Le FFS tiendra un Conseil national extraordinaire demain

Le FFS tiendra un Conseil national extraordinaire demain

La fin du présidium ?

El Watan, 8 mars 2018

Les locataires de l’avenue Souidani Boudjemâa tentent d’en minimiser l’ampleur et refusent de parler de crise.

C’est un conseil national extraordinaire déterminant que le Front des forces socialistes (FFS) tiendra demain pour trancher la question de l’organisation d’un congrès extraordinaire. Une échéance statutairement obligatoire provoquée par la démission du député Ali Laskri de son poste de l’instance présidentielle (présidium).

Une troisième démission après celles de Saïda Ichalamène et de Rachid Halet. Il ne reste que Mohand Amokrane Cherifi et Aziz Bahloul à la tête de cette instance, créée lors du dernier congrès. De fait, cette structure de direction devient caduque.

L’article 47 des statuts du parti stipule à cet effet : «Si le nombre des membres de l’instance présidentielle est réduit à moins de trois, un congrès extraordinaire est convoqué pour élire une nouvelle instance présidentielle.» Et le député de Boumerdès — anciennement premier secrétaire national — réclame la tenue d’un congrès extraordinaire conformément aux textes du parti.

De toute évidence, cet épisode met au grand jour des désaccords internes sur la manière avec laquelle sont gérées les affaires du parti. Une crise organique qui cache difficilement une brouille politique. Les locataires de l’avenue Souidani Boudjemâa tentent d’en minimiser l’ampleur et refusent de parler de crise. Moins visible politiquement, le FFS passe sous silence nombre de questions d’importance nationale. Ses interventions publiques se raréfient.

Un choix ? Pas si sûr tant la tâche première d’un parti politique de surcroît de l’opposition est d’aider à l’explication et la compréhension des conjonctures politiques et d’en proposer des perspectives. S’il est vrai que le FFS s’est employé à échapper de «calquer» son agenda sur celui imposé par le pouvoir politique, il n’en demeure pas moins que son «silence» déroute. D’autant que le FFS fait de «la réhabilitation du politique et de la politique» un de ses leitmotivs. Le temps de l’opposition ferme et radicale en portant le fer contre le pouvoir politique est loin.

La fougue avec laquelle il a remué le champ politique national n’est plus sa langue officielle. Un positionnement jugé «trop conciliant». En tout cas moins dérangeant. Il a pris forme dans la généreuse initiative de «construction d’un consensus national» aux contours aussi vagues qu’imprécis. Des années après son lancement, elle n’a pas rencontré d’écho et le parti n’a pas non plus fait le bilan de cette démarche qui a manifestement échoué.

Cette posture actuelle a fait perdre au parti son influence et son champ d’action s’est rétréci. En coulisses, nombre de cadres du FFS ne partagent pas l’attitude officielle du parti. Ils souhaitent une présence plus accrue dans l’espace politique, d’autant que le pays est confronté à de multiples enjeux.

C’est le non-dit de la crise qui couve au parti depuis des années. La réunion du «parlement» du parti demain peut bien constituer l’occasion de débattre en toute liberté ces questions. Pour peu que toute la direction du parti fasse le choix d’assumer un débat libre et contradictoire. Et pourquoi pas, à terme, aboutir à une réconciliation de la grande famille du FFS. C’est la seule voie de salut pour un parti dont le combat démocratique a grandement besoin.

Hacen Ouali


Mohamed Hadj Djilani. Premier secrétaire du FFS

«Le régime est incapable de gérer le pays»

«Le pays est au bord du gouffre et les signaux sont au rouge», avertit le premier secrétaire du FFS. Selon lui, le pouvoir politique est «incapable de gérer le pays» et est «prêt à tout pour survivre».

– Le pays est secoué par une vague de contestation sociale et le gouvernement renvoie l’image d’une équipe qui se contente d’assurer le service minimum. Quelle analyse fait votre parti de la situation qui domine le pays ?

La crise n’est pas seulement d’ordre social, elle est multidimensionnelle, politique, économique, sociale. Sur le plan politique, le régime est dos au mur, incapable de gérer le pays, prêt à tout pour survivre. Il est en panne d’initiative salvatrice et d’une vision sérieuse de sortie de crise. Sur le plan économique, la situation n’est pas réjouissante.

L’inflation, l’augmentation des taxes et les promesses de diversifier l’économie, le pays reste tributaire de la rente pétrolière. La corruption et les malversations mafieuses restent de mise. Sur le plan social, la contestation est grandissante.

