Le péril jeune

Le péril jeune

El Watan, 25 février 2011

Après le sit-in devant le ministère de l’Enseignement supérieur, l’annulation du décret présidentiel, voilà que la colère estudiantine se propage à Bouzaréah après l’agression d’une jeune fille dans l’enceinte de l’université. Alors que les facultés et grandes écoles sont sommées de passer les examens, la reprise des cours ne fait pas l’unanimité.

Les étudiants de l’université de Bouzaréah ne décolèrent pas. Hier, tous les départements étaient gelés. Il n’y a pas eu cours depuis mercredi, et ce, jusqu’à mardi prochain. La protestation s’est déclenchée suite à l’agression de la jeune étudiante Sabrina, mercredi à l’intérieur de l’université. La corporation estudiantine en a profité pour établir une plateforme de revendications sociopédagogiques. Les étudiants se sont structurés en collectif autonome pour se défendre et demander leurs droits. Revendications : le renforcement de la sécurité dans le campus et l’ouverture du concours de magistère toutes spécialités confondues, ainsi que la facilitation d’accès au master.

Le recteur de l’université tiendra demain une réunion avec les enseignants et les étudiants pour étudier les termes de cette plateforme. L’association Nedjma insiste, dans une déclaration rendue publique hier, sur le problème de «l’insécurité qui prévaut depuis des années ainsi que d’autres problème sociopédagogiques d’où la nécessité de l’auto-organisation des étudiants pour faire face aux attaques libérales menées contre l’université publique». «Tout est bloqué et nous continuons notre grève. Il est temps que le ministère nous écoute», témoigne Mounir, étudiant.

«Le bébé de l’Etat»

A l’USTHB, les réunions et les assemblées générales des étudiants se poursuivent. Les post-gradués veulent cesser toutes les activités pédagogiques. Il est question, en principe, d’arrêter toutes les heures supplémentaire et les vacations assurées, une manière de mettre plus de pression pour ouvrir les postes budgétaires. «Nous somme tenus de ne pas enseigner ni d’encadrer. Une déclaration sur l’honneur circule dans les facultés et chacun de nous est prié de la signer», affirme-t-on. Selon Farid Cherbal, enseignant à la même université, «ces horaires supplémentaires ont tout simplement abîmé le ratio qui devait être recruté». Hier une réunion avec le recteur s’est tenue avec les délégués post-gradués pour finaliser certains détails, étant donné que le décret 10-315 n’a pas encore été remplacé et les autres revendications (moyens de recherches, recrutement, le maintien de la post-graduation…) doivent être sérieusement étudiées. Pour les ingénieurs de la même université et des autres écoles, c’est le gel de la grève. L’administration affiche déjà la date des examens.

Cette semaine plusieurs assemblées générales seront organisées par les enseignants. A l’université Houari Boumediene de Bab Ezzouar, elle est prévue le mercredi alors qu’à Blida, elle se tiendra demain pour soutenir les étudiants dans leur mouvement autonome pour la revalorisation de leurs diplômes. Il faut dire que même les enseignants bloquent le LMD. Ils disent de ce système comme étant «le bébé de l’Etat». Les enseignants de l’USTHB dénoncent la répression, se félicitent de l’abrogation du décret et se disent solidaires avec les étudiants en grève. Ils demandent au ministère d’ouvrir les portes du dialogue aux grévistes.
Nassima Oulebsir


 

Les vrais chiffres de l’argent consacré à la jeunesse

Le développement économique et social d’un pays comme l’Algérie dépend, entre autres, de sa capacité à satisfaire sa jeunesse en lui offrant une grande variété d’activités qui répondent à des intérêts. A ce titre, le gouvernement algérien devrait soutenir cette frange importante de la population porteuse d’avenir, en lui offrant toutes les facilités et moyens requis pour son épanouissement.

