Karim Tabbou: Des partis politiques ont épousé les idées mafieuses du pouvoir

Le Secrétaire général du FFS, Karim Tabou, à El Khabar

Des partis politiques ont épousé les idées mafieuses du pouvoir

El Khabar, 19 septembre 2009

Le Secrétaire général du Front des forces sociales, Karim Tabou, estime dans cette interview que l’Algérie vient de rentrer dans une crise politique et éthique, ajoutant que les partis politiques sont partiellement responsables du blocage que vit le pays. Il annonce, toutefois, le rejet du FFS de prendre part aux élections du Conseil de la nation.

Quelle lecture donnez-vous à la situation politique, en cette rentrée sociale, et quelles sont les raisons de cette stagnation politique qui règne, depuis les dernières élections présidentielles?

Ce que vit le pays en ce moment reflète clairement le retrait et la fermeture politique du système algérien, notamment depuis l’amendement constitutionnel qui a pavé la route vers un troisième mandat présidentiel. Le pays patauge dans une lourde crise politique et morale. En fait, nous remarquons que l’Etat se démobilise d’une façon calculée, pour laisser le champ libre aux clans mafieux et aux opportunistes, qui détiennent les commandes de ce pays. C’est comme si le pouvoir est entrain d’être lâcher par les militaires, pour passer aux mains des milliardaires et des gens d’influence, et cela se fait, selon un accord, dont les termes sont la complicité et la coopération. Cette situation a fait en sorte que le la corruption se propage sur tous les niveaux des institutions de l’Etat. On est entrain de vivre dans un pays dirigé par des gens incompétents. Comment peut on expliquer qu’un ministre de l’éducation qui règne dans son poste, depuis plus d’une décennie, échoue dans l’organisation d’une rentrée scolaire normale ? Comment peut on assimiler qu’un ministre qui n’a pas pu et su traiter la pénurie de la pomme de terre, soit nommé responsable de la santé de tous les algériens ? Comment peut on comprendre les déclarations contradictoires entre le ministre des affaires religieuses, qui a estimé qu’il n’ y a pas de pauvres en Algérie, alors que son collègue, dans le même gouvernement (ministre de la solidarité, ndlr), sort le lendemain pour se vanter d’avoir distribuer 2 millions de paniers de Ramadan aux gens nécessiteux ? Alors, au lieu de répondre aux exigences de son peuple, on trouve que le gouvernement investit son temps, dans le choix de la couleur des tabliers pour les écoliers, le changement des jours de repos et l’organisation des carnavals. Ensuite, comment peut on expliquer le silence de la justice algérienne sur les multiples scandales financiers, dont les auteurs sont des hauts responsables dans le gouvernement et dans les rouages de l’Etat ? C’est une preuve additionnelle sur l’existence d’une complicité et d’un accord entre les gens d’influence et la mafia pour détourner l’argent du peuple.

Pensez-vous pas que les partis politiques sont, d’une façon ou d’une autre, responsables de cette stagnation politique ?

Oui, effectivement, la scène politique accuse un manque de dynamisme et d’activité. Mais, l’état d’urgence et le cumul de la gestion violente des relations sociales, ainsi que l’exacerbation du phénomène de la corruption qui a touché une certaine élite, a fait en sorte que l’efficacité de la crédibilité et de l’indépendance de la classe politique soient vraiment faible. Cependant, aujourd’hui on peut faire la différence entre deux genres de partis politiques : il y a ceux qui ont choisi de se rapprocher et de se frotter avec le pouvoir, pour bénéficier des intérêts matériels et financiers. D’autres part, on trouve les partis qui ont choisis la voie de la résistance et de la lutte parmi le peuple, mais de façon dispersée. Cette responsabilité doit être assumer par l’élite qui tergiverse, quant il s’agit de choisir son camp politique. Et pour écraser les chaînes de cette trappe, on doit apurer et sauver la scène politique des partis délateurs, qui ont instauré la voie pour servir le système et de lui déclarer allégeance. Alors, il est dans notre devoir de former une nouvelle génération d’élite politique.

Comment évaluez- vous les mesures figurant dans la LFC ?

L’Algérie est parmi les rares pays au monde, qui dépendent d’une loi des finances et une autre loi des finances complémentaire, et cela depuis des décennies. Dans les pays normaux, on trouve que la loi des finances complémentaire est une mesure exceptionnelle pour faire face aux catastrophes naturelles ou à une nécessité majeure. Mais chez nous, la LFC est devenue une option fixe. C’est une preuve d’incompétence et de manque d’une stratégie économique. Le gouvernement qui est incapable de déterminer le seuil des besoins financiers pour une année, doit déposer sa démission, et son président doit être viré.

On constate des déclarations contradictoires entre le président Bouteflika et le gouvernement sur l’influence supposée ou avérée de la crise financière sur l’Algérie…

C’est une contradiction qui reflète l’échec du pouvoir en place sur les plans sociale et économique. Sur le plan économique, on trouve que la vague des réformes a touchée un seul dossier, en l’occurrence la stratégie industrielle bâtie sur la privatisation du secteur public. Au lieu de protéger ce secteur, qui représente le pilier de n’importe quel développement économique indépendant, il a été décidé de le liquider, tout simplement. Le pays ne pourra pas être à l’abri des crises économiques et des révoltes sociales, dans le moyen terme, parce que tout le monde sait que les ressources financières des exportations du pétrole sont dans une baisse continuelle et elle aura une répercussion grave sur notre économie. En ce qui concerne le plan social, la situation est tragique, car le confort financier n’a guerre améliorer la situation. On estime que les classes sociales moyennes sont les plus touchées. Par contre, on voit que le pouvoir adopte la politique de répression, à travers l’emprisonnement et les poursuites judiciaires, ce qui laisse les algériens dire qu’ils n’ont ni de place, ni d’avenir, dans ce pays.

Plusieurs partis sont d’ores et déjà en course pour le renouvellement partiel du Conseil de la nation. Est-ce que le FFS va en prendre part ?

Vous savez, le système politique algérien est devenu comme un grand restaurant, qui change a chaque fois sa vitrine, pour attirer plus de clients. Le FFS ne fait pas parti de ces clients et n’est pas concerné par ce genre d’attractions. La politique de soumission et d’obédience ne fait pas parti des principes du FFS qui luttera toujours pour un changement radicale, pacifique et démocratique du système, conformément aux résolutions du 4éme congrès du parti, qui vise à faire émerger une alternative politique pour le changement.