La ville de Debdeb renoue avec le calme

Assiégée par les forces de l’ordre

La ville de Debdeb renoue avec le calme

Les deux auteurs d’agressions réclamés par la communauté arabe de Debdeb ont été livrés hier aux gendarmes. Une autre rencontre entre les notables touareg et arabes a définitivement scellé le pacte de paix entre les deux communautés. Assiégée par les forces de l’ordre, Debdeb renoue avec la quiétude…

Debdeb (Illizi). De notre envoyée spéciale, El Watan, 27 septembre 2009

Tant redouté, l’enterrement de Ghdier Bachir, mort des suites de ses blessures lors des événements qui ont secoué la ville de Debdeb (wilaya d’Illizi), le 9 septembre 2009, s’est déroulé dans le calme, vendredi dernier. Aucun incident n’a émaillé la cérémonie funéraire, encadrée d’ailleurs par un important dispositif sécuritaire. Ghdier Bachir, âgé de 24 ans, étudiant à Ouargla, a succombé à un traumatisme crânien après trois semaines de coma profond, d’abord à l’hôpital d’Illizi, puis à celui de Ghardaïa. Il avait été grièvement blessé lors des affrontements ayant opposé Touareg et Arabes au quartier 105 Logements, au cœur même de la ville de Debdeb où, jusqu’au début de l’été dernier, les deux communautés vivaient en parfaite harmonie. Hier, les notables des deux fractions se sont rencontrés, en présence du maire de la ville, et se sont entendus pour que « plus jamais de telles violences ne soient rééditées ». L’agresseur de Ghdier a été livré hier à la gendarmerie, tel qu’exigé par la communauté arabe. Ses proches l’ont obligé à rentrer de Ghdales, la ville frontalière libyenne, où il s’était réfugié.

Quelques heures auparavant, le deuxième agresseur réclamé par la communauté arabe a reconnu comme étant remis par sa famille aux services de sécurité. La nouvelle a vite fait le tour du quartier et a provoqué un sentiment de satisfaction chez les parents de la famille de Ghdier, dont la maison ne désemplit pas. En début d’après-midi, les notables des deux communautés se sont encore une fois réunis pour régler définitivement leur différend, si différend il y a. Après la lecture de la Fatiha (verset du Coran) par l’imam, ils se sont engagés à faire en sorte que « chacun soit responsable de ses enfants et fasse en sorte que les chamailleries de jeunes restent entre jeunes ». Les deux parties se sont quittés en se donnant rendez-vous le soir, autour d’un dîner offert par la famille du défunt à la délégation targuie venue d’Illizi et d’In Amenas. La haine semble laisser place à l’espoir de revivre la quiétude d’antan, sans la présence renforcée des gendarmes. En effet, la ville est presque assiégée depuis le 9 septembre dernier et, surtout, avec l’arrivée de plusieurs colonnes de gardes frontières. Depuis l’enterrement de Ghdier vendredi, la tension a baissé, mais le climat est resté électrique. Magasins et cafés sont ouverts, mais le flux de la population est très timide. Les traces de violences entre les deux communautés, en cette journée du 21 septembre, ne sont plus visibles. Seuls les visages crispés des citoyens et la tristesse que la population dégage révèlent l’ampleur de la tragédie qu’a provoquée la mort de Ghdier. Une mort que beaucoup, des deux côtés, ne souhaitaient pas parce qu’au fond, il n’y a aucun différend qui oppose les deux communautés.

Comment Debdeb a-t-elle plongé alors dans cette violence ? Touareg et Arabes s’accordent à dire que la tension entre eux dure en fait depuis près de 4 mois. L’insécurité dans le quartier est la principale cause. Tous les jours, les agressions et les vols se multiplient et chacune des communautés accuse l’autre sans que les services de sécurité réagissent. Les responsables préfèrent que la population gère elle-même ses problèmes, alors qu’il s’agit en fait d’un grave problème de sécurité des biens et des personnes qui relève, faut-il le rappeler, des missions principales de la gendarmerie. La situation a fini par exploser en cette journée du 9 septembre, lorsqu’après une rixe, deux jeunes en sont venus aux mains et Bachir Ghdier a accouru pour porter secours à l’un d’eux. Un coup asséné à l’aide d’une barre de fer le laisse presque pour mort et tout le quartier sombre par la suite dans la violence. Bouhid Abdelhamid, chef de daïra d’In Amenas, dont dépend Debdeb, estime avoir tout fait pour éviter la catastrophe : « J’appréhendais cet instant parce que je le voyais venir. Je sentais la tension tirailler les deux communautés, mais durant toutes les réunions que j’ai tenues avec les représentants et les sages, personne n’a pu me donner une seule raison qui justifierait cette situation. En fait, chacune des deux parties se plaignait et les accusations d’agressions et de vols étaient mutuelles. Les deux communautés avaient pris pour habitude de régler leurs différends entre elles grâce aux notables. Les services de sécurité n’ont que rarement été impliqués, y compris dans des histoires de vol ou d’agression. Je pense que c’est cela l’erreur. Maintenant, tous ont pris conscience qu’il s’agit du respect de la loi, et la loi doit être au-dessus de tous », déclare-t-il.

Les notables targuis et arabes satisfaits de la « moussalaha » (réconciliation) espèrent aujourd’hui un retour rapide à la normale. D’autant que cela fait plus d’une semaine que les enfants targuis ne partent pas à l’école et que leurs familles sont encore sous le choc au point où certaines ont quitté leurs maisons pour aller ailleurs en attendant le retour au calme. « Nous allons ramener toutes les familles ce soir pour qu’elles réintègrent leur foyer. Personne ne leur portera atteinte, il y va de la parole de tous les notables », a annoncé hier M’hamed, cousin du défunt et un des notables de la communauté arabe. « Notre exigence de voir les auteurs de violence arrêtés a été exaucée, maintenant laissons la justice faire son travail. Nous avons dit que la mort de Bachir doit servir de leçon. Nous n’avons aucune animosité à l’égard des Touaregs, ce sont nos frères, mais nous refusons que les illégaux s’interfèrent entre nous pour provoquer la fitna. Nous avons d’ailleurs demandé à ce que tous les fauteurs de troubles des deux côtés soient identifiés et livrés aux services de sécurité. Nous avons recensé une vingtaine en tout et nous espérons que la justice jouera son rôle. Un mort et sept blessés, c’est trop et même beaucoup trop pour toute la région. Nous espérons que plus jamais de telles violences ne se rééditent », affirme-t-il.

Par Salima Tlemçani