La carte politique islamiste chamboulée

La carte politique islamiste chamboulée

Ali Benhadj, le MSP, Djaballah et Taleb Ibrahimi

Le Quotidien d’Oran, 24 juin 2003

La mort de Mahfoud Nahnah, la prochaine libération d’Ali Benhadj, et la montée en puissance de Djaballah, boosté par les récentes déclarations du chef de l’état-major, vont contribuer sensiblement à changer la carte politique islamiste à l’approche des présidentielles de 2004.

En effet, avec la mort de Nahnah, le MSP risque de passer dans une phase difficile due essentiellement à la lutte des chefs qui a déjà commencé à prendre forme avant même la mort du cheikh. Il est clair que le départ du leader spirituel du MSP va faire baisser la cote du mouvement pour la société et la paix auprès des Algériens et surtout des électeurs, qui ne voyait le MSP qu’à travers « l’homme à l’alpaga ».

L’absence du cheikh aux campagnes des législatives et locales avait en effet provoqué déjà une chute du parti sur la scène politique montrant ainsi les limites de ses principaux cadres, et surtout leur incapacité à mobiliser les masses.

Ce passage difficile du MSP a permis à la formation politique de Djaballah, El Islah de s’illustrer et de s’installer comme la troisième force politique à l’assemblée et surtout de prouver une nouvelle fois à la classe politique et surtout aux démocrates l’importance de la mouvance islamiste dans l’échiquier politique.

Malgré cette position importante El Islah, refuse de participer à la coalition gouvernementale, dirigé par Benflis. En effet Djaballah ne voulait pas faire l’erreur du mouvement Ennahda. Selon les aveux d’un ancien député d’Ennahda, qui connaît bien le personnage. « Djaballah veut être président avant de donner la chance à ses cadres de devenir ministres ». Djaballah, qui se revendique de l’opposition, fait tout pour ne pas attirer les foudres de guerre du pouvoir. Lors de l’adoption du programme du gouvernement Ouyahia, les députés d’El Islah se sont abstenus, alors le chef du gouvernement n’avait pas cessé de tirer à boulet rouge sur les députés de Djaballah. Les récentes déclarations du chef de l’Etat major qui avait déclaré qu’il serait favorable à l’élection d’un président islamiste à l’image de Djaballah avaient donné de l’assurance au chef d’El Islah après les critiques acerbes du chef du gouvernement Ouyahia à l’assemblée.

A ce sujet Djaballah n’a pas hésité à remercier le général Major Lamari sur les ondes de la chaîne 1 pour ce choix judicieux tout en indiquant qu’il n’est pas prêt à jouer « le dindon de la farce » autrement dit de servir de lièvre aux prochaines élections en 2004.

Car certains députés du mouvement parlent de plus en plus d’un second tour avec le leader du MRN. En réalité, la montée en puissance de Djaballah est placée pour barrer la route à un autre candidat de la mouvance islamiste, Taleb Ibrahimi.

En effet, celui-ci se prépare pour se présenter aux présidentielles 2004. Malgré l’interdiction de son parti le mouvement Wafa. L’ancien candidat à l’élection 99 entend aller jusqu’au bout du projet politique.

Et la prochaine sortie d’Ali Benhadj risque de favoriser son retour rapide sur la scène politique. D’ailleurs le responsable du Wafa prépare une série d’entretiens pour la rentrée politique en septembre. Période propice pour annoncer une candidature aux présidentielles.

En attendant, la création d’une nouvelle formation politique, Ali Benhadj a fait entendre à travers son frère et son fils récemment aux responsables du MSP et surtout à Djaballah qu’il soutiendrait Taleb Ibrahimi. Un soutien qui est conditionné par un retour graduel du parti dissous sur la scène politique. Reste que pour le moment El Islah, qui est mieux organisé et surtout « légal » garde toutes ses chances d’occuper pour un certain temps la tête du pôle islamiste et cela en attendant peut- être une éventuelle chute politique comme ce fut le cas pour Ennahda.

Salim Bey