La rue gronde

A ANNABA, SKIKDA, BÉJAÏA ET TIZI OUZOU

La rue gronde

L’Expression, 28 Septembre 2009

Le recours à la rue pour faire valoir ses droits fait des émules

Le phénomène de fermeture de routes et de sièges des communes tend à se généraliser et dénote tout le malaise qui règne au niveau local où il ne fait pas bon vivre.

Les chômeurs et les écoliers de la commune de Melbou ont procédé hier à la fermeture de l’axe routier reliant Béjaïa à Jijel. Les premiers exigent des emplois au sein du chantier de réalisation du tunnel, et les seconds des moyens de transport. Les parents d’élèves du CEM Ighil Ouazoug (ancien) ont empêché hier leurs enfants de rejoindre l’école.
Hier après-midi, ils ont eu l’intention d’organiser un rassemblement de protestation pour dénoncer l’indifférence des autorités vis-à-vis de la situation qui prévaut au sein de cet établissement. Les vacataires ont crié leur colère à la face des responsables de la direction de l’éducation de la wilaya (voir l’article
de B. Chouali). Les habitants d’Iwendajen ont fermé le siège de la commune de Barbacha.
Ces quatre manifestations ont rythmé le quotidien des localités de la wilaya de Béjaïa. Une tension qui n’est pas un phénomène nouveau. Depuis le début de l’été, il ne se passe pas une semaine sans que l’on ne fasse état d’une action musclée de protestation. Le phénomène de fermeture de routes et de sièges des communes tend à se généraliser et fait des émules, il dénote par ailleurs, tout le malaise qui règne dans les communes où le cadre de vie des citoyens n’est pas aussi reluisant qu’on le pense. Hier, tôt le matin, les habitants du village d’Iwendajen ont «mis sous scellés» le siège de l’APC de Barbacha. C’est la deuxième fois qu’il est fermé après l’action des habitants du village de Boughiden au début du mois. Le président de l’APC, M.Sadek Akrour, et les élus de la majorité PST ont tenu un meeting comme annoncé la veille avec la population de la région. Fort heureusement, la sérénité a prévalu. Les habitants d’Iwendajen ont été rejoints dans leur action par ceux des villages d’Iblouten et de Takhlicht du fait qu’ils portent les mêmes revendications axées sur deux points essentiels: l’accélération des travaux de confortement pour éviter les éboulements de terrain menaçant depuis des années de couper la route et la disponibilité pour le ramassage scolaire. Sur ce sujet, le président de l’APC a expliqué que le problème du «ramassage scolaire a été réglé». Il a aussi ajouté que «l’exécution des ouvrages de confortement doit passer par l’évaluation des offres après que l’étude du projet a été ficelée». «S’il y a lenteur, cela incombe aux responsables de la DTP», a-t-il déclaré. Il a ajouté qu’il est disposé à se joindre aux citoyens s’ils veulent manifester leur colère devant les bureaux de la direction des travaux publics. «Nous accompagnerons la population pour faire aboutir ses revendications légitimes», a enchaîné le président de l’APC appartenant au parti FFS. Il dénonce les actions dirigées, selon lui, contre les élus locaux au moment où «l’on prépare un nouveau Code communal qui réduira davantage les pouvoirs de l’élu». La genèse du problème dans cette commune est la dégradation de la route qui a induit le refus des transporteurs conventionnés avec l’APC d’assurer le ramassage scolaire. Une délégation de la subdivision des travaux publics d’Amizour s’est déplacée à Barbacha pour informer les manifestants que les travaux de réfection de la route vont débuter dans un mois. Même après ces promesses, les villageois campent toujours sur leurs positions. Depuis le début de l’été, bien des sièges communaux et des routes ont été fermés par les populations en signe de protestation parce qu’elles considèrent que les conditions de vie ne s’améliorent guère. A chaque fois c’est le même scénario. Les habitants protestataires veulent négocier avec le wali. Le recours aux actions musclées pour se faire entendre fait tache d’huile. Au lieu d’exposer leurs doléances aux élus locaux, les populations préfèrent s’adresser directement au wali. Et lorsque celui-ci accepte, d’autres citoyens veulent obtenir le même traitement. Les villageois de Boughiden dans la commune de Barbacha ont été entendus après avoir fermé le siège communal. Ceux de Tadarth Tamokrant à Amizour leur ont emboîté le pas avec des acquis à la clé. C’est ce à quoi aspirent les habitants d’Iwendajen et de bien d’autres villages de la wilaya. Bien que le wali ait averti contre le recours à la force, exprimant à chaque fois sa désapprobation, il est constaté que le phénomène ne cesse de prendre de l’ampleur. Au-delà des désagréments que ce genre de manifestations peut induire sur le quotidien des autres habitants, c’est tout le rôle des assemblées locales qui est remis en cause. Les élus locaux sont pour ainsi dire mis de côté car non investis de pouvoirs à même de satisfaire les revendications des protestataires. Parfois, c’est l’incompréhension née de l’absence de communication entre les élus et les populations qui engendre la protestation.
L’exemple d’Amizour est à ce titre assez illustratif. Le problème allait être pris en charge juste après l’Aïd, mais les villageois ignoraient ce début de solution et ils ont manifesté leur mécontentement. A cette incompréhension s’ajoute une certaine incompétence des responsables des partis politiques qui n’ont jamais misé sur des compétences pour gérer les communes puisque seul le pouvoir les intéresse.
Les tiraillements qui minent certaines assemblées font oublier les préoccupations citoyennes. Bref, beaucoup de facteurs sont à l’origine de ce regain de contestation. Une situation qu’il faut analyser sérieusement. Le développement local ne peut se faire dans un climat de tension.

Arezki SLIMANI