Algérie-Russie : le nucléaire, mais surtout la Libye

Algérie-Russie : le nucléaire, mais surtout la Libye

par Moncef Wafi, Le Quotidien d’Oran, 2 mars 2016

A n’en pas douter, la visite en Algérie de l’inamovible ministre des Affaires étrangères russe, Serguei Lavrov, en poste depuis 2004, est importante pour ne pas dire cruciale quand on connaît les dossiers en commun que partagent les deux capitales. Les sujets d’actualité ne manquent pas entre crise des prix du pétrole, conflits syrien et libyen ainsi que les dossiers bilatéraux. Si à l’évocation du couple algéro-russe, la première réflexion concerne les contrats d’armement, faisant d’Alger l’un des premiers acheteurs d’armes russes, les domaines de coopération sont pourtant diversifiés. Néanmoins, ce qui importe le plus l’Algérie reste la question énergétique et la stratégie à adopter pour rééquilibrer le marché pétrolier. Le ministre algérien de l’Energie, commentant cette visite, a clairement laissé entendre que tout sera fait pour essayer de rapprocher les points de vue pour au moins geler les niveaux de production des pays exportateurs. Et plus si affinités. Si Alger a besoin du poids énergétique de Moscou pour ramener à la raison l’Arabie Saoudite, son rôle devra être prépondérant dans l’approche iranienne puisqu’aux dernières nouvelles, Téhéran n’a pas accepté la proposition du quartet Russie, Qatar, Venezuela et Arabie Saoudite de geler le niveau de production à celui de janvier. Reste à savoir si l’Algérie jouera l’intermédiaire entre Riyadh et Téhéran pour trouver un accord minimal et relancer les prix du baril. C’est en tout cas l’espoir que nourrissent les Algériens pour se sortir de la crise économique induite par la chute de la mercuriale pétrolière. Autre sujet brûlant, le dossier syrien et l’implication directe des Russes dans le conflit. Même si l’influence algérienne n’est pas très pesante dans la région, il n’en demeure pas moins qu’Alger a toujours soutenu le régime de Damas et les intérêts russes ne devront donc pas y être inquiétés. Au contraire, le dossier libyen, apparemment loin des priorités russes, représente, quant à lui, une question de sécurité nationale pour notre pays de par la profondeur géographique qu’il pourrait offrir aux combattants de Daech en cas d’intervention militaire étrangère en Libye. Y aura-t-il une convergence d’idées à propos de ces deux conflits ? Certainement, même si chaque pays à ses propres priorités. Pour le moment, aucune information n’a fuité sur ces deux questions en dehors des annonces protocolaires.

D’autres sujets seront au menu des négociations, à commencer par discuter de la «possibilité» de construire une centrale nucléaire de conception russe, ce qui ne manquera pas de faire réagir le voisin marocain. Les investissements russes en Algérie restent également l’une des faiblesses enregistrées même si Lavrov a évoqué des domaines prometteurs pour le développement du partenariat d’affaires entre les deux pays. Il invitera les Algériens à exporter leurs produits agricoles en Russie, une opportunité à saisir surtout que Moscou est en froid total avec ses fournisseurs habituels que sont Bruxelles et Ankara.