C’est ainsi que nos gouvernants devraient aborder la réflexion sur notre jeunesse. Mais une réelle incursion dans le monde de la jeunesse et de ses besoins nous éloignerait, indubitablement, de l’importance que devaient accorder nos décideurs à cette grande partie de notre population. Les chiffres officiels nous révèlent la cruelle vérité.Que de spécialistes, on dit souvent, que c’est en stimulant la curiosité de nos jeunes et en leurs offrant tout l’attirail nécessaire à leur développement et les moyens pour satisfaire leur temps libre que nous pourrons les inciter à demeurer sur la voie de l’éducation, de l’apprentissage, de l’équilibre mental et de la persévérance pour qu’ils fassent des choix judicieux pour leur avenir.

Pour arriver à une telle stratégie de développement et de contentement de notre jeunesse, il est indéniable de réviser, notamment, la restructuration du financement et la distribution budgétaire étatique en vue de renforcer la demande du potentiel jeune. C’est dire qu’il est urgent de se donner une nouvelle vision concertée du développement de cette masse algérienne qui ne dépasse pas les 30 ans. En clair, mieux se repositionner vis-à-vis de nos jeunes pour les encadrer dans tous les domaines afin de les faire rayonner davantage aussi bien sur le plan national qu’international.

Nonobstant, nous estimons que la donne est faussée depuis belle lurette. La spontanéité de la politisation de nos jeunes a été fulgurante pour nos dirigeants. Ces derniers n’avaient pas mesuré leur action d’abandon et de délaissement en ne leur octroyant que les miettes de la cagnotte. L’oisiveté a donné naissance à des slogans et le sentiment de laissé-pour-compte a créé une sorte d’âme chez le jeune Algérien qui rejette toute idée de couleur nationaliste ou plutôt de tout ce qui touche à la «houkouma» . Cette situation d’’exaspération n’est pas le fruit du hasard. Elle est engendrée par une répartition non équitable des budgets alloués à la jeunesse. Un coup d’œil sur le tableau n°1 nous donnerait un aperçu de la faille gouvernementale.

On ne peut construire des générations d’individus sans mettre le prix. S’il est indispensable de verser des sommes astronomiques pour s’armer afin de défendre son pays, il est par contre obligatoire de consacrer une enveloppe conséquente pour prendre en charge ceux qui, demain, seront les cadres de la nation. Or, à la lecture du tableau n° 1, nous constatons, à titre d’exemple, que sur les 100% du budget de l’Etat sur ces vingt dernières années, aucune fois le seuil de 1% n’est dépassé pour le secteur jeunesse et sports. Là aussi, il faut préciser que le sport rafle presque toute la mise. Nous déduisons, donc, que ce qui est consacré à l’activité jeunesse ne sont que des broutilles. Le pire : en pleine décennie noire, l’Etat n’offrait presque rien pour la prise en charge de ces jeunes en mal de vivre et à la recherche de leur équilibre social. A titre de repères : les années 1988, 1990 et 1991 avec respectivement 0,32%, 0,18% et 0,30%. C’est ainsi que nos gouvernants gèrent notre jeunesse.

Pour mobiliser cette forte jeunesse et lui donner une forme qui sied à nos valeurs et à son ambition, il est incontestable de se soumettre à un facteur déterminant, celui des finances d’où découlent tous les autres moyens. Toutefois, dans un contexte de reprise en main de cette jeunesse, il ne faudrait surtout pas négliger le volet humain et la faire suivre par un encadrement hautement qualifié et rémunéré en conséquence, pour lui assurer la prospérité actuelle et future. C’est la rançon de la réussite.

Stratégiquement, il y a lieu de perfectionner les jeunes afin qu’ils soient les maîtres d’œuvre de l’édifice «Algérie». Bien financer leur développement c’est contribuer aussi à accélérer l’innovation et rehausser leur prestige. La devise, c’est investir dans cette jeunesse en lui donnant la plénitude de son développement dans un milieu saint et loin de tous les maux sociaux. Pour l’histoire et pour ironiser sur cet état de fait, on ne s’est pas empêché de remarquer que même sur le tableau de la répartition par département ministériel des crédits ouverts au titre du budget annuel de l’Etat, le secteur de la jeunesse et des sports figure toujours au bas de la nomenclature, comme un rebus à qui on racle les fonds de caisse. Pourtant, il s’agit de la matière première à façonner pour l’avenir de notre pays.

