Benflis: «J’ai refusé le chantage»

Ali Benflis explique son limogeage

«J’ai refusé le chantage»

Par Hamidou B., Le jeune Indépendant, 7 mai 2003

Après son limogeage par le président Bouteflika, Ali Benflis a réuni hier au siège du parti du FLN à Hydra (Alger), la presse nationale et internationale venue en force pour un point de presse. Accueilli par les acclamations des ministres FLN, quelques membres du comité central, du bureau politique et quelques députés, Ali Benflis précisera à l’assistance qu’il n’a pas démissionné de son poste. «Le président de la République a mis fin à mes fonctions» et «je n’ai pas été consulté à propos de la désignation de mon successeur, malgré le fait que le FLN est le parti majoritaire à l’APN».

Dans cette salve de précisions, Ali Benflis révèlera qu’un haut responsable de la présidence de la République, sans citer son nom, lui a expliqué que s’il voulait rester à la tête du gouvernement et poursuivre son travail, il doit soutenir Bouteflika pour un deuxième mandat. La réponse de Benflis a été la suivante : «Vous avez en face de vous un bâtonnier. Je ne peux parler au nom des militants du parti FLN. Je suis un libérateur du FLN et non un dompteur du FLN». Il précisera qu’il «n’acceptera pas le chantage». Prié de divulguer le nom de ce haut responsable, Ali Benflis promettra de le faire le moment venu. «J’aurai d’autres rencontres avec vous», lancera-t-il à l’adresse des journalistes. Il précisera dans ce sillage que le président Bouteflika ne lui a jamais demandé de déposer sa démission. Benflis a écarté l’existence d’un conflit avec le président Bouteflika. Revenant sur son limogeage, Ali Benflis dira qu’il «ne trouve aucune justification à la décision du président de la République», en liant cet acte de Bouteflika aux élections de 2004. «On m’a reproché la déviation du parti lorsque j’ai parlé de l’autonomie de décision du FLN». Ali Benflis affirmera que le «FLN n’appartient qu’à ses militants». Applaudissements nourris dans la salle. Donnant l’apparence d’un homme serein face aux journalistes, Ali Benflis donnait aussi l’impression d’avoir été «trahi», quand il a évoqué la manière dont s’est effectué sa succession. «C’est un fait inédit, affirmera-t-il. Le nouveau chef du gouvernement n’est pas issue de la majorité», argumentera-t-il. Le FLN participera-t-il à la coalition gouvernementale ?

«Sous certaines conditions», répondra Benflis. Lesquelles ? «La direction du parti désignera ses propres ministres», conditionnera-t-il la participation de son parti.

«Notre position sera déterminée en fonction aussi du programme du nouveau Premier ministre», poursuivra-t-il sur ce registre. Dissolution de l’APN ? «Constitutionnellement, ce pouvoir appartient au président de la République», précisera-t-il.

Benflis sera-t-il candidat aux présidentielles de 2004 ? «Je suis à la disposition des militants du FLN. C’est un parti organisé. Ce n’est pas n’importe qui prétend être militants du FLN. A qui a-t-il adressé ce message ? «C’est le congrès extraordinaire qui décidera», rappellera-t-il.

Pour marquer à sa manière que le FLN version Benflis est aux antipodes des méthodes de mobilisation à l’ère du parti unique, il lancera cette phrase lourde de sens : «Nous sommes avec l’Algérie.»

L’époque du béni oui-oui est révolue, selon lui. «C’est une histoire ancienne pour le FLN», relèvera-t-il. L’ex-chef du gouvernement a, par ailleurs, parlé de blocages dans l’application du programme du Président, mais sans toutefois s’étaler sur des cas précis. Il relèvera qu’il n’a pas pu exercer ses prérogatives en tant que chef du gouvernement. «J’ai été démuni de mes prérogatives», soulignera-t-il. Pourquoi avoir attendu trente-trois mois pour parler de «prérogatives» ? «J’ai fait une mauvaise appréciation. Je me suis dit que les choses s’amélioreront». Il parlera de l’adoption du projet de loi relatif aux magistrats par le Conseil du gouvernement qui n’a pas été présenté en Conseil des ministres. Il estimera que l’indépendance de la justice et la liberté de la presse sont les piliers de la démocratie.

«La justice ne doit pas être au service de l’exécutif», indiquera-t-il. Le secrétaire général du parti du FLN a évoqué la crise en Kabylie, en affirmant qu’un dialogue sérieux sans exclusive règlera cette question. H. B.

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Déclaration de Monsieur Ali Benflis

Monsieur le président de la République a décidé, en vertu des pouvoirs que lui confère la Constitution, de me démettre de mes fonctions de chef du gouvernement, tout en sachant, naturellement, que je suis le premier responsable de la formation politique qui détient, à l’heure actuelle, la majorité au sein de l’Assemblée populaire nationale.

Par cet acte, Monsieur le président de la République met un terme à l’action d’un gouvernement, dont je laisse l’appréciation du bilan à l’opinion publique, non sans mettre en exergue les conditions difficiles qui ont entouré l’exercice de sa mission, un gouvernement qui jouit du soutien de l’Assemblée populaire nationale. Je souhaite, à travers cette déclaration, prendre à témoin l’opinion publique nationale sur le fait que je n’ai pas présenté ma démission et que j’ai été démis de mes fonctions par une décision souveraine de Monsieur le président de la République. Je n’ai pas démissionné malgré les facteurs qui entravaient le bon accomplissement de ma mission, et ce, dans le seul souci de préserver le pays d’une nouvelle crise institutionnelle. De surcroît, et malgré ma qualité de responsable de la formation politique majoritaire dans le pays, je n’ai pas été consulté sur le choix de mon successeur, en l’occurrence, le nouveau chef du gouvernement. Par ailleurs, le nouveau chef du gouvernement n’appartient pas à la formation politique qui détient la majorité au sein de l’Assemblée populaire nationale, ce qui constitue en soit un fait inédit. Nonobstant son caractère inédit, le parti du Front de libération nationale appréhendera cette situation avec retenue et esprit de responsabilité, et déterminera sa position vis-à-vis du gouvernement sur la base de son programme et de sa composante. Je voudrais réaffirmer ici que je suis et que je serai toujours soucieux de préserver le bon fonctionnement des institutions de l’Etat, afin d’épargner à notre pays et à notre peuple les incertitudes de l’instabilité dont ils ont tellement souffert par le passé.