe sahraouie démocratique (RASD), le 27 février 1976, le président Bouteflika dit espérer que le nouvel émissaire de l’ONU pour le Sahara occidental, Christopher Ross, « favorisera des avancées en vue de parvenir à une solution politique qui permette l’autodétermination du peuple sahraoui ».

Par Mokrane Ait Ouarabi