Verdict mal formulé ou lectures subjectives ?

Verdict mal formulé ou lectures subjectives ?

El Watan, 3 janvier 2003

Le verdict de mardi dernier de la chambre administrative dans l’affaire opposant le FLN de Benflis aux animateurs du «mouvement de redressement» était-il mal formulé pour que les deux parties en conflit l’interprètent différemment ? D’aucuns estiment, à juste raison, que cette décision est ambiguë, manque de précision et de clarté. Conséquence : les lectures se multiplient et chaque partie commente à sa guise le contenu de manière contradictoire.

Intervenant lors d’une conférence de presse animée mercredi dernier, le coordinateur du «mouvement de redressement», M. Abdelaziz Belkhadem, estime que «le tribunal ne s’est pas prononcé sur le gel du FLN en tant que parti, mais sur ce qui découle du 8e congrès». Pour lui, la justice a juste gelé les activités de «toutes les instances issues de ce congrès». Cette «échappatoire» permettra aux «redresseurs» d’utiliser le sigle du FLN pour les besoins de leurs activités partisanes, notamment la préparation du «congrès de réunification». De son côté, la direction politique du FLN considère que les locaux du parti ne seront pas mis sous scellés, Ali Benflis reste toujours secrétaire général et idem pour la composante du comité central dont la majorité des membres est issue du 7e congrès, reconduite à l’issue du 8e. Y a-t-il donc antinomie dans la formulation de l’arrêt de la chambre administrative pour susciter des lectures aussi contradictoires que subjectives ? Même l’agence officielle APS a nourri l’équivoque quant aux termes de la décision de la cour d’Alger. En effet, une dépêche de l’APS produite mardi dernier à 10 h 36 a fait état du «gel de toutes les activités du FLN ainsi que ses comptes bancaires jusqu’à ce que la situation soit mise en adaptation et en conformité avec la loi». Néanmoins, la même agence a «rectifié le tir» à 16 h 17 en notant que «la cour d’Alger a prononcé le gel de toutes les activités du FLN en vigueur en vertu du statut et du règlement intérieur issus du 8e congrès jugé non légitime». L’ambiguïté est de taille. A la lecture de la première dépêche, il ressort que ce sont toutes les activités du FLN (de la base au sommet) qui sont gelées. Mais la seconde dépêche laisse entendre que ce sont les activités des instances issues du 8e congrès du FLN qui sont gelées. En tout état de cause, cette mesure concerne aussi bien les activités des «redresseurs» que celles de l’actuelle direction du FLN.
La quadrature du cercle
Les mesures prises à l’encontre de l’ex-parti unique ne laissent pas une marge de manœuvre aux deux tendances protagonistes. Qui sera donc habilité à convoquer un autre 8e congrès du FLN ? Sinon, comment les «redresseurs» comptent-ils tenir leur congrès de «réunification» au nom d’un parti politique dont les activités sont gelées par la justice ? A la la lumière des statuts du FLN, seul le secrétaire général du parti ou les deux tiers des membres du comité central peuvent convoquer un congrès extraordinaire. Pour éviter une entorse aux statuts du parti, les redresseurs pourraient exploiter deux pistes. Ils doivent soit rallier les deux tiers du comité central issu du 7e congrès, soit pousser Ali Benflis à convoquer ce congrès, ce qui est invraisemblable. Cela dit, la probabilité que Benflis marche dans le scénario de ses adversaires est très peu envisageable au regard même de sa détermination à en découdre avec le cercle présidentiel. Même les réponses du coordinateur du «mouvement de redressement» dénotent une certaine confusion. «Deux approches ont été discutées au sein du mouvement de redressement : la première est d’appeler tous les militants, y compris ceux de l’aile de Benflis, ainsi que les membres du comité central pour débattre la question ; la seconde, élire par là même les congressistes et préparer le 8e congrès», a déclaré M. Abdelaziz Belkhadem. Ce dernier a reconnu, par ailleurs, que le 7e congrès a épuisé son mandat, ce qui ne plaidera pas en sa faveur. Autant dire que les «redresseurs» sont devant une véritable quadrature du cercle. Seul un autre coup de force leur permettra d’organiser un congrès au mépris de la loi organique et des statuts du FLN.

Par A. Benchabane