Message d’Ali LASKRI, Premier secrétaire du FFS

Message d’Ali LASKRI, Premier secrétaire du FFS

« La démocratie, c’est aussi la coexistence de volontés différentes, voire divergentes, unies pour un même but, arbitrées par un corpus de règles élaborées par tous, applicables et opposables à tous. »

Chers camarades, chers amis ;

J’ai écouté et j’écouterai encore et encore tous les représentants des différents étages de notre parti, qu’ils soient élus, responsables, cadres, militants de base ou sympathisants. De cette écoute, je vous livre déjà quelques observations. Avant de vous les livrer, pardonnez-moi de vous paraître trop brutal pour certains, pas assez pour d’autres ; car je tiens à vous livrer ce que je crois être la vérité. Je me dois, je m’impose de le faire, car le meilleur respect que je puisse te témoigner à vos personnes, à vos efforts, à vos questions, c’est de vous dire ma vérité. Dire la vérité est un signe de respect. Dire la vérité même si elle blesse, même si c’est fait maladroitement permet de créer des liens d’amitié, des liens forts pour un idéal commun.

Je vous invite donc à reconnaître, comme moi, avec moi que nous nous trouvons dans une période charnière : les dernières élections doivent être analysées avec lucidité, avec profondeur et avec sérieux. Cette occasion doit constituer, pour notre parti, une halte, qui nous permet de mieux nous voir nous-mêmes et de mieux voir le chemin parcouru depuis ces seize années de légalité. Elle constitue un miroir qui nous renvoie fidèlement « l’état d’esprit » et « l’état des lieux » de notre société et de notre région, et en conséquence, notre place dans celle-ci. Ce regard rétrospectif doit être suivi d’un regard introspectif lucide, serein, apaisé pour comprendre ce qui nous arrive, comment cela nous est arrivé, et comment nous allons avancer. Ce regard rétrospectif doit nous servir à trier dans tous nos actes, nos écrits et nos comportements ce qu’il faut garder, ce qu’il faut bannir, ce qu’il faut améliorer

Plus en profondeur, aujourd’hui, nous devons trouver des réponses à de véritables questions existentielles : devons nous continuer comme ça ? Que voulons nous ? Quelles raisons avons-nous aujourd’hui d’espérer et donc, de continuer à militer ? Que veut dire Militer aujourd’hui, pourquoi lutter, pour quel but exactement ?

Je vous livre quelques sentiments de ce qui me paraît être pour beaucoup dans la situation où nous sommes : d’un parti populaire largement implanté à travers toutes les couches de la société, et après des hémorragies répétitives, nos structures de bases sont devenues des sections de personnes, construites autour et pour ces personnes. Nous nous sommes enfermés sur nous-mêmes, nous nous sommes coupés de la société, de ce terreau de « Wid Its wahaqren / mahgourines » qui ont fini par désespérer que nous puissions véritablement rester auprès d’eux et les défendre, qu’ils soient des nôtres et qu’on soit des leurs. Quant aux « mahgourates » cela fait longtemps, trop longtemps qu’elles ne figurent plus dans nos préoccupations. Notre mémoire ne les convoque plus.

Chers amis,
J’ai eu à constater lors de l’Assainissement démocratique certains faits, certaines attitudes, je le déplore et je les décrie :
Le détournement du sens : on utilise les textes du parti, ses statuts qui promettent, recommandent et codifient l’ouverture décidé par notre 3ème Congrès pour l’exclusion de certaines personnes et le resserrement autour d’autres personnes. Le détournement réside dans le fait qu’une élection censée faire émerger des compétences, arbitrer synergiquement entre compétence et engagement aboutit à l’exclusion de la compétence et de l’engagement et donne la prime au statu quo.
L’inversion du sens réside dans le fait qu’un processus conçu et élaboré pour ouvrir le parti, le ferme encore plus sur lui-même et à la société.
La radicalité se confond, chez beaucoup, avec la violence. Plus grave encore, elle se transforme en agressivité interne contre des militants ou des segments de militance. Comment est-on arrivé à ce que des cadres, des compétences et des intellectuels soient devenus des parias au sein du parti ? Ils sont devenus suspects. Le débat devient inutile, suspect et ses partisans sont taxés de ‘tièdes’ qu’il faut entraîner plutôt qu’écouter. A l’autre extrême des militants sincères, dévoués se proclamant ‘ouvriers de la politique’ sont regardés de haut, utilisés aux tâches répétitives. Au fait, il ne leur est demandé qu’une présence oisive.
L’appauvrissement du langage est compensé par le zèle activiste.
Plus grave encore, la culture de l’adversité à tout prix et à n’importe quel prix a transformé le camarade en rival, le rival en adversaire et l’adversaire en ennemi. Cette façon de penser consiste à faire perdre l’autre plutôt qu’à gagner soi-même. Il est fait plus recours à l’arrogance qu’à la persuasion. On a plus recours à l’invective et aux procès d’intention qu’aux textes et archives du parti. En un mot, et j’exagère à peine, on ouvre plus facilement un couteau qu’un dictionnaire.

