Il n’y avait pas de fatalité

Il n’y avait pas de fatalité

par K. Selim, Le Quotidien d’Oran, 17 août 2009

Pourquoi des habitants de Ghazaouet se sont-ils attaqués à des édifices publics et ont-ils basculé dans l’émeute après le terrible accident qui a emporté seize personnes ? L’émotion, légitime devant un tel malheur, n’explique pas cette explosion de colère contre l’autorité.

Dans le Quotidien d’Oran d’hier, l’explication est clairement donnée : cela fait longtemps que les habitants de Ghazaouet se plaignent que les véhicules poids lourds, interdits d’accès à Maghnia pendant le jour, se rabattent sur leur ville et causent des accidents. On y apprend aussi que les citoyens ont sagement pétitionné pour que les autorités prennent des mesures pour mettre fin à la menace. Rien n’a été fait. Les habitants en colère de Ghazaouet en ont tiré la conclusion logique que la fatalité ne pouvait être invoquée et qu’il y a eu seize morts de trop. Causés directement par une collision frontale entre un véhicule de transport et un camion, causés aussi indirectement par cette autorité qui n’a pas pris en compte les alertes et les inquiétudes exprimées par la population. On comprend que ces gens ne croient pas ou se refusent à croire à la fatalité, à laquelle les Algériens ont tendance à avoir recours pour supporter le malheur.

Qu’ils aient décidé de couper la route par laquelle cette mort multipliée est arrivée n’est pas qu’un symbole. Quand on rejette l’idée d’une fatalité, on exige que les responsabilités soient situées. Il est en effet légitime de demander pourquoi rien n’a été fait, alors que trois pétitions ont alerté les autorités sur les dangers que représentent ces camions. S’il faut bien que les camions circulent, cela ne justifie pas l’inaction des autorités. Nul n’ignore qu’il y a des camionneurs respectueux des règles, mais qu’il y en a aussi qui conduisent leurs mastodontes comme s’il s’agissait d’une voiture de course.

Si Ghazaouet a été, malgré à elle, un dérivatif pour les camionneurs interdits de passer par Maghnia, les autorités, qui ne peuvent l’ignorer, auraient dû prendre les dispositions pour que cela ne se fasse pas au détriment des habitants. A plus forte raison quand ceux-ci ont pétitionné et lancé des S.O.S. Quand des citoyens disent qu’ils sont en danger, les assister est un devoir élémentaire de ceux qui incarnent l’autorité.

Il faut constater, malheureusement, qu’un comportement routinier dilue les choses et ne permet même plus de distinguer entre les situations d’urgence exigeant une réponse immédiate et celles qui peuvent attendre. Ici, on ne répare par les carreaux cassés, on attend que les autres carreaux soient cassés. Dans une société structurée où les contre-pouvoirs fonctionnent, y compris à l’échelon local, une pétition de citoyens mettrait les responsables en alerte. Cela n’a pas été le cas à Ghazaouet, où rien n’était fatal. Et c’est cela le grand problème.