La DGSN ouvre une enquête sur les brutalités

La DGSN ouvre une enquête sur les brutalités

El Watan, 23 février 2011

Il est inadmissible que des étudiants soient agressés comme cela s’est passé à Ben Aknoun.» Et ce n’est pas une quelconque ligue ou ONG qui l’affirme, mais la Direction générale de la Sûreté nationale (DGSN).

«A la suite des graves dépassements qui ont eu lieu, la Sûreté nationale a aussitôt réagi. Dès l’information transmise à la hiérarchie, le haut-commandement a ordonné l’ouverture d’une enquête», explique Djilali Boudalia, chargé de la communication au sein de la DGSN, joint hier par téléphone. L’enquête en question, menée par les services de la police judiciaire de la sûreté de wilaya d’Alger, a débuté hier matin, précise M. Boudalia. «Elle a pour mission de recueillir tous les témoignages, amasser toutes les preuves, afin d’établir clairement les responsabilités et faire toute la lumière sur cette dérive», ajoute-t-il. Cette «bastonnade» d’étudiants, rassemblés pacifiquement devant leur ministère de tutelle, avec des revendications pédagogiques et non politiques, ne laisse augurer rien de bon quant à l’attitude adoptée par les forces de sécurité face aux «manifestations de foule».

L’on a ainsi constaté que la répression va crescendo à mesure que les mouvements de contestation s’enchaînent et s’intensifient. Pour preuve, la force avec laquelle le rassemblement pacifique organisé le 19 février par la CNCD a été contenu et dispersé. En attestent les nombreux blessés, parmi eux un député du RCD, grièvement atteint à la tête, et dont l’état de santé a nécessité une évacuation sanitaire. Dans un contexte national et régional, rythmé par les incessantes vagues de contestation et de renversement de régimes, cette tension, qui monte d’un cran, serait-elle un signe de «panique» du gouvernement algérien ? L’on semble réprimer à tout-va, afin d’étouffer dans l’œuf toute velléité contestataire trop menaçante. Surtout lorsque l’on sait le rôle de tout temps joué dans les révoltes par la frange estudiantine.

«Les responsables devront payer»

Pourtant, le chargé de la communication au sein de la DGSN est catégorique. «De telles instructions n’ont jamais été données. Ce qui est d’autant plus vrai concernant les étudiants. «Personne n’a donné l’ordre de les charger», martèle-t-il. «D’ailleurs, une fois que l’on aura les résultats de l’enquête, des sanctions sévères seront prises à l’encontre des personnes qui ont commis ces graves violations», d’assurer M. Boudalia. Si ces violences ne reflètent aucunement la position adoptée par le pouvoir vis-à-vis des manifestants, elles sont donc le fait d’individus ayant agi de leur propre chef ? Le chargé de la communication de la DGSN ne préfère pas se prononcer. «Il faut laisser le temps au travail légal de s’effectuer et d’aboutir à ses propres conclusions. Afin de ne pas influer sur l’issue de l’enquête, il est préférable de ne rien dire. Mais l’on rendra publics, en temps et en heure, les résultats de l’enquête ainsi que les sanctions», argue M. Boudalia.
Ghania Lassal


Suite à la répression sauvage des étudiants

Un élan de solidarité sans précédent

La réaction des étudiants à la répression sauvage exercée par la police à l’égard de leurs camardes ne s’est pas fait attendre.
Les milliers d’étudiants qui ont vu des images effrayantes sur le net promettent des ripostes retentissantes.

«Ils voulaient réprimer notre mouvement pacifique, mais ce sont des milliers qui nous ont rejoints aujourd’hui. On n’a pas peur de la matraque. Qu’ils utilisent autre chose s’ils veulent nous faire taire», a défié un étudiant de Boumerdès. Hier encore c’étaient les étudiants de l’Institut de journalisme et ceux de l’Ecole nationale des sciences vétérinaires qui ont adhéré à la protestation. Tandis que leurs camarades, venus de Chlef, Tiaret, Mostaganem, Tlemcen, Oran, Mascara, Annaba, Jijel, Skikda, Béjaïa, Tizi Ouzou, Boumerdès, Ouargla, Blida, continuent d’affluer vers Ben Aknoun. La mobilisation a atteint hier son apogée. «On vient de dénombrer aujourd’hui la présence d’étudiants de 17 universités. Ceux qui ont donné l’ordre de nous tabasser ont provoqué l’effet contraire», déclare un étudiant.
Les étudiants de l’Ecole nationale supérieure (ENS) de Bouzaréah ont rejoint le mouvement en entamant une grève illimitée.
Ils demandent le classement des diplômés de l’ENS, bac+5 et bac+4, au même niveau que les diplômés des universités et des écoles de l’ancien système. Un classement qui leur permettra de s’inscrire en doctorat LMD. Par ailleurs, en revenant hier sur les traces du combat des étudiants, les agents de police antiémeute se sont retirés du siège du ministère laissant leur place aux agents de l’ordre public.

Adhésion massive

Des milliers d’étudiants, effrayés la veille, ont tenu tout de même leur rassemblement hier. Ils sont venus de différentes universités du pays. Ils criaient haut et fort : «Haraoubia dégage», refusant les négociations. «On est une génération consciente, éveillée, capable de se prendre en charge. On maîtrise les moyens technologiques.
Personne ne pourra étouffer notre mouvement. Ni les membres de l’UGEL ni la propagande de certains journaux arabophones qui visent à discréditer notre mouvement», ont clamé les étudiants qui poursuivent leur sit-in. «Nous allons passé la nuit ici». Tous les étudiants, qui sont arrivés aujourd’hui, confirment leur adhésion à cette action. «Hier nous avions dû renoncer, car nous étions une cinquantaine. Quand nous avons vu le renfort de la police, nous ne voulions pas revivre l’enfer qu’on avait vécu l’autre nuit. Mais aujourd’hui, nous passerons la nuit ici», a fait remarquer un étudiant de Boumerdès. Son camarade de Chlef est revenu sur l’incident de la matinée. «Une quinzaine d’étudiants sont venus cette matinée pour défoncer le portail du ministère.

En l’absence de la police, ce sont les étudiants protestataires qui ont constitué un cordon de sécurité pour protéger notre tutelle. Ce sont sûrement des étudiants de l’UGEL. Ils scandent des slogans en arabe littéraire. Ils n’arrivent toujours pas à digérer leur exclusion de notre mouvement», a dénoncé un délégué, estimant que cet acte irresponsable ne vise qu’à justifier la violence manifestée hier par la police.
Des scènes de solidarité se manifestent déjà. Un étudiant distribue des morceaux de galette maison. Un peu plus loin, un autre distribue des bouteilles d’eau et le son de vuvezuela dominait les cris des protestataires.

Djedjiga Rahmani