Et pourtant le cadre, l’intellectuel a sûrement le droit de parler dans sa section, dans son parti. Car il a le devoir, plus que le devoir la responsabilité de préserver et de protéger les « sang chaud » de chez nous. Il doit leur apprendre à vivre plutôt qu’à mourir. Il doit utiliser sa structure comme filtre qui évalue l’intelligibilité de son discours, la faisabilité et l’opérabilité de sa pensée. Son action n’est d’aucune efficacité sur la société si elle n’a pas déjà agi dans sa section. Il doit voir dans ses camarades les partenaires qui l’aident à REALISER et non les muscles qui obéissent.
Tout comme les militants qui privilégient l’action doivent voir en lui celui qui les protège des dérives violentes, activistes et aventurières.

Ceux qui sont toujours dans les logiques d’épuration continuelle, en adversité permanente font tout pour que la rencontre par le débat apaisé, dans le respect mutuel soit impossible. De conditionnement en rumeurs, en passant par les fuites à la presse, tous les subterfuges sont utilisés. Ces dérives nous ont coûté cher en terme de cohésion, d’image et surtout de lien et de liant entre nous. Cela n’est pas nouveau. Il a coûté très cher à notre pays durant le Mouvement National (Boussouf considérait les intellectuels comme de simples techniciens préparant et réparant les dossiers politiques ; un activiste notoirement connu proclamait qu’il était contre tous les fronts y compris son front)

Je vous propose de changer tout cela.
Commençons par nous dire : « Il y a toujours une part de vérité chez l’autre, et une part de tort chez moi. » « Ce qui nous unit est plus fort que ce qui nous divise. »
Nous avons fait la preuve, les algériens comme nous, à nous unir devant la mort, apprenons à nous unir devant un projet.

Chers camarades,
Cette fois-ci nous avons eu 70 % d’abstention devant nous et des listes d’indépendants, en majorité issues de nos rangs, derrière nous.
Que préparons-nous pour 2007.
Pour ma part, dans un avenir proche, je ferai la synthèse de toutes vos propositions, et après une large consultation de nos structures, j’élaborerai un programme d’action, avec comme axe principal la fusion entre l’__expression organique et l’__expression politique en une __expression partisane au service de la construction de la société démocratique. On ne peut avancer qu’avec ces deux pieds. Et en concertation avec le président, seront désignées les équipes qui doivent concrétiser nos objectifs sur le terrain.
Je m’engage à tirer toutes les leçons de nos expériences tant au plan de l’éthique personnelle, de responsabilité, d’écoute attentive, de prise de compte de l’avis d’autrui, de méthode de travail, de communication avec vous, de lieu de communication avec vous, de canaux de communication avec vous, de supports de communication avec vous de vous avec moi, de vous avec le Secrétariat, de vous avec le Président.
La démocratie, c’est aussi la coexistence de volontés différentes, voire divergentes, unies pour un même but, arbitrées par un corpus de règles élaborées par tous, applicables et opposables à tous.
Je m’engage à faire respecter la discipline légale, dans l’esprit et dans la lettre, plus dans l’esprit que dans la lettre, car certains textes sont dépassés.

Je mettrai fin aux rebellions, aux insubordinations, aux écarts de conduite et de langages. Nous devons rétablir, concomitamment, les notions de responsabilité et de hiérarchie. Nous devons apprendre à interpeller, et à rendre compte dans le respect des procédures. Personne n’est de trop au FFS, mais nul n’est indispensable. Je sais que je réussirai avec votre soutien.

Tous ensemble, travaillons à retrouver la mystique et la ferveur de notre parti, dans notre parti.
Chers amis,
Merci de m’avoir écouté, à votre tour de parler, sous 3 conditions :
– La vérité d’abord,
– La courtoisie, ensuite,
– La proposition et la solution, en fin.

