Réconciliation interpalestinienne : la voix timide de l’Algérie

Réconciliation interpalestinienne : la voix timide de l’Algérie

El Watan, 6 mai 2011

L’Algérie a accueilli hier avec une «grande satisfaction» l’accord de réconciliation interpalestinienne, signé le 4 mai dans la capitale égyptienne, indique le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué répercuté par l’APS.

«L’Algérie accueille avec une grande satisfaction la signature de l’accord de réconciliation interpalestinienne le 4 mai 2011 au Caire, accord pour lequel elle a inlassablement plaidé», indique le communiqué. «Elle exprime le souhait de voir cet accord sceller une réconciliation définitive et sincère qui permettra de renforcer la lutte du peuple palestinien», a ajouté la même source. Une réaction d’Alger qui vient bien tardivement depuis l’annonce de cet accord, le 27 avril 2011. Des pays comme la Jordanie, la Tunisie ou la Russie avait déjà salué la démarche politique palestinienne. Le roi Abdallah II de Jordanie a souhaité que l’accord aidera à mettre fin aux divisions palestiniennes.

«La Jordanie soutiendra les Palestiniens politiquement et économiquement, en particulier dans l’étape à venir, jusqu’à ce qu’un Etat indépendant soit créé sur la terre palestinienne», a-t-il déclaré, cité par l’agence Petra. Le silence algérien, jusqu’à hier soir, restait mystérieux pour nombre d’observateurs. Comment expliquer l’hésitation algérienne ? En visite, cette semaine à Washington à la demande du département d’Etat américain, Mourad Medelci, ministre algérien des Affaires étrangères, a parlé de presque tout, sauf de ce qui fait l’actualité au Moyen-Orient. Devait-il encore attendre le feu vert du président Bouteflika qui, selon ses dires, mène la politique extérieure de l’Algérie ? Les milieux diplomatiques savent depuis au moins cinq ans que le président algérien refuse de rencontrer Mahmoud Abbas. En 2010, le chef de l’Autorité palestinienne a visité les pays du Maghreb sans s’arrêter à Alger.

Abbas indésirable ?

Les autorités algériennes reprochent, d’après des sources palestiniennes, aux responsables du Fatah d’avoir «détourné» plusieurs millions de dollars de dons vers des comptes bancaires ouverts en dehors de Ramallah. En 2009, l’Algérie a annoncé sa contribution par 200 millions de dollars pour la reconstruction de la bande de Ghaza après l’attaque israélienne. Depuis le milieu des années 1990, l’Algérie figure parmi les pays qui ont le plus donné au peuple palestinien aux côtés de l’Arabie Saoudite, de la Suède, de la Norvège, de l’Allemagne, du Japon, des Etats-Unis, de la France et du Royaume-Uni ainsi que de l’Union européenne. En 2006, après un message de Mahmoud Abbas, Alger a versé 52 millions de dollars dans les caisses de l’Autorité palestinienne. Lors du sommet économique arabe au Koweït, en 2009, le chef de l’Etat algérien avait fait un discours favorable à la réconciliation entre les factions palestiniennes.

«Nos frères qui assument la direction de la révolution palestinienne ont la lourde responsabilité de reconstruire l’unité nationale autour d’une stratégie commune devant garantir leurs droits légitimes et la création d’un Etat palestinien indépendant et viable avec El Qods comme capitale», avait-il déclaré. Aujourd’hui que cette unité est réalisée, célébrée tant à Ghaza qu’en Cisjordanie, pourquoi le président algérien ne dit rien ? L’affaire des dons, supposée ou avérée, peut-elle suffire à tout expliquer ? Avec le Hamas, Alger entretient des rapports ambigus. Le chef du bureau politique du Hamas, Khaled Mechaâl, qui a cosigné mercredi 4 mai l’accord de réconciliation avec Mahmoud Abbas, a souhaité, en 2009, visiter l’Algérie à la tête d’une délégation de son mouvement. Il n’a pas reçu de réponse. Khaled Mechaâl, qui va bientôt s’installer au Qatar après un long séjour en Syrie, sera-t-il un jour reçu par les officiels algériens à Alger ?

Manque de dynamisme

Le président du MSP, Bouguerra Soltani, lui a rendu visite à Damas en 2009 et a rapporté que Khaled Mechaâl remerciait l’Algérie pour son «soutien diplomatique et matériel» après l’attaque israélienne contre la bande de Ghaza. Oussama Hamdane, représentant du Hamas au Liban et proche de Khaled Mechaâl, était venu en 2008 à Alger pour animer des conférences à l’invitation du MSP. Oussama Hamdane avait été reçu par Abdelaziz Belkhadem, alors chef de gouvernement, qui lui avait parlé d’une volonté de médiation algérienne pour mettre fin aux divisions palestiniennes. Le responsable du Hamas avait soutenu que son mouvement avait «une confiance indéfectible» quant à la capacité de l’Algérie d’assumer «la lourde tâche» de la médiation, rappelant le rôle qu’elle avait eu à jouer afin de mettre un terme aux dissensions de la guerre civile au Liban. «Le mouvement Hamas respecte les positions algériennes, surtout sa neutralité envers le conflit (entre Palestiniens)», avait-il confié.

On ne sait pas si l’accord signé au Caire entre le Hamas et le Fatah est le fruit «d’une médiation» algérienne, mais le monde entier sait que la nouvelle diplomatie égyptienne est la maîtresse de l’œuvre. C’est le premier acte concret et stratégique de l’Egypte de l’après-Hosni Moubarak. Il y en aura d’autres, car la politique extérieure égyptienne s’est débarrassée avec élégance des manteaux poussiéreux du passé. Le projet de la reconstruction de la bande de Ghaza est relancé. Et là, le Qatar,s’est mis en avant en proposant son aide. Après les échecs évidents des dossiers libyen, syrien et soudanais, l’incapacité d’assumer une position claire vis-à-vis des révoltes arabes en Egypte et en Tunisie notamment, la diplomatie algérienne, figée par l’idéologie des années de plomb, peine à trouver une dynamique plus forte et plus présente.
Fayçal Métaoui