Ils ont tiré sur des manifestants en 2001

Ils ont tiré sur des manifestants en 2001

Le patron d’un hôtel et son fils condamnés à Tizi Ouzou

El Watan, 15 juin 2008

Le tribunal criminel près la cour de Tizi Ouzou a examiné, hier, l’affaire du patron de l’hôtel Thiniri de Boghni, localité sise à une quarantaine de kilomètres au sud de Tizi Ouzou, qui a été condamné à une année de prison ferme assortie d’une amende de dix millions de centimes. La même sentence a été également prononcée contre son fils et l’un des agents de sécurité de l’établissement en question.

Les prévenus sont accusés d’avoir tiré sur des manifestants lors des événements de Kabylie. Les faits remontent au 25 avril 2001 lorsque des émeutiers avaient assailli et envahi à deux reprises l’établissement hôtelier précité.

La riposte des prévenus s’est soldée, selon l’arrêt de renvoi, par trois blessés. Lors de son audition, le fils du patron, Hadj Moussa Ahmed, tout comme son père, a nié les griefs retenus contre lui, arguant qu’il a seulement donné l’ordre aux gardiens de tirer des coups de sommation pour disperser la foule en furie qui s’approchait de l’enceinte de son établissement.

« J’étais sur la terrasse et je n’ai pas vu de blessés. Il y avait une confusion incroyable. Les émeutiers ont escaladé le mur et le portail, puis ont pris la fuite après les coups de sommation avant de revenir à la charge dans l’après-midi. Ce sont les services de sécurité qui nous ont informés qu’il y a des blessés.

Notre hôtel a été ensuite saccagé, incendié et pillé par les manifestants qui ont réussi à pénétrer même à l’intérieur des chambres », a souligné H. M. Ahmed qui précise que les pertes engendrées s’élèvent à plus de 12 milliards de centimes. Le troisième prévenu, Hamida Ahmed, gardien au niveau de l’hôtel, soutient qu’il n’a fait qu’exécuter l’ordre de son chef qui lui a demandé, dit-il, de tirer des coups de sommation à l’aide d’un fusil à pompe.

A la question relative à la possession du permis de port d’arme, le même prévenu dira : « Non, je n’avais pas de permis de port d’arme mais j’étais chargé de la sécurité de l’établissement. Je n’ai pas tiré sur les manifestants malgré le fait qu’ils nous lançaient des pierres ».

Appelé comme témoin, un autre employé de l’hôtel apporte une contradiction de taille aux déclarations des prévenus. Il a, en effet, relevé qu’il y avait sur la terrasse trois personnes qui avaient en main des fusils à pompe, contrairement aux déclarations de ses collègues qui n’en ont déclaré que deux.

Par ailleurs, Dj. Mokrane, originaire d’Assi Youcef, daïra de Boghni, blessé le jour des faits, insistera : « J’ai vu des gens sur la terrasse de l’hôtel qui ont tiré directement sur moi ». Les mêmes témoignages ont été donnés par la deuxième victime, Larbi Sofiane des Ouadhias et qui était lycéen à Draâ El Mizan. « J’ai emprunté mon chemin habituel. Par curiosité, je me suis approché de la foule.

Quelques minutes après seulement, j’ai été frôlé par des balles. J’ai été évacué à l’hôpital et le médecin m’a prescrit 21 jours d’incapacité », a-t-il raconté. Le troisième blessé, quant à lui, atteint au niveau de l’œil est actuellement à l’étranger. Il a été transféré en France pour des soins, car il a complètement perdu la vue, selon son père.

Par ailleurs, lors de son réquisitoire, le représentant du ministère public a requis 6 ans de prison ferme contre le patron de l’hôtel et dix contre son fils et le gardien de l’établissement. Enfin, pour sa part, l’avocate de la défense a, tout en illustrant sa plaidoirie à l’aide de photos des faits, précisé que ses clients étaient en état de légitime défense en tirant des coups de sommation pour disperser la foule. « Ils n’avaient aucune intention de faire du mal », a-t-elle insisté.