Le ministère de l’Intérieur à propos de l’immigration clandestine: «Nous ne sommes pas des nazis»

Le ministère de l’Intérieur à propos de l’immigration clandestine: «Nous ne sommes pas des nazis»

par M. Aziza, Le Quotidien d’Oran, 28 avril 2018

«Ce ne sont pas les migrants qui nous font peur, mais on a peur de ceux qui les instrumentalisent». C’est ce qu’a souligné, jeudi dernier, le chargé de la gestion des crises et de la migration au niveau du ministère de l’Intérieur et des Collectivités locales, M.Kacimi Hacène, lors d’une conférence de presse tenue au département de Noureddine Bedoui.

Répondant ainsi aux critiques émanant des ONG de défense des droits de l’Homme et de certains milieux, le conférencier s’est étalé dans son intervention devant les journalistes pour affirmer que notre pays ne fait pas face à des vagues d’immigration clandestine mais plutôt à «des déplacements de populations» et parfois à des déplacements «de plusieurs ethnies à la fois».

Il dira qu’il y a des données qui nous poussent à réfléchir, en citant le cas de la commune de Bordj El Haouas de la wilaya d’Illizi, où le nombre des migrants nigériens a dépassé le nombre global de la population de cette commune «7 000 Nigériens contre 6 000 Algériens». Et d’enchaîner «vous pouvez imaginer la suite», dit-il. Et de souligner que l’Algérie fait face, chaque jour, à 500 tentatives d’entrées illégales sur le territoire national aux frontières sud du pays.

Ce chiffre est appelé à doubler voire tripler dans les années à venir, dira-t-il, en précisant que 700 000 Maliens veulent ainsi fuir leur pays et 800 000 Libyens sont déjà bloqués près des frontières, «une hypothèse tout à fait réalisable, si les Etats de la région n’œuvrent pas pour trouver des solutions durables, notamment des solutions de paix dans ces pays».

Il précise que ce n’est pas les migrants qui font peur, mais «c’est les 7 000 passeurs de la porte d’Agadez, au Niger, qui sont financés par l’Union européenne, dont la mission principale est de transporter les migrants vers les pays voisins dont l’Algérie, qui pose problème». Il poursuit «ce réseau de passeurs qui est financé à hauteur de 140 millions d’euros par mois, cherchera sans doute à fructifier son argent en le recyclant dans la contrebande, le trafic de drogue ou le terrorisme, et les candidats de l’immigration peuvent facilement tomber dans le piège». Et d’enchaîner «comme ils peuvent bien se transformer en groupes armés pour protéger leurs revenus».

Pour le Mali, le conférencier a tenu à souligner que «Bamako est la capitale du trafic de documents, d’identité, de passeports et autres». La majorité des migrants préfèrent cet axe justement pour pénétrer sur le sol algérien avec des fausses identités, dit-il. «Nous avons arrêté un migrant qui avait 12 identités», et d’autres n’ayant aucune !

Ce genre de problèmes n’est pas du tout facile à gérer, sachant qu’on est déjà entouré de zones de grandes turbulences, avec la présence des puissances étrangères, sans parler autant des enjeux géostratégiques. Or l’Algérie n’a aucun intérêt dans ces régions.

M. Kacimi a affirmé que même si l’Algérie défend sa souveraineté et son intégrité territoriale, «ce qui est légitime», elle veille aussi au volet humanitaire dans le traitement de la question des migrants.

Il dira en outre «ce qui nous fait peur aussi, ce sont les réseaux de trafic humain, il y avait un réseau nigérien qui utilisait des femmes et des enfants dans la mendicité, «on est arrivé à sauver 14 000 femmes et enfants qui étaient à la merci de ce réseau».

Selon le conférencier, pas moins de 56 000 Subsahariens ont été condamnés par la justice algérienne durant les cinq dernières années. Il affirme dans les détails que 30 000 parmi les personnes condamnées sont des Maliens, 20 000 autres Nigériens et 6 000 sans identité et sans nationalité. Sans parler autant de la menace des Djihadistes qui voulaient s’implanter en Algérie. Il rappelle le groupe de 19 djihadistes du Mali qui avec des fausses identités a pu pénétrer dans la wilaya de Ghardaïa en 2017. Et c’est grâce à la vigilance de l’armée algérienne qu’ils ont pu être interceptés.