La génération facebook ne peut être bernée, elle est consciente de sa place dans la société et demande ainsi son véritable dû. Les discours politiques ensorceleurs, les privations, les mensonges et la hogra n’ont plus droit de cité chez nos jeunes. Egalement, l’absence de distractions et de loisirs ainsi que le chômage constituent leur plat quotidien. Le réveil de notre jeunesse s’est fait dans une ambiance de mondialisation. Elle veut faire comme ses pairs du monde moderne. C’est peut-être cette envergure de la réalité que nos dirigeants n’ont pas saisie.

Un petit test de comparaison dans la répartition budgétaire de l’Etat nous a dévoilé une différence énorme entre les ministères de souveraineté, en l’occurrence ceux de la Défense et de l’Intérieur, ainsi que celui de l’ancienne génération, à savoir des Moudjahidine, d’une part, et d’autre part celui de la Jeunesse et des Sports (voir schéma). Avouons que ces ministères ont fait l’objet de notre choix pour mettre en relief la valeur qu’accorde l’Etat à notre jeunesse.

L’intérêt étatique primordial va vers l’achat des armes et le renforcement de la sécurité, sans omettre la prise en charge conséquente de nos moudjahidine. La part en pourcentage de la génération de l’avenir décolle à peine du zéro. C’est supposer qu’avec presque rien, on voulait construire une jeunesse. A vrai dire, c’est comme si on attendait un veau d’une vache stérile.

Le jeune a besoin de son aire de jeu, de sa salle de sport, de sa bibliothèque, de sa salle de cinéma, de son espace internet, de son lieu de distraction et de ses loisirs, de ses centres de vacances, de ses voyages organisés en Algérie et à l’étranger par des échanges, de sa liberté de s’exprimer, de se sentir en sécurité, sans être victime du joug sécuritaire, de s’instruire pour enfin travailler dans un poste permanent et d’accéder au savoir sous toutes ses formes. C’est ainsi que l’addition doit être faite.

Salim R. O.

 

Les étudiants maintiennent la pression

A Béjaïa, où les enseignants se sont ralliés aux étudiants, à Blida, où les revendications s’élargissent ou à Boumerdès, où les promesses du Conseil des ministres n’ont pas convaincu… Dans la plupart des wilayas, les étudiants maintiennent la pression. Tout ne se décide pas à Alger. La preuve…

Tlemcen. Nombre d’étudiants : 25 000 – Début de la contestation depuis le 15 février : Dans l’attente d’un nouveau décret

Les étudiants de la faculté des sciences de la vie et de la nature, en arrêt de cours depuis dimanche dernier, ont déclaré : «Nous, étudiants dans le cycle d’ingéniorat, sommes en grève depuis le 9 février pour assurer notre avenir, et ce, jusqu’à la promulgation d’un nouveau décret présidentiel garantissant nos revendications.» Pour leur part, les étudiants de l’école préparatoire protestent, depuis mi-janvier et refusent d’être «rattachés» au nouveau système LMD. Dans un communiqué, qui nous est parvenu de l’organisation des étudiants libres de Tlemcen, il est précisé : «Nos revendications sont légitimes, nous demandons essentiellement l’abrogation du décret du 15 décembre 2010 et la réouverture du concours du magistère pour ce qui est de l’ancien système et maintenir l’appellation ‘ingénieur’.» Et d’ajouter : «Nous nous élevons contre toute manipulation ou surenchère politicienne. Nous croyons en un changement pacifique et serein et nos problèmes ne doivent pas être résolus en dehors de l’enceinte de l’Université.» Chahreddine B.

