Démission officielle du Premier ministre Salam Fayyad

Crise À la tête de l’Autorité palestinienne

Démission officielle du Premier ministre Salam Fayyad

El Watan, 15 avril 2013

Il lui avait été conseillé de ne pas accepter la démission du Premier ministre, Salam Fayyad, pour ne pas contrarier l’Administration américaine, mais le président de l’Autorité palestinienne et chef du Fatah, Mahmoud Abbas, a fait la sourde oreille.

Il a reçu son Premier ministre pendant une vingtaine de minutes au siège de la Présidence, à Ramallah, samedi dans la soirée, et lui a fait savoir qu’il acceptait sa démission. Le président Abbas a demandé à M. Fayyad de rester en poste jusqu’a la désignation d’un nouveau gouvernement. Cette démission survient sur fond de crise entre M. Fayyad et le mouvement Fatah, qui depuis des mois fustige sa politique budgétaire, responsable, selon le mouvement, de la grave situation financière qui asphyxie l’Autorité palestinienne.

La semaine dernière, le conseil révolutionnaire du Fatah a qualifié cette politique de «confuse» et «pleine d’improvisation». Il faut dire que les responsables du mouvement Fatah, moelle épinière de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), n’ont jamais vraiment accepté cet ancien fonctionnaire du Fonds monétaire international, diplômé des universités américaines, indépendant et n’appartenant à aucun courant politique.

Le mouvement Fatah voyait en M. Fayyad l’homme de l’Occident et surtout des Américains, au sein de l’Autorité palestinienne. Beaucoup d’entre eux ont exprimé leur colère contre l’ingérence de la Administration américaine, lorsque le secrétaire d’Etat, John Kerry, a tenté de faire pression sur le président Abbas pour le pousser à rejeter la démission de M. Fayyad. Vendredi soir, au cours d’une communication téléphonique avec le président Abbas, M. Kerry lui avait demandé de se réconcilier avec son Premier ministre.

Lors de sa récente visite en Cisjordanie occupée, le président américain, Barack Obama, l’avait cité comme partenaire incontournable dans toute relance du processus de paix, au même titre que le président palestinien, Mahmoud Abbas. Tout cela, en plus de l’impopularité dans la rue, à cause de la politique d’austérité qu’il a voulu instaurer dans le cadre de la lutte contre la crise financière, a rendu ce haut cadre de plus en plus encombrant.

Par la voix d’Amine Makboul, secrétaire général de son conseil révolutionnaire, le mouvement Fatah a exprimé sa satisfaction quant au départ de M. Fayyad. L’anecdote dans ce dossier est que le Premier ministre tenait vraiment à cette démission de peur de confirmer tout ce qui avait été dit quant à son rapprochement douteux avec les Etats-Unis.

En Israël, la décision du président Abbas a été perçue comme un double message de «l’obstiné» Mahmoud Abbas, destiné aux Etats-Unis et à Israël, disant qu’il est «capable de résister à leur pression, de prendre les décisions qu’il voit convenables, sans prêter aucune attention aux menaces de suspension des aides financières et économique en cas de départ de M. Fayyad». L’acceptation par Mahmoud Abbas de la démission de M. Fayyad laisse la porte grande ouverte pour la réalisation de la réconciliation avec le mouvement Hamas, estime-t-on aussi en Israël. Les mêmes sources disent que c’est un coup brisant la voie de la paix économique prônée par John Kerry, acceptée par M. Fayyad et rejetée par le président Abbas, qui ne croit qu’en la solution politique.

Maintenant que M. Fayyad fait partie du passé, beaucoup d’observateurs pensent que le président palestinien tentera de convaincre le mouvement Hamas de la nécessité de former un gouvernement de transition dans le cadre de l’application des accords de réconciliation, dont la mission principale sera d’organiser prochainement des élections présidentielle et législatives.
Si le mouvement Hamas ne suit pas M. Abbas dans cette démarche, il sera tenté de former un nouveau gouvernement en Cisjordanie occupée qu’il présidera en personne. Cela diminuera les tensions avec les Etats-Unis et Israël, qui auront du mal à expliquer tout probable embargo financier contre l’Autorité palestinienne.

Fares Chahine