Purge au sommet du FLN

Purge au sommet du FLN

Publié par Kamel Amarni, Le Soir d’Algérie, 31 mai 2018

Le secrétaire général du Front de libération nationale, Djamel Ould-Abbès, prend tout le monde de court et annonce, à la surprise générale, un vaste changement dans la composante du bureau politique du parti et qui a concerné pas moins de quinze membres sur les dix-neuf que compte cette instance. Les trois quarts des membres du BP hérité de Ammar Saâdani qui, donc, passent à la trappe !
Kamel Amarni – Alger (Le Soir) – Seuls rescapés de ce véritable séisme au sein de la direction nationale, les quatre anciens moudjahid qui y figuraient déjà, à savoir Leïla Tayeb, Ahmed Boumehdi, Saïd Bédaïda et Mohamed Guemama. «J’annonce officiellement, et par délégation de Monsieur le Président, l’installation officielle du nouveau bureau politique du parti à partir d’aujourd’hui.» C’est en ces termes que Ould-Abbès s’exprimait lors d’une allocution prononcée à l’occasion, hier, au siège du parti.
A l’évidence, un tel changement ne pouvait avoir lieu sans l’aval de Abdelaziz Bouteflika. Le SG du FLN le confirmera même lors de son allocution. «Ce changement est décidé après accord des plus hautes autorités.» Aussi, ajoutera-t-il, «je tiens à rendre hommage aux membres sortants du bureau politique qui ont travaillé avec nous depuis une année et demie (…) Notamment à l’occasion de l’année 2017, celle des élections législatives et locales, une année difficile d’ailleurs mais qui nous a permis de gagner ces scrutins et de maintenir la majorité aussi bien au Parlement qu’au sein des Assemblées locales. Tout cela, grâce à monsieur le président du parti, président de la République. Car il ne faut jamais oublier que Son Excellence le président de la République est le président effectif et non pas président d’honneur de notre parti». Ce rappel est sciemment glissé, ici, par Ould-Abbès. Il faut dire aussi que la purge a emporté tous les proches à Ammar Saâdani, soupçonnés par l’entourage de Bouteflika de fomenter un coup de force en prévision de la prochaine présidentielle. Parmi les partants, l’on peut citer ainsi le président de l’UNPA, Mohamed Allioui, d’anciens ministres comme Hachemi Djiar ou Tahar Khaoua, Sadek Bouguettaïa, Abdelkader Zehali, Mustapha Boualeg, Badji Abou El Fadel, Mohamed hadjoudj, Yamina Meftali, le responsable de l’association estudiantine Boudiaf, Madi et Assas. Après leur installation officielle, Ould-Abbès annonce, également, aux nouveaux membres que «désormais, la méthode de travail va changer. Beaucoup de travail nous attend pour les mois à venir et chaque membre du bureau politique s’occupera de deux à trois wilayas (…)».
Pour ces nouvelles missions, ce sont, en effet, de nouveaux membres dans la composante du bureau politique qu’annoncera Ould-Abbès et qui, certainement, ont eu l’aval de Bouteflika. Il s’agit, notamment, d’une ministre en exercice, celle de la Solidarité et de la Famille, Ghania Eddalia, et de deux anciens ministres. A savoir, l’ancien ministre de la Santé, Abdelmalek Boudiaf, et l’ancien ministre directeur de cabinet du Premier ministre sous Sellal, Mustapha Rahiel. De même que le chef du groupe parlementaire du FLN à l’Assemblée et mouhafedh de Tizi Ouzou, Saïd Lakhdari, du président de la Commission santé à l’Assemblée Mohamed Bouabdellah, ainsi que plusieurs mouhafedh comme Nassim Latreche, Boualem Bousmaha, Adem Guebi. On y trouve, aussi, la député et ex-présidente de l’APC de Kouba Saïda Bounab et un journaliste, Fouad Sebbouta.
Cette nouvelle équipe du bureau politique sera, évidemment, appelée à faire campagne pour le cinquième mandat de Abdelaziz Bouteflika que le FLN a déjà entamée, du reste, depuis février dernier. A cet effet, une première activité avec cette nouvelle direction est programmée dès samedi prochain à Tizi Ouzou où se tiendra une rencontre régionale regroupant les élus et les chefs des kasmates des trois wilayas de Tizi, Béjaïa et Bouira.
Des regroupements régionaux similaires suivront juste après et ce, en parallèle à la préparation du fameux document portant «bilan des quatre mandats du Président Bouteflika». A pratiquement dix mois de l’élection présidentielle, le FLN est, en tout cas, définitivement lancé dans la bataille. Il balise même le terrain à de futures alliances en la matière : «Nous ne sommes pas partisans du monopole. Nous sommes prêts à travailler avec tous ceux qui prônent la stabilité et l’unité nationales. Notre seule et unique ligne rouge reste, je le répéterai encore une fois, le président de la République et son programme.» Très clairement…
K. A.