Sahara occidental : Un ancien ambassadeur US à Alger chargé du dossier

Sahara occidental : Un ancien ambassadeur US à Alger chargé du dossier

par Ali Babès, Le Quotidien d’Oran, 11 septembre 2008

Moins de trois jours après la tournée maghrébine de la Secrétaire d’Etat américaine, Condoleeza Rice, un vieux routier de la diplomatie américaine est annoncé pour reprendre le processus de négociations entre le Maroc et le Front Polisario, pour une solution démocratique au Sahara Occidental.

Selon le quotidien espagnol «El Pais» (gauche), le Secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki Moon, devrait dans les prochains jours désigner l’ancien ambassadeur à Alger Christopher Ross comme son Envoyé personnel au Sahara Occidental. La nomination de M. Ross, qui s’occupe actuellement du dossier de la lutte anti-terroriste au Département d’Etat, devrait intervenir dans les prochains jours, en remplacement du Néerlandais Peter Van Walsum qui avait estimé dans des déclarations de presse «irréaliste l’indépendance» au Sahara Occidental. Le SG de l’Onu avait, le 28 août, confirmé qu’il ne renouvellerait pas le mandat de M. Walsum. Pour autant, l’arrivée d’un vieux routier de la diplomatie américaine, parfait connaisseur de l’arabe et du monde arabe (il parle couramment l’arabe), est une nouvelle donnée qui confirme les observations de certains milieux proches du dossier selon lesquelles la position de Washington aurait sensiblement évolué sur cette question de décolonisation au Sahara Occidental. Lors de son passage à Rabat dimanche dernier, la secrétaire d’Etat américaine, Condoleeza Rice, avait annoncé qu’une nouvelle série de négociations (entre le Maroc et le Polisario) devrait reprendre. Elle a notamment déclaré que «il est grand temps de régler le conflit au Sahara Occidental», ajoutant que «il va y avoir une nouvelle série de négociations».

Washington va soutenir ces négociations, a encore affirmé la diplomate américaine, selon laquelle «il y a de bonnes idées sur la table, et il y a des moyens d’aller de l’avant».

Condoleeza Rice, qui a également discuté de ce dossier lors de ses entretiens à Alger avec le Président Bouteflika, a souligné que ces négociations maroco-sahraouies ne repartiront pas «de zéro». Sur la table des discussions, figurent en effet le plan d’autonomie marocain et celui du référendum d’autodétermination demandé par les Sahraouis qui incluent également les deux autres options marocaines. Et la ministre américaine des affaires étrangères l’avait bien signifié, sans ambiguïté : «ce que nous cherchons, a-t-elle dit lors de son passage au Maroc, c’est une solution mutuellement acceptable».

L’affectation d’un ancien des services de renseignements américains (CIA), présent à Beyrouth en 1982 lors de l’attentat à la bombe contre le siège des Marines, pour prendre en charge ce dernier dossier de décolonisation en Afrique, résume parfaitement la volonté de Washington d’accélérer la recherche d’une solution «mutuellement acceptable», selon les déclarations de Rice. L’évolution de Washington sur cette question est, d’autre part, de nature à trouver des compromis et des moyens de pression sur la partie marocaine qui s’arc-boute à son seul plan d’autonomie, alors que les Sahraouis ont mis sur la table des négociations (suspendues) de Manhasset trois options, autant le référendum d’autodétermination que l’intégration ou l’autonomie. Mais par la voie démocratique, en consultant le peuple sahraoui sur son avenir.

Christopher Ross, qui connaît autant les milieux sahraouis que marocains, après son passage à Alger dans les années 90, peut être un joker de choix aux mains des Etats-Unis et du SG de l’ONU pour faire avancer les choses vers une solution mutuellement acceptable, et qui prenne en compte le facteur temps, pour ne pas reporter indéfiniment la résolution de ce dossier. D’autant que le diplomate US connaît parfaitement la position d’Alger dans ce conflit qui n’a que trop duré, selon Condoleeza Rice.

Le dernier diplomate US à avoir pris en charge le dossier Sahraoui est James Baker dont le plan de règlement avait été refusé par le Maroc.

Christopher Ross, pourquoi ?

par M. Saâdoune
La désignation annoncée de Christopher Ross, un diplomate américain qui a exercé à Alger, comme envoyé spécial pour le Sahara Occidental du secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, fera-t-elle bouger les choses dans un dossier où les positions des uns et des autres paraissent peu susceptibles d’ouvrir la voie au compromis ?

Il est difficile d’y répondre, même si on peut constater que l’arrivée de Christopher Ross sur ce dossier intervient après le passage de Condoleezza Rice au Maghreb, où elle a estimé qu’il « est temps » que le conflit soit résolu. Dans cette même déclaration, faite au Maroc, elle a estimé qu’il « y avait de bonnes idées sur la table » et « des moyens d’aller de l’avant ».

La désignation de Christopher Ross, qui vient directement du secrétariat d’Etat américain, est un signe d’une implication américaine plus forte, soutenue par Ban Ki-moon. Le problème est que contrairement à ce qu’affirme Mme Rice, il n’y a pas beaucoup de moyens d’aller de l’avant. En oeuvrant d’abord à empêcher que les résolutions sur l’exercice du référendum d’autodétermination soient effectives, certains Etats occidentaux qui défendent la position marocaine ont joué sur le facteur temps pour consacrer le fait accompli. Ils ont ensuite oeuvré à mettre sur la table des options qui tournent le dos au principe d’autodétermination.

La difficulté à faire avancer les choses dans les discussions de Manhasset tient à l’introduction forcée d’une proposition totalement antinomique avec le principe d’autodétermination. Aucune acrobatie intellectuelle ne peut faire passer un référendum – d’où est exclue la question de l’indépendance – comme un exercice effectif de l’autodétermination. Un terrain de compromis n’est pas possible et le but du jeu diplomatique occidental, qui dure depuis des années, vise à faire fléchir les Sahraouis, à les amener à renoncer, à se contenter d’une autonomie et à la légitimer par un ersatz à l’exercice du droit à l’autodétermination.

La démarche des Occidentaux consiste donc à mener une guerre diplomatique d’usure pour le Maroc qu’ils considèrent comme un allié fidèle, à qui il faut épargner la mise en oeuvre d’un référendum d’autodétermination libre et sous contrôle international. L’ancien envoyé spécial du secrétaire général de l’Onu, Van Walsum, en qualifiant d’irréaliste l’option de l’indépendance et en se plaçant ouvertement du côté du Maroc, a essayé de lancer un coup d’accélérateur à la pression occidentale. Le Polisario, en refusant de lui accorder la légitimité du médiateur, a contraint le secrétaire général de l’Onu à se passer de ses services.

L’arrivée de Christopher Ross sur un dossier où les Américains sont passés du soutien au Plan Baker II à celui du plan marocain d’autonomie, n’est donc pas un gage que les choses vont se remettre rapidement en marche. Il sera, selon toute probabilité, un continuateur, moins grossier sans doute que Van Walsum, de l’action occidentale destinée à faire passer le droit à l’autodétermination des Sahraouis à la trappe.

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