Ouyahia à l’ouverture des travaux du 3e congrès du RND

Ouyahia à l’ouverture des travaux du 3e congrès du RND

Tout le soutien à Bouteflika pour les « échéances politiques à venir »

par Mohamed Mehdi, Le Quotidien d’Oran, 26 juin 2008

Devant une salle des congrès archicomble, Ahmed Ouyahia, le secrétaire général du Rassemblement national démocratique (RND) et le fraîchement (re)nommé au poste de chef de gouvernement, a réaffirmé son soutien total et indéfectible au président de la République.

« Le frère Abdelaziz Bouteflika pourra toujours être assuré de notre soutien loyal, que ce soit au sein des institutions, dans le cadre de l’Alliance présidentielle ou en tant que famille politique, notamment aux échéances politiques majeures qui s’annoncent pour bientôt », a déclaré hier Ouyahia. Et comme la seule « échéance politique majeure » qui s’annonce pour bientôt, c’est l’élection présidentielle de 2009, qui aura lieu dans moins d’un an, le RND affirme donc qu’il soutiendra le chef de l’Etat, si ce dernier décide d’aller vers une révision constitutionnelle pour consacrer un 3e mandat présidentiel. La précaution prise par Ouyahia de ne pas parler ouvertement d’une révision de la Constitution vient probablement du fait que la décision n’a pas encore été prise par le concerné lui-même.

C’était le seul moment fort de l’ouverture des travaux du 3e congrès du RND, qui s’annonce sans véritables enjeux. Le reste, c’était plus des échanges d’amabilités avec les invités, en particulier avec les partenaires de l’Alliance présidentielle. Si le président du MSP est venu en personne, le SG du FLN a préféré envoyer le porte-parole du parti. Parti accomplir une Omra aux lieux saints, Abdelaziz Belkhadem, le désormais ex-chef de gouvernement, s’est fait remplacer par Saïd Bouhadja. Après les salutations d’usage, Bouhadja rappelle que la « responsabilité est partagée » entre les membres de l’Alliance dans la gestion de l’exécutif.

Ouyahia ne manquera pas, de son côté, de saluer les « réalisations du frère Belkhadem » à la tête du précédent gouvernement, avant de donner la parole à son « camarade » Bouguerra Soltani, comme il aime l’appeler. A son tour, le président du MSP rappelle que son « frère » Ouyahia est l’homme « des 4 présidences »: SG du RND, président de la coalition, chef du gouvernement et président du bureau du congrès. Soltani a souhaité pleine réussite aux travaux du congrès du Rassemblement dont il avait pressenti le succès dès la veille. Allusion à la nomination du SG du parti au poste de chef de gouvernement. Soltani a également tenu à saluer Abdelmadjid Sidi Saïd, qu’il désigne comme le secrétaire général du « parti des travailleurs », avant de corriger ce lapsus (?).

A noter que les premières prises de parole parmi les invités du congrès ont été celles du représentant du Polisario, suivi de l’ambassadeur de Palestine à Alger et du SG adjoint du RCD tunisien. Etaient également présents à ces assises des membres fondateurs du RND, dont le général Betchine, des représentants d’autres formations politiques comme Amara Benyounès de l’UDR et Djelloul Djoudi pour le PT. Les patrons privés étaient également en force. On remarquera le président du FCE et d’autres membres du Forum, ainsi que les présidents de la CNPA, de la CAP et de la CGOEA.

