L’homme par qui les scandales arrivent

L’homme par qui les scandales arrivent

El Watan, 9 juin 2003

Abdelkader Hadjar est un homme curieux. Son nom colle aux complots politiques. Il refait depuis deux jours la Une des journaux. Il dit presque avec fierté qu’il est derrière l’entreprise de déstabilisation du FLN. Fait unique dans les annales : Hadjar, qui est l’ambassadeur d’Algérie à Téhéran, assume publiquement des actes qui relèvent du droit pénal. A savoir, l’occupation par la force des locaux du FLN.

Opération psychologique : il a pris soin de prendre attache avec les journaux pour annoncer la création «d’une coordination». L’objectif de cette structure clandestine est de forcer le départ du secrétaire général du FLN, Ali Benflis. Les résultats du huitième congrès, qui a plébiscité Benflis, sont également remis en question par la bande à Hadjar. Cette «coordination» est donc c’est inévitable l’instigatrice des actes de violence contre les militants du parti dans des régions, dont Mostaganem, Mascara, Blida et M’Sila. Ses animateurs, dont des ministres de la République comme Saïd Berkat, en charge de l’Agriculture, seront-ils poursuivis en justice ? Hadjar, qui aurait bénéficié d’un congé spécial, paraît décidé à aller jusqu’au bout. L’homme semble être appuyé par des «soutiens» de Bouteflika, le premier magistrat du pays, dans une action qui rappelle un autre scénario. Celui de janvier 1996, le célèbre et néanmoins sinistre «coup d’Etat scientifique» contre Abdelhamid Mehri, alors secrétaire général du FLN. Dans les chambres de l’hôtel El Djazaïr, à Alger, Hadjar, aidé, sinon inspiré, par les «spécialistes» de l’ex-Sécurité militaire, a réussi à retourner, au mépris de toutes les règles, le Comité central contre Mehri. Boulem Benhamouda, connu par son conservatisme, est «bombardé» à la tête du parti. Depuis, le FLN a changé de cap et s’est mis à soutenir les démarches des décideurs, y compris la candidature de Bouteflika pour la présidence de la République (dans cette affaire Benhamouda a failli se casser les dents). En 1997, Hadjar, ancien ambassadeur d’Algérie en Libye, est élu à l’APN et est chargé de la commission des Affaires étrangères. En octobre 1999, Hadjar est étalé et humilié en public par Bouteflika. Celui-ci a publié une lettre que lui a adressée Hadjar. Bouteflika y a ajouté ce message : «Le président de la République ne renie pas ceux avec qui il a partagé (…) une fraternité et une amitié mais ne se soumet point à la pression ou au marchandage quels qu’ils soient.» La missive de Hadjar a choqué l’opinion nationale par son caractère extrémiste. Evoquant la loi sur la généralisation de la langue arabe, le député de Tiaret a écrit ceci : «Mon émotion fut grande face au non-respect de la loi adoptée par l’APN et bloquée par Redha Malek à travers le conseil des janissaires, et ce, le jour de l’assassinat de Boudiaf. Elle fut ensuite débloquée par le Kabyle Ahmed Ouyahia et Zeroual (…) Mon émotion fut aussi grande en voyant que cette violation émane de M. Abdelaziz Bouteflika, l’Arabe authentique…» Hadjar a salué «la position courageuse» de Bouteflika à Tizi Ouzou quand il a annoncé «haut et fort aux partisans de l’amazighité, cette couverture suspecte de la pérennité du français en Algérie et de la marginalisation de notre langue nationale.» Hadjar n’a pas aimé que Bouteflika parle en français dans ses discours. Depuis, Bouteflika s’exprime, comme bon lui semble, en français et a reconnu tamazight comme langue nationale, et Hadjar n’a rien dit. Triste par le fait de sa mise à l’écart de la campagne électorale de Bouteflika en 1999, Hadjar, dans sa célèbre lettre, a énuméré ses actes de «bravoure» : «Je vous ai soutenu dans votre campagne électorale dès le début, alors que mon nom et ma réputation avaient un poids sur la scène politique et médiatique après la campagne que j’ai menée contre Mehri et ses partisans. Je vous ai soutenu également dans la campagne farouche contre le programme d’Ouyahia et ses opérations de fraude qui ont entaché les élections législatives et locales. Sans parler du combat décisif que j’ai mené contre Bensalah lorsqu’il a voulu avoir mainmise sur mes prérogatives et attributions de président de la commission des Affaires étrangères. Je lui ai porté le coup de grâce avec l’amendement du règlement interne, et ce, grâce à l’adhésion de tous les groupes parlementaires, y compris les députés du RND contre leur président de l’époque. Ce jour-là, j’étais une vedette sur les chaînes de télévision nationale et internationales». Dans la même missive, Hadjar s’est plaint d’avoir été ignoré à la cérémonie après l’élection de Bouteflika. «J’ai tu alors ma peine», a écrit, déçu, Hadjar. Sa nomination en qualité d’ambassadeur à Téhéran, poste qu’il a déjà occupé par le passé en novembre 2000, l’amène à s’imposer un silence tactique et à ne plus dire de «méchancetés» sur Bouteflika auquel il voue «un amour basé sur une pureté au-dessus de toute convoitise» (lettre d’octobre 1999). Mis à l’écart au FLN depuis l’arrivée de Ali Benflis en septembre 2001, Hadjar a été éjecté du comité central après le huitième congrès du FLN. Qualifié de «cacique» et «d’homme encombrant», les militants de Tiaret ne voulaient plus de lui, lui préférant des représentants plus jeunes.

Par Fayçal Métaoui