Immigration : l’Europe se barricade !

Immigration : l’Europe se barricade !

De L’un De Nos Correspondants A Paris : Rabah Yanis, Le Quotidien d’Oran, 30 septembre 2006

En Autriche, la campagne électorale pour les législatives de dimanche prochain s’est achevée hier. L’ultime débat télévisé entre les responsables des principales formations politiques du pays a été à l’image de toute la campagne: centré sur la question de l’immigration. Les sondages l’affirment: la majorité des Autrichiens seraient favorables à un arrêt pur et simple de l’immigration. Une tendance qui laisse peu de chances à des divergences politiques: alors que les conservateurs au pouvoir prônent davantage de restrictions pour les étrangers désireux de s’installer en Autriche, l’opposition sociale-démocrate fait de la lutte contre l’immigration clandestine sa priorité. Il y a une semaine, lors d’un référendum, les Suisses avaient déjà opté le durcissement: 68% des électeurs ont voté en faveur de la nouvelle loi sur l’ immigration et 67,8% pour durcir les conditions d’accès au droit d’asile. Surprise: aucun des vingt-six cantons de la fédération ne s’est opposé à la nouvelle réglementation, pourtant très restrictive.

Mais l’artillerie lourde a été déployée, dès le milieu de la semaine dernière, par la France. Candidat probable à la prochaine présidentielle française, Nicolas Sarkozy multiplie les initiatives dans le domaine de la lutte contre l’immigration, un sujet qui devrait figurer au centre des débats électoraux. Jeudi, il a une nouvelle fois durci le ton à l’égard des immigrés sans-papiers séjournant en France. Devant les préfets, Nicolas Sarkozy s’est montré clair: il a souhaité que le rythme d’exécution de reconduite aux frontières des clandestins soit accentué. Depuis le début de l’année, « seuls » 14.304 sans-papiers ont été reconduits à la frontière. Insuffisant pour atteindre l’objectif de 25.000 éloignements pour l’année 2006 que s’est fixé le ministre. «A ce rythme, nous n’atteindrons pas les objectifs», a-t-il souligné.

Pour atteindre cet objectif, Nicolas Sarkozy veut également peser sur les politiques européennes d’immigration. Hier, en Espagne, il a prôné une réforme radicale de l’immigration en Europe. M. Sarkozy a proposé à ses sept collègues méditerranéens (Espagne, Italie, Portugal, Malte, Grèce, Chypre et Slovénie), réunis à Madrid, un « pacte européen sur l’immigration ». Parmi les mesures phares prônées par le ministre français: l’interdiction de toute mesure de régularisation massive de clandestins. Pour lui, ces mesures de régularisation exceptionnelles devraient dans l’avenir se limiter « strictement à des situations humanitaires au cas par cas ».

Début septembre, le ministre français avait déjà accusé le gouvernement espagnol d’être pour partie responsable du déferlement de clandestins sur les côtes des Canaries après avoir provoqué, selon lui, un effet d’appel en régularisant en 2005 quelque 600.000 étrangers sans-papiers. Des critiques qui ont irrité le Premier ministre espagnol. Pour Jose Luis Zapatero, « l’Espagne n’a pas de leçons à recevoir de la France en matière de politique d’immigration après les émeutes de l’automne 2005 dans les banlieues françaises ». Autres mesures annoncées: la mise en place d’une frontière européenne commune, avec un renforcement substantiel des moyens de l’Agence pour la coordination des frontières extérieures de l’UE (Frontex); créer un office européen de l’asile; le respect du principe de proportionnalité entre le flux migratoire accueilli et les capacités d’accueil sur le marché du travail, le logement, les services publics…

Hier, l’Europe a montré des signes d’impatience à l’égard de l’immigration clandestine. Pour agir efficacement contre ce phénomène, les Européens devraient solliciter l’aide de leurs voisins situés de l’autre côté de la Méditerranée. La semaine dernière, Nicolas Sarkozy a signé un premier accord dans ce sens avec le Sénégal. Prochaine étape: les pays du Maghreb.