En dehors de son franc soutien à Bouteflika, le SG du RND, qui préside également le bureau du congrès, a fait un bilan de 11 années d’existence du parti. Se basant sur les résultats des dernières législatives, il note que le RND a progressé de 30% en nombre de voix par rapport à 2002, et a augmenté de 25% le nombre de ses sièges à l’APN. Pour les élections locales de 2007, « la progression est de 60% dans le nombre de communes qu’il préside » et « a multiplié par 5 le nombre d’APW » qu’il dirige. Ouyahia a rendu hommage aux patriotes, au fondateur du parti, Abdelhak Benhamouda, et rappelle que le RND « a combattu le terrorisme et continuera à le combattre », tout en saluant le « courage politique du président Abdelaziz Bouteflika » pour avoir « mené notre pays vers la réconciliation nationale », dira-t-il également. Il rappelle que le Rassemblement compte « de nombreux cadres et responsables » qui ont eu « à gérer les affaires du pays durant la phase difficile de la crise multiforme qu’a connue le pays ». Ouyahia a qualifié d’« humiliation nationale » le rééchelonnement de la dette extérieure algérienne au début des années 90, qui a été « accompagnée de douloureuses conditionnalités sociales ». Allusion aux licenciements de centaines de milliers de travailleurs des entreprises publiques fermées, dont une bonne partie s’est déroulée durant son premier mandat de chef du gouvernement. Mais, reprend-il, « aux centaines d’entreprises hier contraintes à la fermeture, succèdent aujourd’hui les milliers d’investissements lancés ou déjà mis en exploitation ».

Ouyahia fait le procès de l’époque Chadli en faisant la comparaison entre la gestion de l’après-tremblement de terre d’octobre 1980 et celui de mai 2003. « Même les séquelles du séisme de mai 2003 ont été effacées en quelques années, ce que notre pays n’a pu réaliser à la suite du séisme de 1980, bien que le baril de pétrole valait alors 40 dollars ». Tous ces exemples pour montrer « les progrès réalisés par l’Algérie durant cette décennie, et notamment durant les 5 dernières années, en termes de chantiers ouverts et de réformes engagées ».

Plus réaliste, Ouyahia considère que ces « réalisations » ne doivent pas nous faire oublier que l’Algérie est « gravement dépendante » de ses recettes pétrolières, que des « jeunes Algériens, acculés par le désespoir, sont contraints au suicide à travers les mers », que « la criminalité et les maux sociaux se propagent » et que certains s’attellent à amasser des fortunes « mal acquises ». A tout ceci, il faut ajouter la « bureaucratie pesante » qui « ne s’adapte pas aux réformes pour se mettre au service du citoyen, et ne réalise pas encore la nécessité cruciale de faciliter l’investissement».

Pour le SG du RND, la solution à nos problèmes ne réside pas dans les « débats idéologiques » ni dans « le repli sur le passé », « encore moins dans le renoncement à notre identité par mimétisme », ni à la « course dogmatique vers l’ouverture économique ». Il veut en finir avec « le mythe de l’aisance financière » et faire admettre que « le bien-être des gens ne peut avoir de sens sans la stabilité sociale garantie par un bien-être partagé ». Il faut, dit-il, « avoir le courage d’affronter ces vérités » et craint que le pays ne soit exposé, « tôt ou tard, aux amères expériences déjà vécues il y a à peine 20 ans », dans une allusion à peine voilée aux événements d’octobre 1988 et à l’émergence de l’islamisme version FIS.

Dans le lot de solutions, Ouyahia propose un « débat politique » devant d’abord servir de consensus pour reconnaître « nos faiblesses » et « mieux exploiter nos moyens ». Il parle de « mobilisation pour réconcilier les Algériens, tous les Algériens, avec eux-mêmes et avec leur patrie ».

Le SG du RND a évoqué, pour la première fois sans doute, le concept de « réconciliation nationale globale et véritable », une sorte « d’élan national » pour « nous libérer du pétrole et de la précarité ». Il considère, d’ailleurs, que « l’ennemi premier est moins la traîtrise criminelle d’un terrorisme qui doit être combattu et qui est condamné à l’extinction ». Il est plutôt à chercher «dans nos mentalités», c’est-à-dire «l’insouciance», la «médiocrité» et les «égoïsmes individuels ».

Parmi toutes les questions internationales évoquées dans le discours d’ouverture de Ahmed Ouyahia, l’on retiendra sa position à propos de l’Union pour la Méditerranée (UPM). Pour lui, les conditions d’une « prospérité » de cette nouvelle initiative « dépendront de deux principes fondamentaux». Le premier concerne « l’avènement d’une paix juste et définitive au Moyen-Orient qui passe par la concrétisation des droits du peuple palestinien ». En second lieu, il faudra doter le projet de l’UPM « d’objectifs clairs, dans le cadre d’un respect mutuel et d’intérêts mutuellement avantageux pour toutes les parties », dira-t-il encore à ce propos.