FLN: Une centaine de députés veulent la tête de Saadani

La gestion du sg du FLN de plus en plus décriée

Une centaine de députés veulent la tête de Saadani

El Watan, 28 avril 2015

Les députés menacent de créer un groupe parlementaire parallèle si le parti ne se dote pas d’une direction légitime.

La crise qui secoue le Front de libération nationale (FLN) s’installe définitivement au sein de l’Assemblée populaire nationale (APN). Dans une déclaration adressée hier à notre rédaction, des députés, appartenant à cette formation politique qui bat de l’aile, interpellent vivement le premier magistrat du pays, Abdelaziz Bouteflika, en lui demandant d’user de son poste de président d’honneur pour remettre le parti sur les rails.

Ces députés, qui affirment être 118 signataires, se disent «très inquiets» quant à «la multiplication de dérives» au sein de cet ex-parti unique censé être «la locomotive» de la vie politique nationale. Ils expliquent que leur déclaration n’a pas été le fruit du hasard mais plutôt un acte «mûrement réfléchi» qui vise à faire connaître au chef de l’Etat la triste réalité dans laquelle se trouve le FLN.

«En notre qualité de militants plébiscités par le parti et d’élus choisis par le peuple que nous avons l’honneur de représenter au sein d’une institution constitutionnelle, il est de notre devoir de veiller à la pérennité du parti et de défendre son existence en nous dressant comme un rempart contre les dérives et dérapages d’une direction autoritaire qui n’obéit ni aux statuts ni au règlement intérieur du parti», précisent-ils, relevant parmi ces «dérapages» le nouveau découpage des structures locales qualifié d’«opération d’émiettement» de la base militante.

Autres griefs retenus contre la direction actuelle, représentée par Amar Saadani : l’atteinte à la légitimité des instances élues, la confiscation de la volonté de la base militante et la désignation par le haut des instances de transition en faisant fi des principes de la pratique politique et des valeurs du parti. Usant d’un ton fort, les auteurs de la déclaration mettent en avant la gestion autoritaire et opaque par laquelle se distingue la direction actuelle du parti.

Ils accusent Amar Saadani de semer le flou sur la tenue du 10e congrès pour le préparer «dans l’opacité». Ces députés, qui veulent ainsi en découdre avec le secrétaire général du FLN, relèvent en plus de l’autoritarisme, les décisions intempestives et irréfléchies qui proviennent de la direction nationale. Des décisions qu’ils qualifient de contraire à la pratique démocratique et aux valeurs du FLN. Dans la même déclaration, ces députés protestataires relèvent la «faiblesse» du discours politique produit par la direction actuelle qui «ne correspond pas aux valeurs et principes défendus par le FLN, dont la référence historique reste la Déclaration du 1er Novembre 1954».

Se référant aux articles 34 des statuts et 54 du règlement intérieur du parti, les députés demandent clairement au chef de l’Etat «de mettre un terme à ces dépassements d’une direction qui altère le climat politique au sein du parti et qui adopte une démarche contraire à la pratique politique saine». Ils estiment que la direction est allée sur le terrain des «considérations individualistes» et des «calculs étroits» qui ne travaillent ni les intérêts du parti ni ceux du pays.

Ils appellent par la même les membres du comité central à dépasser leurs divergences et à placer l’intérêt du FLN au-dessus de toute autre considération en agissant dans le sens de l’organisation rapide d’une session extraordinaire pour régler définitivement la crise et passer à l’organisation effective du 10e congrès dans un «climat apaisé».

«Si cette situation persiste, nous allons déclarer notre rejet de toute autorité politique qui ne respecte aucunement la volonté de ses militants», menacent-ils, eux qui, si leur nombre est exact, représentent la moitié des députés FLN (216 au total). Ces députés ont déjà affiché leur volonté de créer un groupe parlementaire parallèle si le parti ne se dote pas d’une direction légitime. Cet appel au chef de l’Etat intervient quelques jours seulement après le retour annoncé de Abdelaziz Belkhadem sur la scène politique et la salve de Saadani contre lui.

Mokrane Ait Ouarabi