Sidi Bel Abbès.Nombre d’étudiants plus de 40 000 : La reprise des cours ne fait pas l’unanimité

Les étudiants grévistes de l’université de Sidi Bel Abbès ont repris hier «momentanément» les cours, après une semaine de débrayage, selon l’un de leurs délégués. Cette décision, qui ne semble pas avoir fait l’unanimité, fait suite à une rencontre tenue mercredi dernier entre le recteur de l’université Djilali Liabès (UDL) et des représentants des grévistes. Selon des étudiants interrogés hier : «Un certain nombre de grévistes hésitent à reprendre les cours», après l’annonce faite par le gouvernement relative à l’abrogation du décret 10-315, à l’origine de cette protesta. «Nous attendons de voir plus clair pour décider de la suite à donner à notre mouvement», font savoir, pour leur part, des étudiants de la faculté des sciences de l’ingénieur. Pour rappel, les étudiants grévistes de la faculté des sciences de l’ingénieur ont durci le ton, lundi dernier, en fermant systématiquemaent les voies d’accès aux différentes structures pédagogiques et administratives. Les étudiants grévistes, à l’instar de ceux des différentes filières d’enseignement scientifiques (électronique, électrotechnique), avaient réitéré, lundi, leurs exigences visant l’annulation pure et simple dudit décret qu’ils jugent «incohérent». M. Abdelkrim

Oran. Nombre d’étudiants 100 000 – Début de la contestation le 10 février : La grève se poursuit

Les trois universités de la wilaya d’Oran, Es Sénia, la plus ancienne, l’USTO et Belkaïd, ont toutes observé un mouvement de grève, pratiquement, dans toutes les filières. La protestation estudiantine est partie de l’université des sciences et technologies d’Oran pour s’étendre rapidement aux deux autres. C’est la filière des ingénieurs d’Etat, appuyée par celle du département de génie maritime, qui a allumé la mèche de la contestation. En effet, depuis plusieurs jours, les étudiants ont pris place devant l’entrée principale de l’Institut du génie maritime, empêchant l’accès à leur établissement, tout en brandissant des banderoles et pancartes revendicatives, notamment celles ayant trait au LMD. Cette grève, entamée le 10 février, se poursuit toujours avec des scènes de protestation tournantes. Les étudiants de l’Institut national des télécommunications, des technologies de l’information et de la communication ont opté, à leur tour, pour la grève en se postant devant la porte d’entrée de leur institut sur la route d’Es Senia. La même attitude de refus est observée chez les étudiants en sciences de la terre, de la géographie et de l’aménagement urbain. Toutes ces protestations ont pour principale revendication l’abrogation du décret 10-315 du 13 décembre 2010. Hadj Sahraoui

Boumerdès. Nombre d’étudiants 26 000-Début de la contestation le 7 février : Faute de «réponse claire», les facs restent bloquées

Les étudiants de l’université M’hamed Bougarra sont toujours en grève. Hier, la plupart des facultés ont été bloquées «en raison de l’absence d’une réponse claire et écrite quant à la satisfaction de leurs revendications». «Le Conseil des ministres n’a fait qu’approuver ce qui a été décidé par les recteurs des universités du Centre et il n’y a aucun texte de loi promulgué pour l’annulation du décret 10-315 du 13 décembre 2010», relève Hamid, un étudiant en biologie. Avant d’ajouter : «A Boumerdès, nous nous sommes tous entendus dès le début pour maintenir la pression jusqu’au bout et nous avons décidé de ne pas faire confiance à ceux qui nous répondent par la matraque et la répression». Maintenir la pression ! Les étudiants ne comptent donc pas suspendre leur mouvement de sitôt. Certains n’écartent pas de voir leurs camardes du système LMD prendre le relais de la protestation pour réclamer la modification du système des échelons et le décret de 2007, fixant la grille indiciaire des traitements et le régime de rémunération des fonctionnaires. Comment en est-on arrivé là ? Les protestataires soulignent que «le problème remonte au début de l’année lorsque des rumeurs ont circulé sur l’annulation du concours de magistère». Ces rumeurs qui ont fini par se confirmer après la publication du fameux décret dans le site de l’université, ont incité les étudiants à entreprendre des actions pour en exprimer leur opposition. La mobilisation a commencé le 7 février par les étudiants de la faculté des Sciences de l’ingénieur, avant de gagner les autres facultés. Les étudiants avaient décidé ainsi à l’unanimité de bloquer les examens et d’entamer une grève illimitée à partir du 12 février, une date qui a coïncidé avec la marche de la CNCD, mais les étudiants abordés affirment «n’avoir aucune relation avec la politique, ni même avec la CNCD», soulignant que «leur mouvement est spontané et n’a besoin d’aucun leader pour réussir». R. Koubabi

