L’égalité des chances, seul remède pour les harraga

Selon des experts

L’égalité des chances, seul remède pour les harraga

Par Malika L. B., Le Jeune Indépendant, 31 août 2008

Depuis le début de l’année en cours, les gardes-côtes ont intercepté plus de 346 candidats à l’émigration clandestine.
Devant l’ampleur que prend ce phénomène, des universitaires ont plaidé pour une meilleure prise en charge interne des jeunes dans les pays du Maghreb et de l’Afrique, afin d’éviter le phénomène migratoire des harraga vers l’Europe, appelant, aussi, à trouver des solutions d’intérêt commun, à cette situation, entre les deux rives de la Méditerranée.
Mme Farida Merabet, maître de conférence à l’institut de sociologie de l’université de Constantine, a qualifié le mouvement des harraga en Algérie, d’une «sorte de suicide», car ces personnes, a-t-elle indiqué «ne sont pas assez armées pour pouvoir partir, croyant retrouver un autre Eldorado, alors qu’elles se dirigent vers l’incertain et sans aucun but».
Elle a tenu à mettre en garde sur les «conséquences désastreuses et malheureuses» de part et d’autre des deux rives de la Méditerranée, «dans le cas où ce phénomène prend de l’ampleur et se propage, notamment lorsqu’il s’agit de pertes en vies humaines», a précisé Mme Merabet.
L’universitaire a souligné, à titre préventif, l’importance à «donner plus de possibilités matérielles et morales aux jeunes pour qu’ils puissent faire fructifier leurs projets dans leur pays», citant, à titre d’exemple les domaines de l’artisanat et de l’agriculture, et affirmant que «ce ne sont ni les potentialités, ni les idées qui manquent chez les jeunes algériens, mêmes chez ceux qui n’ont pas suivi une scolarité ou un cursus universitaire».
Concernant ce mouvement dans la région du Maghreb, devenue centre de transit pour d’autres populations d’Afrique, un autre universitaire a estimé qu’«il faut s’interroger, d’abord, sur l’origine de ce besoin de partir qui ravage ces jeunes, habités par le désir de s’arracher à leur pays», rejetant l’idée que les harraga optent pour l’émigration illégale «par désir de l’Europe». Ce phénomène «renvoie plus à la situation interne économique et sociale», a noté l’interlocuteur qui estime que ce mouvement migratoire est une question qui pose le problème du sort fait à la jeunesse des pays où l’émigration clandestine est fortement pratiquée.
Pour sa part, l’universitaire et directeur général de l’association France terre d’asile, M. Pierre Henri, avait indiqué que la question des départs des pays du Maghreb vers les pays du Nord, est abordée par l’Europe, d’une façon «exclusivement sécuritaire», ce qui a créé «une sorte de pression sur les Etats limitrophes à ce continent, notamment ceux de l’Afrique du Nord», qui, a-t-il dit «sont devenus des pays de transit et restent, en même temps, des pays d’émigration, à cause des difficultés économiques qu’ils connaissent».
Il avait ajouté qu’«il faut pour chacune des parties (pays d’émigration et de l’immigration) décider de solutions allant dans le sens des intérêts réciproques», estimant, que la migration «nécessité actuellement une organisation». Le sociologue Abdelkader Lakjaâ, se basant sur les résultats d’une enquête, a révélé que «sous l’emprise du désenchantement et d’un scepticisme croissant, les jeunes algériens sonnent le glas de l’idéologie nationaliste, de la façon la plus inattendue», affirmant «leur recours de plus en plus visible à l’émigration clandestine». Il a également tenu à souligner que les jeunes «ne semblent pas remettre en cause les règles qui régissent l’organisation générale de la vie en société et celles qui régissent les institutions qui la symbolisent, comme la religion et la famille». Ils se sont accordés à dire qu’une meilleure prise en charge interne des jeunes éviterait le phénomène. M. L. B.

11 harraga arrêtés à Annaba

Onze candidats à l’émigration clandestine ont été arrêtés hier matin dans la plage du Vivier, sur la corniche d’Annaba, alors qu’ils s’apprêtaient à prendre le large à bord d’une embarcation artisanale pour rejoindre les côtes italiennes, a-t-on appris auprès du chef de la station maritime principale des gardes-côtes.
Ces harraga parmi lesquels se trouvait une personne âgée seront présentés dans la journée devant le procureur de la République du tribunal d’Annaba, a-t-on signalé de même source. Neuf des 86 candidats à l’émigration clandestine interceptés jeudi au large d’Annaba à bord de cinq embarcations artisanales ont été placés sous mandat de dépôt, a fait savoir le même responsable.
Le reste de ces harraga devra comparaître devant la justice les 20, 21 et 22 septembre prochain, a-t-il encore ajouté. APS