Debdeb: « Cela fait 4 mois que la situation bouillonne et personne n’a réagi »

Ghdier M’Hamed (Président de l’APC de Debdeb)

« Cela fait 4 mois que la situation bouillonne et personne n’a réagi »

El Watan, 29 septembre 2009

Président de l’Assemblée populaire communale de Debdeb, d’obédience FLN, Ghdier M’hamed semble effondré par ce qui s’est passé dans sa localité. Dans cet entretien, il révèle que la tournure qu’ont pris les événements était prévisible. Selon lui, une quarantaine de familles de Touareg maliens en situation irrégulière sont derrière les affrontements entre Arabes et Touareg.

– Comment deux communautés qui vivaient en parfaite harmonie durant des années peuvent-elles en arriver à cette situation de violence ?

En fait, cela remonte à près de quatre mois. Les rixes entre jeunes se multipliaient et la petite criminalité ne cessait d’augmenter. Des agressions dans la rue, les vols et les braquages mais personne ne réagissait. Les parents des victimes préféraient régler les différends seuls en interpellant les familles des auteurs. Mais la situation ne faisait qu’empirer. Durant quatre longs mois, la ville bouillonnait et personne n’a pris les mesures nécessaires. Lorsque nous invitions les notables pour savoir ce qui ne va pas entre les deux communautés, nous nous rendions compte qu’il n’y avait pas de différend les opposant. Chacune des parties accusant l’autre et vice versa. Toutes les deux n’espéraient que la sécurité. Mais en vain….

– Et les services de sécurité ?

Nous avons tenu des réunions avec les responsables pour les interpeller sur la situation, mais eux ne peuvent intervenir sans plainte. Nous nous sommes même plaints de la présence parmi la population de Touareg maliens dont certains détiennent trois cartes d’identité : libyenne, malienne et algérienne. D’autres vivent ici sans papiers et à chaque fois qu’il y a un problème, leurs noms apparaissent. Ce sont ces gens-là qui nous posent problème parce qu’ils sont souvent mobiles et quand ils commettent un forfait, vous ne pouvez plus les avoir par la suite.

– Sont-ils nombreux ?

Nous savons qu’il y a au moins une quarantaine de familles qui sont connues comme étant étrangères à la région. Nous voulons que les autorités se penchent sérieusement sur leur situation.

– Que s’est-il passé au juste en cette journée du 9 septembre 2009 ?

J’étais dans mon bureau, je venais de recevoir le défunt Bachir Ghdier qui voulait avoir un travail comme vacancier. Moins de dix minutes après son départ, je me suis inquiété du retard d’autres personnes avec lesquelles j’avais rendez-vous. Je suis sorti et là j’ai vu Bachir pris entre les mains de ceux-là mêmes que j’attendais. Il y avait au moins une vingtaine de personnes, entre femmes, enfants et adultes armés de gourdins, de barres de fer, de haches et de couteaux. En fait, Bachir voulait secourir quelqu’un que les assaillants rouaient de coups. Mais, dans la foulée, il a reçu un coup de barre de fer sur la tête et il s’est affaissé. J’ai paniqué et j’ai commencé à crier et à alerter tout le monde. Les gendarmes ont mis du temps pour arriver et l’évacuer. Le pauvre Bachir n’avait rien à voir avec tout cela. C’était un gentil garçon que j’appréciais beaucoup.

– Qu’en est-il aujourd’hui de la situation ?

J’ai tout fait pour calmer les esprits et faire revenir le calme. Mais c’était difficile. La situation bouillonnait depuis plus de quatre mois. Il a fallu qu’il y ait un mort et six blessés pour que les gens se rendent compte de la gravité des événements. Je ne veux pas accuser l’une ou l’autre partie, je suis le maire de toute la commune. Je veux juste attirer l’attention de tout le monde sur le nécessaire retour à la sagesse. Avec d’autres personnalités de la ville, nous avons tout fait pour réunir les deux communautés et ouvrir le dialogue pour sortir de la crise. Un accord de paix a été accepté et concrétisé sur le terrain, puisque le calme est maintenant revenu. Tout le monde a accepté de revenir à la sérénité et cerner les fauteurs de troubles tapis au sein des deux communautés. Je pense que cette rude épreuve va nous permettre de resserrer les rangs et d’éloigner le plus possible l’esprit de vengeance chez les gens. Il est important que ceux qui encouragent et incitent à la violence soient démasqués et isolés. Ils ne sont pas nombreux fort heureusement, mais il se trouve qu’ils sont partout et occupent dans certains cas des postes de responsabilité.

Par Salima Tlemçani