Blida. Nombre d’étudiants 50 000 – Début de la contestation début février : Les revendications débordent sur la Fonction publique

L’université de Blida, qui demeure l’un des plus grands établissements de l’enseignement supérieur à l’échelle nationale, est paralysée depuis une dizaine de jours par un vaste mouvement de grève. Cela coïncide avec les examens. Le débrayage y est d’ailleurs spontané, mais avec le soutien des organisations estudiantines, vise surtout à protester contre le décret n°10-315 du 13 décembre 2010, mettant sur un pied d’égalité un détenteur d’un master qui a fait cinq ans d’études (système LMD) avec un détenteur de magistère (système classique), un diplôme qui nécessite au moins sept ans de formation. Une flagrante aberration, selon les protestataires. «Le Conseil des ministre a soi-disant abrogé ce décret. Mais on veut que cela soit écrit noir sur blanc et on ne se contentera pas juste de communiqués. Entre-temps, nous continuons notre grève», insiste un groupe d’étudiants en architecture. Le débrayage a été enclenché par les étudiants en système classique mais plusieurs autres, inscrits en LMD, ont été empêchés de passer leurs examens. Les grévistes ont carrément fermé les accès menant aux amphis des facultés des sciences de l’ingénieur et des sciences agronomiques et vétérinaires, entre autres. Les facultés des langues et des sciences humaines et sociales sont moins touchées par ce mouvement. En dehors de leur principale demande, plusieurs étudiants en sciences vétérinaires ont profité de l’occasion pour critiquer haut et fort les services de la Fonction publique qui les classe comme les ingénieurs. Ils revendiquent ainsi un nouveau statut particulier dans la Fonction publique qui prenne en considération les spécificités de leur métier et leur titre de docteur. Mohamed Benzerga

Tizi Ouzou. Nombre d’étudiants 48 000 – Début de la contestation début février : La protestation se poursuit

Le mouvement de protestation se poursuit toujours à l’université Mouloud Mammeri de Tizi Ouzou. Une imposante mobilisation a été organisée, début février, à l’initiative de la coordination locale des étudiants. A travers cette action, les 48 000 étudiants de l’UMMTO veulent dénoncer, encore une fois, le système LMD, licence, master, doctorat, et demander l’amélioration de leurs conditions sociopédagogiques. Depuis, la communauté estudiantine est toujours en effervescence. La faculté de droit et des sciences juridiques de Boukhalfa a été paralysée par une grève qui a duré plus d’un mois. Les étudiants ont protesté plusieurs fois pour revendiquer le maintien de la formation du Certificat d’aptitude à la profession d’avocat, CAPA. A Tamda, les résidantes des deux cités universitaires ont marché, la semaine dernière, sur la wilaya pour dénoncer l’insécurité. Elles exigent le renforcement des conditions de sécurité dans leurs résidences. H. Azzouzi

Béjaïa. Nombre d’étudiants 40 000 étudiants – Début de la contestation début février : Les enseignants rejoignent les étudiants

