Le réveil du géant russe

Le réveil du géant russe

par K. Selim, Le Quotidien d’Oran, 28 août 2008

La reconnaissance par la Fédération de Russie de la souveraineté des provinces séparatistes d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud vient entériner un état de fait depuis la fin de l’URSS.

L’aventure guerrière du président géorgien, en se heurtant à la détermination et à la puissance russe, a signifié au monde entier, et en particulier aux Occidentaux, le réveil d’un géant que beaucoup croyaient durablement affaibli. La Russie du président Dmitri Medvedev n’est plus celle du désordre et du laxisme de la période eltsinienne. La restauration de l’Etat, entreprise depuis l’accession au pouvoir de Vladimir Poutine, s’est accompagnée de la restructuration et de la modernisation des capacités stratégiques ainsi que par la mise en oeuvre d’une politique économique efficace.

Les événements au Caucase et leurs développements militaires et politiques signalent le retour de la Russie en tant qu’acteur de premier plan sur l’échiquier mondial. Ce retour de puissance vient troubler l’ordre du monde que cherchent à imposer les Etats-Unis dans lequel il n’y a pas de place pour des acteurs susceptibles de contester leur hégémonie.

L’encerclement de la Russie et les manoeuvres de déstabilisation dans sa périphérie immédiate ont pour but de réduire l’influence russe dans le cadre du grand jeu occidental pour le contrôle des ressources énergétiques. Dans un contexte de diminution des réserves d’hydrocarbures, le potentiel futur au plan mondial se situe bien en Asie centrale et en Sibérie. Le contrôle de ces ressources apparaît donc comme primordial aux yeux des Américains. La stratégie occidentale visant à marginaliser l’Etat russe n’a pas d’autre explication.

Mais le réveil russe met à mal les savantes constructions géostratégiques élaborées à Washington. Les déclarations du président Medvedev assurant que son pays ne craignait pas une nouvelle guerre froide situent clairement la nature et la hauteur des enjeux.

L’émergence de la nouvelle Russie, pour décriée qu’elle soit par les porte-parole de la «communauté internationale» – en réalité les Etats-Unis, Israël et leurs alliés européens – est un facteur d’équilibre indispensable à la paix et à la sécurité du monde. La domination sans partage des Américains, qui n’est envisagée que dans la guerre et l’agression, ne peut être contrebalancée que par des pays disposant de capacités globales. La Russie fait partie, avec la Chine, des rares pays à pouvoir tenir tête à l’hégémonisme et au bellicisme américains.

La vigueur de la réaction russe en Ossétie du Sud et la détermination politique dont les dirigeants de Moscou font preuve peuvent être interprétées comme une manifestation de la résistance globale à une conception du monde injuste et brutale. La logique des coups de force et des faits accomplis au mépris du droit et de l’histoire, dont l’aventure militaire du président Saakachvili est un modèle d’école, finit par susciter des réactions inattendues mais loin d’être irrationnelles. Le réveil du géant russe en est l’illustration la plus limpide.