Annaba: Emeutes et colère dans plusieurs quartiers…

Intempéries à Annaba

Emeutes et colère dans plusieurs quartiers…

El Watan, 25 septembre 2009

Hier, Annaba était isolée. Les habitants de plusieurs quartiers de la ville, dont les 8 familles sans domicile fixe (SDF) abritées sous les tentes, ont manifesté, tôt dans la matinée, leur colère.

Usant de pneus brûlés, troncs d’arbres, pierres et autres objets, ils ont bloqué les routes principales de Oued Forcha, Rizi Amor (ex-Chapuis), Val Mascort El Arbi Tebessi (ex-la Colonne), Didouche Mourad, Sidi Brahim de Annaba en guise de protestation contre l’indifférence des autorités locales lorsque les flots ont englouti leurs biens mobiliers et immobiliers, notamment à Oued Forcha où plusieurs véhicules ont été saccagés, offrant un décor de désolation. L’entreprise Ghimouz, chargée des travaux dans cette cité, a été mise à l’index par les habitants de cette cité. A Rizi Amor comme dans d’autres cités, les enfants n’ont pu rejoindre leur école et les adultes, eux aussi, se sont retrouvés dans l’impossibilité d’accéder à leur lieu de travail. En effet, il a fallu une petite averse, dans la soirée d’avant-hier sur la ville de Annaba, pour que la plupart des rues et boulevards de la commune et chef-lieu de wilaya soient totalement inondés. La circulation routière et piétonnière s’est transformée en véritable calvaire. Plusieurs accidents de la circulation ont été enregistrés. Les dégâts matériels sont estimés à plusieurs centaines de millions de dinars. Selon les familles SDF : « Hormis les éléments de la Protection civile, qui n’ont ménagé aucun effort pour venir à notre aide, aucune autorité n’a daigné se déplacer sur les lieux pour s’enquérir de notre situation. D’où notre réaction de protestation de bloquer la route aux usagers pour les faire réagir. C’est ce qui a été fait pour que nous soyons transférés à l’ancienne maison de rééducation du centre-ville. » En effet, instruction a été donnée aux autorités locales par le wali de Annaba pour évacuer provisoirement tous les sinistrés aux établissements scolaires les plus proches de leur lieu de résidence. C’est ce même wali qui a promis la veille de la saison estivale que le blason terni de la Coquette sera redoré, mais il n’a pas tenu sa promesse. Les entreprises chargées de cette mission, qui avaient déjà hypothéqué la saison estivale en mettant Annaba en chantier, ne sont pas qualifiées.

Pourtant, une enveloppe de plusieurs centaines de milliards a été débloquée. Mais sans effet puisque les inondations n’ont épargné aucun site, y compris dans les communes avoisinantes. La station de pompage de la plage de Rizi Amor, en arrêt, a inondé tout le boulevard et le rond-point de l’hôpital Ibn Rochd, pourtant des travaux récents d’assainissement ont été réalisés par l’entreprise Bouchareb. « Du jamais vu », selon les riverains. Dans cette commune d’El Bouni de plus de 150 000 habitants, les rares routes et rues en bitume se sont transformées en oueds, marécages et gadoues. Dans certains îlots, particulièrement ceux où sont implantées les habitations particulières, les citoyens ont éprouvé moult difficultés pour éviter les crues lourdes et salissantes qui s’étaient entassées jusque devant les portes d’entrée, y compris les portails des établissements scolaires. En 2008, la wilaya de Annaba avait recensé 26 points noirs au niveau du chef-lieu et 6 autres dans les plus importantes communes de la wilaya en l’occurrence El Bouni, El Hadjar et Berrahal. Il y a eu même une étude qui a été confiée à 2 bureaux étrangers, l’un suisse et l’autre allemand, dont la mission est de maîtriser définitivement ce problème récurrent en procédant à des travaux afin de mettre à l’abri la wilaya des inondations. Des actions qui n’ont abouti à aucune amélioration même si, pour mémoire, cette wilaya de l’Est a bénéficié de 691 grandes opérations durant les 9 dernières années, pour un montant global de 21,62 milliards de dinars. Une sale facture investie dans le secteur de l’hydraulique qui, sans pour autant améliorer la situation, ne fait qu’engloutir des milliards.

Par M. F. G.


…Et dans d’autres villes de l’Est

Les services de la Protection civile ont déclaré l’état d’alerte, hier à Constantine, après les intempéries que la wilaya a connues ces dernières 24h.

Des appels à la vigilance ont été lancés à travers les ondes de la radio locale, parallèlement à des visites de reconnaissance dans les quartiers à haut risque. Plusieurs familles ont passé la nuit avec la peur au ventre, notamment dans la vieille ville, mais aussi dans les bidonvilles construits sur les rives des oueds, lesquels ont connu des crues importantes, ce qui a provoqué des inondations sur le CW175 menant vers El Khroub où la circulation automobile était très difficile. Heureusement, l’on ne déplore aucune perte humaine. A Skikda, les fortes averses qui se sont abattues sur la wilaya, atteignant les 60 mm, ont provoqué d’innombrables dégâts matériels dans plusieurs communes. Selon les services de la Protection civile, plusieurs axes routiers ont été coupés. Mais c’est surtout la commune de Filfila, située à 13 km à l’est de Skikda, qui a été la plus touchée. Les fortes précipitations ont engendré l’inondation de plusieurs foyers et des coupures d’électricité alors que des véhicules ont été emportés par les eaux. Par ailleurs, un train de voyageurs assurant la liaison Annaba-Alger a déraillé au niveau de la commune de Bekkouche Lakhdar suite aux glissements enregistrés sur la voie ferrée. On ne déplore aucune perte humaine.

Plusieurs établissements scolaires ont été pour leur part fermés dans la commune de Tamalous, alors qu’à Ouled Attia, à l’extrême ouest de la wilaya, plusieurs localités sont restées isolées. A Guelma, selon la cellule de communication de la Protection civile, des infiltrations d’eau drainant des gravats et autres matériaux hétéroclites ont touché des domiciles des quartiers populaires de Aïn Defla, cité El Hafssi, Benherga et 55 Logements. Une assistance a également ciblé un domicile à Nador, une agglomération secondaire de la commune de Boumahra Ahmed. A Aïn Benbeida, dans la daïra Bouchegouf, précise notre source, la montée des eaux de l’oued Seybouse a bloqué 30 élèves, ce qui a nécessité l’intervention de l’unité secondaire de la Protection civile. A Tébessa, les fortes chutes de pluie enregistrées ces dernières 24 heures, dépassant les 20 mm selon les services de la météo, ont occasionné plusieurs infiltrations d’eau et quelques dégâts matériels dans certaines localités, notamment au sud de la wilaya où le débordement des deux grands oueds de Gheznita et El Khnigue ont provoqué des dégâts considérables sur les cultures. Selon une source digne de foi, plusieurs dizaines de vergers ont été inondés par les fortes crues.

Par correspondants