Partis politiques algériens: À la recherche d’un nouveau souffle

PARTIS POLITIQUES ALGÉRIENS

À la recherche d’un nouveau souffle

Publié par Abla Chérif, Le Soir d’Algérie, 20 mars 2018

Les mutations politiques qu’enregistre le pays depuis un certain nombre d’années ont induit de nouvelles donnes perturbant fortement les schémas basiques sur lesquels fonctionnaient jusqu’alors les partis. Soumis à d’intenses perturbations, ces derniers sont actuellement à la recherche d’un nouveau souffle.
Abla Cherif – Alger (Le Soir) – Le fait n’est un secret pour personne : une grande partie des mouvements politiques algériens traversent une phase critique de leur existence, passage inhérent aux bouleversements qu’a connus le pays ces dernières décennies.
Le tableau qui s’offre à l’opinion publique parle de lui-même. De grands partis ayant prédominé durant de longues années peinent aujourd’hui à occuper une place décente dans le champ politique.
Des sigles synonymes d’enthousiasme et parfois d’espoir au sein des algériens s’effacent progressivement et ne font plus parler d’eux qu’en matière d’échec ou de conflits internes. La situation qui prévaut au sein de la mouvance islamiste est éloquente. L’aura des «chouyoukh» qui ont su un certain temps drainé les foules et se positionner en véritable menace face au pouvoir semble s’être définitivement éteinte.
Le Mouvement de la société pour la paix (MSP) qui a connu son âge d’or sous Mahfoudh Nahnah peine à se maintenir, successivement secoué par des guerres intestines et des problèmes de leadership. Ennahda connaît le même sort. Abandonné par Djaballah, le parti ne semble plus exister que par son sigle. Séparé de son parti, le leader n’a pas réussi le défi de faire du FJD El-Adala la machine souhaitée. Pour faire face à la tempête qui s’est abattue sur la mouvance, les partis islamistes ont tenté une union, mais en vain. Les résultats des dernières élections en font foi. L’alliance MSP, El-Adala, Ennahda, El-Binaa parvient de justesse à décrocher 57 sièges au sein des APC. La majorité est arrachée par le MSP. Le reste de l’Alliance n’en obtient que huit. Le MSP et ses alliés n’obtiennent cependant aucun siège aux APW. La perte de terrain observée depuis 2002 est définitivement confirmée. Déclin de la mouvance islamiste ? Le malaise constaté s’est propagé au-delà. D’autres partis longtemps considérés comme de véritables fers de lance du combat démocratique en Algérie offrent des signes d’«épuisement» très visibles. L’ANR (Alliance nationale républicaine) du défunt Rédha Malek assure une fonction minimum en décalage total avec les grandes actions qui ont fait sa réputation durant les années du terrorisme.
Le RCD (Rassemblement pour la culture et la démocratie) tente de s’accrocher à la barre pour résister aux ravages des rudes conflits internes qui ont fait l’essentiel de son histoire récente. Sa résistance est soumise à rude épreuve, confrontée à la désillusion des bases à la recherche d’un renouveau. Le départ de son chef historique, symbole même de ce RCD qui a su un moment rassembler les forces démocratiques autour de lui, ne semble pas fait pour aider le parti. Les fiefs historiques du RCD et du FFS ont, en tous les cas, fait entendre leur voix durant les dernières élections.
Le Front des forces socialistes se cherche lui aussi depuis la disparition du leader. La situation qu’il traverse est analysée, décryptée au même titre que celle prévalant ailleurs. Dans le pays, des voix s’élèvent depuis un moment pour prédire le déclin des partis traditionnels.
En 2012 déjà, des sociologues et politologues comme Rachid Tlemçani et Rachid Grine s’exprimaient sur la question. `
De leur point de vue, le malaise qui s’est emparé des partis algériens est en fait apparu dès la fin de la décennie noire. La fin d’une étape (estiment beaucoup) : le terrorisme, axe central sur lequel les mouvements politiques nouvellement créés ont focalisé leur discours et activités principales. L’achèvement de cette période, affirment d’autres, a induit des mutations auxquelles il était difficile de faire face. Des mutations ayant entraîné y compris la disparition de structures centrales sur lesquelles était basé l’Etat depuis son indépendance. «Sans compter l’apparition de l’argent, comme élément nouveau dans le monde politique algérien», font remarquer des observateurs.
Des hommes d’affaires à la recherche d’une plus grande influence dans les directives centrales «se sont rapprochés des grosses cylindrées, les propulsant au détriment des partis traditionnels».
A. C.