La société bouge, les syndicats, les collectifs. La brutalité avec laquelle il répond aux revendications citoyennes est un signe de faiblesse et de panique. La manière unilatérale avec laquelle le pouvoir gère notre pays ne peut le mener que vers le désastre. Nous ne pouvons pas parler d’un service minimum dès lors que le constat de non-gouvernance est flagrant.

– A une année de sa tenue, le débat sur l’élection présidentielle d’avril 2019 peine à s’engager. La classe politique donne l’impression d’être hésitante. On n’entend pas le FFS s’exprimer sur le sujet, pourquoi ?

Ce qui préoccupe le FFS, c’est avant tout la situation actuelle du pays, à la limite de l’explosion. L’immobilisme que le régime tente de faire perdurer jusqu’à la prochaine élection présidentielle d’avril 2019 n’est pas au service du pays, encore moins au service du peuple. Le FFS est convaincu qu’il est plus que jamais temps de chercher des solutions politiques consensuelles.

La fuite en avant n’a jamais été porteuse. Pensons déjà à cette année 2018 qui s’annonce déjà douloureuse pour nos concitoyens. Le FFS a eu à anticiper sur les risques qu’encourt la politique antipopulaire, antisociale, antinationale et antidémocratique prônée par le régime.

– Le chef de l’Etat est absent en raison de sa maladie. Pour votre parti y a-t-il une vacance du pouvoir ? L’Etat et le pays peuvent-ils s’accommoder d’une telle situation ?

Ce n’est pas la maladie d’une personne qui nous inquiète, mais c’est l’état de santé du pays. Le pays est au bord du gouffre et les signaux sont au rouge. Lorsqu’on a dévié des idéaux de Novembre 1954, lorsqu’on a privilégié la dictature à la démocratie et à l’Etat de droit, c’est tout le pays qu’on a mis en péril.

Lorsqu’on a fait voter des lois antisociales, antinationales et antipopulaires, on a mis en péril non seulement les générations actuelles, mais les générations futures.

Le danger pour nous c’est de voir la souveraineté du pays mise en péril, et que la situation actuelle se transforme en une violence dévastatrice. Néanmoins, nous disons qu’il y a toujours des raisons d’espérer. L’espoir vient de l’engagement des militants, de la capacité de notre peuple à la résistance aux épreuves de la multiplication des initiatives et de la détermination à apporter le changement.

La mobilisation citoyenne, constatée lors de nos différentes rencontres électorales et post-électorales, nous renforce dans notre conviction que la population a soif d’action politique crédible et sincère.

La mobilisation des enseignants, des médecins résidents, des étudiants de l’ENS et des syndicats autonomes, leur mouvement est un signal fort de prise de conscience au sein de la société, qui a brisé le mur de la peur, par des sacrifices, en faveur des droits sociaux et politiques.

La mobilisation des militants, des avocats et des défenseurs des droits de l’homme lors du procès de nos militants de Ghardaïa et des militants des droits a fini par rendre justice aux accusés. Le FFS revendique le droit à la sécurité, la paix, la liberté et réaffirme sa détermination à continuer à militer pour les droits du peuple algérien.

– Votre parti tiendra ce week-end une session extraordinaire de son conseil national sur fond de crise organique, suite à la démission de Ali Laskri de l’instance présidentielle. Allez-vous tenir un congrès extraordinaire comme l’exigent les statuts du parti ?

Après avoir tenu un conseil national le 16 février dernier, le FFS en a convoqué un autre pour le 9 mars (demain), où il sera question de débattre de la situation organique du parti.

Le conseil national reste souverain, il est un lieu de débat entre les cadres du parti, et notre confiance envers ceux-ci est grande dans la mesure où nous croyons fortement qu’ils sortiront avec les décisions les plus adéquates à même de permettre au parti de jouer le rôle qui est le sien sur la scène politique, aux côtés des Algériennes et des Algériens.

– Ainsi il existe bel et bien une crise, dès lors que trois des cinq membres du présidium ont démissionné de leur poste ?

Nous le disons et le répétons, c’est le pays qui est en crise. La mauvaise gouvernance, plutôt la non-gouvernance fait que les Algériennes et les Algériens ont du mal à admettre que les idéaux pour lesquels ils se sont battus un certain 1er Novembre 1954 soient aujourd’hui atteints. Nous évoluons dans un environnement hostile à toute idée contradictoire, à tout projet contradictoire.

Les voix discordantes sont muselées et l’opposition est menacée. Le parti traverse parfois des zones de turbulences, mais la conviction de ses militants en le débat, la démocratie et le respect des textes est inébranlable. C’est cela même qui nous aide à dépasser les situations difficiles.
Hacen Ouali