90 familles de Bentalha crient leur détresse

45 d’entre elles squattent depuis une dizaine d’années une coopérative abandonnée

90 familles de Bentalha crient leur détresse

Par Hasna Yacoub, La Tribune, 14 janvier 2006

Squattant une carcasse dans les années 1990 et créant par la suite un bidonville, quatre-vingt-dix familles vivent aujourd’hui dans des conditions lamentables au 1, lot Bentalha. Ces dernières menacent, dans le cas où aucune solution ne leur serait proposée par les autorités locales, d’occuper de force la cité des 750 logements, nouvellement construite et non encore distribuée. Des demandes de logements ont été formulées au niveau de la wilaya déléguée de Baraki et une promesse d’une prise en charge au cas par cas a été faite par les responsables locaux, comme l’affirment les délégués de ces familles.
Tout a commencé dans les années 1990 alors que le terrorisme battait son plein dans cette commune qui était au cœur du triangle de la mort, 45 familles originaires de Bentalha (certaines cohabitaient avec la grande famille, d’autres étaient en location) sont venues se réfugier dans une carcasse abandonnée appartenant à une mutuelle de promotion immobilière de la CNEP, située juste à côté d’un campement militaire. Transformée en pièces à l’aide de tôles de zinc et autres matériaux de fortune, la carcasse a vu ensuite de nombreuses autres baraques venir s’agglutiner tout autour d’elle. Le nombre des familles s’est alors agrandi pour atteindre les 70 en 2004. Elles sont aujourd’hui au nombre de 90 familles à vivre au milieu des égouts à Bentalha.
En 2001 et avec le retour au calme, la CNEP a introduit une affaire en justice près du tribunal d’El Harrach, demandant l’expulsion de ces familles et la récupération de son bien. Un jugement en sa faveur a été prononcé, en août 2003. Vivant l’angoisse de l’expulsion de «leurs» logis, ces familles avaient, à l’époque, frappé à toutes les portes pour pouvoir bénéficier d’une prise en charge de l’Etat. Correspondances, sit-in et autres manifestations ont abouti au gel de l’expulsion. Une aubaine, affirment ces familles qui ne contestent pas le fait que la CNEP soit dans son droit «mais nous n’avons pas où loger nos familles».
Aujourd’hui, ces dernières n’arrivent plus à vivre au 1, lot Bentalha, devenu un véritable dépotoir. Avec l’arrivée de 45 autres familles profitant de l’aubaine et du laxisme des autorités locales pour s’y installer à leur tour, les fosses utilisées pour accueillir les déchets ont débordé. L’absence de viabilisation se fait rudement sentir et les odeurs nauséabondes qui se dégagent invitent rats, moustiques et autres chats et chiens errants à infester les lieux. Les déchets ménagers garnissent tous les espaces et les terrasses dépourvues de mur de protection ont déjà causé de nombreux accidents.
Dans ces conditions, il est clair que les autorités locales devraient se pencher sur le cas de ces familles. Il est impératif de traiter leurs dossiers au cas par cas afin de classer chaque famille dans une catégorie pour l’acquisition d’un logement. Selon les moyens de chacune d’elles, les propositions peuvent être formulées pour un logement social, locatif, participatif ou autre. Pour les dernières arrivées, comme cette famille venue de Biskra qui se serait installée dans le site depuis quelques jours seulement, d’autres solutions peuvent être proposées. Un traitement rapide et efficace de ce problème éviterait sûrement aux pouvoirs publics de gérer par la suite une émeute.

H. Y.