L’Etat débourse plus de 13 milliards de dollars

POUR CALMER LE FRONT SOCIAL EN ÉBULLITION

L’Etat débourse plus de 13 milliards de dollars

L’Expression, 08 Février 2011

Le gouvernement tient absolument à conduire les affaires de l’Etat sans accroc pour les trois prochaines années.

Que vous soyez un travailleur pauvre, un demandeur de logement ou un chef de famille nombreuse, le budget de l’Etat est là pour atténuer vos souffrances. Les revenus tirés de l’exportation des hydrocarbures permettent au gouvernement de Ouyahia de dégager 1200 milliards de dinars en tant que transferts sociaux. C’est ce qu’a affirmé hier Kamel Aïssani, directeur des transferts sociaux et de la protection sociale au ministère des Finances, au cours d’une rencontre à Alger avec le patronat pour expliquer les mesures prises au titre de la loi de finances 2011. Ces transferts sont l’équivalent de plus de 10 milliards de dollars. Ces décisions sont prises pour calmer le front social. Et elles ne sont pas les seules. L’initiative du ministère du Commerce de plafonner les prix du sucre et de l’huile jusqu’à août prochain entrent dans le même cadre. Un autre représentant du ministère des Finances est intervenu affirmant qu’il est possible que ces solutions pour réduire les prix soient étendues à une autre période au-delà du Ramadhan prochain. Le directeur général des impôts, Abderrahmane Raouïa, a souligné que même la réduction des taxes douanières pour l’importation du sucre visent à apaiser le front social. Même si cette manière de recourir systématiquement à l’importation n’est pas toujours du goût des opérateurs économiques. Le même responsable trouve qu’il n’y aura pas de problème pour financer le soutien des prix des légumes secs décidé par le Conseil des ministres. Plusieurs autres cadres du même ministère sont intervenus pour défendre l’action sociale du gouvernement. C’est ce qu’a fait Abdelmalek Zoubeïdi, directeur général de la prévision et des politiques. Selon lui, il n’est pas exclu que la hausse des prix des produits alimentaires au niveau mondial conduise à un rallongement de la facture des importations de un à deux milliards de dollars. Toutes ces actions seront financées sans problème puisque les réserves de change de l’Algérie de plus de 150 milliards de dollars le permettent. Mais qu’en est-il de la répartition des transferts sociaux? Pour l’habitat, les ressources dégagées sont de 228 milliards de dinars. Quand on se souvient que de nombreuses émeutes ont éclaté à cause du problème du logement, on se rend compte de l’importance de cette donne pour le gouvernement qui veut acheter la paix sociale à tout prix. Pour le soutien aux familles, ce sont 302 milliards de dollars qui sont prévus. Le soutien des prix du lait et des céréales entre dans cette rubrique tout comme les cantines scolaires et le tarif d’électricité. Le soutien aux retraites absorbe 136 milliards de dinars, y compris pour les moudjahidine et les petites retraites. Dans le domaine de la santé, 220 milliards de dinars sont dégagés pour soutenir essentiellement les établissements publics. Démunis, handicapés et titulaires de faibles revenus ne sont pas oubliés puisqu’ils bénéficient de 134 milliards de dinars. C’est dans cette case qu’est rangée la création de l’emploi relevant de l’Agence de développement social bénéficiant à 700.000 personnes. En plus du social, le ministère des Finances assure que le plan des investissements publics jusqu’à 2014 est garanti. Abdelmalek Zoubeïdi rappelle que 2011 est la deuxième année d’exécution du programme quinquennal 2010-2014 qui totalise 280 milliards de dollars. Il indique que le Fonds de régulation des recettes, en 2010, dispose de 4842 milliards de DA. En d’autres termes, la sécurisation de la dépense publique est assurée sur le moyen terme (trois années). Même les réserves de change de 150 milliards de dollars représentent trois années d’importation. C’est cette dépense publique importante qui pose problème pour le gouvernement et le patronat. Ces deux partenaires sont d’accord pour dire que l’investissement et la création d’emploi relèvent des responsabilités de l’entreprise.
Hier, Habib Yousfi, président de la Confédération générale des entreprises algériennes (Cgea), a soulevé à nouveau, le problème du crédit documentaire tandis que Slim Othmani, qui intervient au nom de l’Association des producteurs de boissons et membre du Forum des chefs d’entreprise, s’est interrogé sur le devenir du marché informel. D’autres critiquent le recours jugé excessif aux importations. Pour cette année, les importateurs de marchandises se positionneraient entre 37 et 38 milliards de dollars, selon les prévisions de la loi de finances. La croissance économique globale se situerait aux alentours de 4 et 6% hors hydrocarbures. C’est toujours insuffisant pour garantir l’emploi.

Ahmed MESBAH