Les deux campus de l’université Abderrahmane Mira ont été maintenues fermés hier par les étudiants en grève. Près de 40 000 étudiants, soit la totalité des effectifs de l’université, observent ainsi un arrêt de cours prolongé depuis deux semaines. L’administration trouve ainsi toutes les peines du monde à achever un premier semestre des plus catastrophiques. Ponctué de grèves répétitives depuis les premiers jours de la rentrée universitaire, ce premier semestre n’a duré que deux mois d’études à peine. La présente grève tombe en pleine période d’examens, suspendus jusqu’à nouvel ordre, compliquant davantage la situation. Au moment où le campus de Targa Ouzemour, où est assuré l’essentiel des enseignements en système classique, voit ses deux principaux accès fermés, dans celui d’Aboudaou, les grévistes continuent de bloquer l’accès aux différents départements à l’aide de tables. L’abrogation du décret présidentiel n°10-315 n’a entamé en rien leur détermination à rester sur leur position jusqu’à voir «du concret». Hier, au campus d’Aboudaou, qui compte les deux tiers des effectifs estudiantins et le gros du système LMD, les pancartes trônant sur les murs à l’entrée du bloc abritant les départements de français, de tamazight, d’arabe et de sociologie revendiquent toutes plus qu’une simple annulation du décret. Il est exigé de meilleures conditions pédagogiques. Plus que cela, le mouvement de protestation tend à épouser une autre dimension avec l’entrée en lice des enseignants. Une réunion a regroupé représentants des étudiants et des enseignants pour discuter d’une action et d’une plateforme de revendications communes portant, entre autres, sur «la démocratisation de l’université algérienne». L’option est prise pour manifester à Béjaïa au cours de la semaine qui vient. Les enseignants, qui ont défendu «la valeur du diplôme de magistère», ont apporté leur soutien au mouvement estudiantin au même moment où ils ont observé un sit-in devant le campus de Targa Ouzemour pour dénoncer «le marasme dans lequel baigne toute la communauté universitaire». Un appel a été même lancé en direction des autres universités du pays pour faire de même et exiger une «gestion démocratique de l’université et une évaluation objective du système LMD». K. Medjdoub

Annaba. Nombre d’étudiants 50 000 – Début de la contestation début février : Reprise des cours dimanche

A l’annonce de l’abrogation du décret 10-315, les étudiants de l’université Badji Mokhtar et ceux de l’Ecole préparatoire des sciences et techniques (EPST) de Annaba ont décidé de reprendre les cours dimanche prochain. Bien qu’ils ont eu écho des tergiversations de leurs pairs d’Alger, ils ont estimé néanmoins qu’ils ont perdu assez de temps. «La période consacrée à la grève va certainement avoir des conséquences sur notre emploi du temps et notre cursus», ont estimé plusieurs étudiants que nous avons contactés à l’université Badji Mokhtar. En substance, c’est le même avis qui a été annoncé par les 660 étudiants de l’Ecole préparatoire des sciences et techniques (EPST) en grève depuis le 3 février. «Nous estimons que l’abrogation du décret 10-315 répond en majorité aux attentes de tous les étudiants. C’est pour cela que nous avons opté pour la reprise des cours dimanche prochain», expliquent les étudiants de l’école EPST de Annaba. M-F. G.

Sétif. Nombre d’étudiants plus de 52 000 – Début de la contestation début février : Les étudiants posent leurs conditions

Les décisions du dernier conseil du gouvernement ayant abrogé le décret n°10-315 n’ont pas atténué la mobilisation des étudiants de l’université Ferhat Abbès inscrits en magistère et doctorat : ils attendent du concret. «Les bonnes intentions et paroles, c’est bien, mais l’écrit c’est mieux. Nous ne baisserons pas la garde tant que le décret d’annulation du document n’est pas publié dans le Journal officiel. Nous n’avons pas le choix, car on nous a bernés par la passé», déclarent des étudiants de l’école doctorale. «Pour que les choses soient claires, notre action visant à défendre les intérêts d’une partie de la communauté universitaire, que certains bureaucrates ont tenté de la dévaloriser, n’a pas de connotation politique», martèlent nos interlocuteurs en contact permanant avec leurs camarades des autres campus du pays, via facebook. Ayant débrayé au début du mois de février, les universitaires de l’UFAS exigent, par ailleurs, l’ouverture d’un grand nombre de postes budgétaires pour les «maîtres-assistants de classe B», des spécialistes techniques. En plus des points précités, les universitaires demandent des éclaircissements à propos du statut particulier des écoles doctorales, la revalorisation de leurs bourses d’études, ainsi que le recrutement des titulaires des diplômes de magistère et de doctorat en tant que chercheurs permanents au sein des unités de recherche nouvellement agrées. «De nombreux doctorants ont été exclus des projets par les premiers responsables de laboratoires et les chefs de projets alors que le décret exécutif n°10-231 est, en la matière, très clair», pointent les jeunes chercheurs, et d’ajouter : «Nous ne demandons pourtant pas la Lune, mais l’implication directe dans le recherche scientifique.» Kamel Beniaiche

Dossier réalisé par Nassima Oulebsir, Mélanie Matarese et nos correspondants