J’ai appris ce langage, cette méthode, cette attitude avec notre président Hocine Ait Ahmed.
C’est grâce à lui qu’aujourd’hui nous formons une famille.
Soyons dignes de lui ; soyons dignes de son combat et de ses rêves.
Je vous prie de le saluer avec moi.


 

FFS
Front des Forces Socialistes

DECLARATION

Réuni en session ordinaire les 19 & 20 janvier au siège national, le conseil national du Front des Forces Socialistes a adopté, à l’issue d’un large débat, la déclaration suivante :
Notre pays vit les plus grands paradoxes de son histoire. Les institutions imposées à tous les niveaux de l’Etat, se révèlent aujourd’hui, inefficientes et incapables de répondre aux préoccupations de la population. Pendant que les caisses du pays sont renflouées et affichent une aisance financière historique, la situation sociale des algériens ne cesse de se dégrader. Le nombre croissant des suicides, les soulèvements populaires récurrents et cycliques, l’accroissement et l’extension des fléaux sociaux, sont des indices du vécu de l’Algérie réelle et qui contredisent les faits d’annonces et les chiffres officiels. L’absurdité officielle ne peut occulter une réalité insoutenable pour de larges couches de la population.
Toutes les règles de la bonne gouvernance sont bafouées. Les libertés publiques sont systématiquement réprimées et le pays donne l’image d’un vaste centre pénitencier. Les interpellations, les menaces, voir les incarcérations, font office de politique et de doctrine chez nos gouvernants. Les mirages de l’Etat de droit sont vite rattrapés par une réalité des plus tristes. La justice sensée constituer l’un des fondements essentiel de l’Etat de droit est devenue une honteuse machine à broyer les libertés, toutes les libertés.
Le refus d’agréer les syndicats autonomes, l’atomisation des syndicats existants et l’orchestration de coups d’Etat dans les organisations et les partis politiques d’opposition mettent à nu la stratégie d’anéantissement et d’éradication absolus de l’_expression politique et syndicale autonome. Excepté les « syndicalistes » de salons d’une centrale, devenue un des centres – distributeurs de la rente, les travailleurs algériens pataugent dans le désarroi et la misère. Le pacte social envisagé par la chefferie du gouvernement et ses alliés n’est en réalité qu’un contrat de repentance sociale face au bradage de l’économie nationale et des maigres acquis de la communauté travailleuse.
L’impasse politique est intégrale. Les « institutions » sont dans l’immobilisme et l’attente. La maladie du chef de l’Etat a fini par contaminer le fonctionnement des institutions. Les affaires publiques sont gelées et totalement suspendues en attendant les arrangements et les rééquilibrages internes au sérail.
Aucune ouverture politique ne pointe à l’horizon et le système continu à cultiver le mensonge et la corruption. La loi anticorruption votée récemment par l’assemblée nationale, elle -même issue de la corruption politique, relève du mensonge et du mépris à l’égard des cadres intègres, des travailleurs et à l’endroit du peuple algérien qui assiste impuissamment à la dilapidation officielle de ses richesses et de son patrimoine.
La charte de BOUTEFLIKA que le système a teinté de paix et de réconciliation s’est avérée être une farce électorale dont la finalité est : La consécration de l’impunité. Aujourd’hui et à la faveur de l’adoption de ce texte, les chefs de guerre de tout bords se glorifient de « missions accomplies ».
Convaincu que l’ouverture politique véritable est la seule alternative qui permettra aux citoyens de reprendre leur droits, le Front des Forces Socialistes met en garde les autorités du pays sur la persistance de la gestion policière et répressive de la société,se solidarise avec les syndicats autonomes, les enseignants du supérieur et toutes les catégories Le Front des Forces Socialistes qui s’inscrit dans le combat pour la démocratisation du pays et de la sociales révoltées et victimes de la mal vie et de l’arbitraire.
Le Front des Forces Socialistes appelle l’ensemble des syndicats autonomes à converger et à s’unir dans la diversité pour la lutte pacifique et la défense des libertés publiques.
Le Front des Forces Socialistes, appelle l’ensemble de ses militants, ses sympathisants et particulièrement ses élus à soutenir et à accompagner la dissidence nationale pacifique et citoyenne.
Le Front des Forces Socialistes, appelle les acteurs politiques et sociaux autonomes à assumer leurs responsabilités devant l’histoire et le peuple algérien. Le caractère grave de la situation que vivent les algériens nous interpelle.
Le Front des Forces Socialistes qui milite pour une Algérie plurielle et heureuse s’associe et fait sien de toute dynamique citoyenne de changement pacifique et démocratique.

Alger le 20 janvier 2006