«Nous ne sommes pas des Nazis»

Certains milieux disent que les migrants en Algérie sont maltraités, d’autres utilisent des termes durs, «la déportation des migrants en Algérie», d’autres emploient des termes «rafle des migrants». Des propos mal appréciés par le conférencier les qualifiant de «surréalistes». Et de répondre avec une certaine intransigeance que «nous ne sommes pas des Nazis». «Nous avons effacé les dettes de 14 pays africains sans contrepartie, ce n’est pas de l’humanisme ?», s’interroge-t-il. En ajoutant, «nous avons aussi envoyé des médicaments d’une valeur de 5 milliards de centimes à l’Est de la Mauritanie, comme aide d’urgence au camp de M’Berra, qui est rempli de dizaines de milliers de réfugiés». Et de souligner que l’Algérie avait envoyé 20 caravanes d’aides humanitaires entre 2012 et 2018 vers le Mali et le Niger, «ce n’est pas de l’humanitaire ?», poursuit-il.

Et pour ceux qui disent sans connaitre les lieux que le centre d’accueil de migrants de Tamanrasset est une prison, les responsables du ministère de l’Intérieur «les invitent à visiter les lieux pour voir de visu les conditions de prise en charge des migrants».

M. Kacimi affirmé que l’Algérie a consenti 20 millions de dollars pour prendre en charge les migrants durant ces trois dernières années, «il y a un autre dossier financier qui est en préparation». Il a affirmé que l’Algérie a ouvert des centres d’accueil dans chaque wilaya du pays. Le conférencier affirmé que si «les 26 pays de l’Europe qui ont le meilleur PIB du monde s’entraident pour prendre en charge les migrants, l’Algérie qui se trouve aujourd’hui en difficulté financière, prend en charge seule les migrants. Et d’affirmer que «si 10 000 migrants ont trouvé la mort en Europe, l’Algérie n’a enregistré aucun mort parmi les migrants».

Gratuité des soins pour les migrants

Le chargé de l’immigration, M.Kacimi a affirmé qu’humainement l’Algérie fait son devoir «sans l’écrire sur les toits». Il dira qu’en 2017, une cinquantaine de cas de paludisme chez les migrants ont été traités gratuitement dans les structures publiques en Algérie. Et ajoute que même ceux qui ont refusé de séjourner à l’hôpital, ils ont eu leurs médicaments en ambulatoire gratuitement. Il est également précisé que 37% des prestations et services de soins de l’hôpital de Tamanrasset sont au bénéfice des migrants subsahariens et de l’Afrique occidentale et ce gratuitement». Le conférencier a également cité la campagne de vaccination contre la rougeole qui a concerné tous les Maliens au niveau de Tin Zaouatine une commune de la wilaya de Tamanrasset située à la frontière avec le Mali.

La santé des migrants en Algérie est parmi les préoccupations des pouvoirs publics. Les deux départements à savoir ceux de la Santé et de l’Intérieur sont en train de constituer un dossier pour recenser les problèmes de santé et leur prise en charge chez les migrants subsahariens en Algérie, de 2016 à 2018, wilaya par wilaya. Un recensement ou une étude qui permettra à l’Algérie d’analyser cette situation, pour mieux cerner le problème de santé chez les migrants.


Entre humanisme et impératifs sécuritaires

L’Algérie défend sa politique migratoire

El Watan, 28 avril 2018

Lutte contre les réseaux de trafic d’êtres humains, protection des migrants et focalisation sur la sécurité nationale : longtemps mise à l’index sur la gestion des flux migratoires subsahariens, l’Algérie organise la riposte.

Pour la première fois, le gouvernement a décidé de communiquer sur un phénomène qui a terni l’image du pays ces derniers mois. Pour tenter d’expliquer la prudence avec laquelle les autorités gèrent le phénomène migratoire, le directeur d’études chargé de la migration au ministère de l’Intérieur, Hacène Kacimi, a rencontré, jeudi, les journalistes. Il a d’abord donné des chiffres peu connus jusque-là.

«On a sauvé 14 000 femmes et enfants des mains de cette bande de criminels du Niger qui commençait à s’organiser sur le territoire national pour exploiter cette frange fragile dans la mendicité», a indiqué le responsable, qui évoque pour la première fois et sans complexe, la question de la traite des êtres humains.

Si le responsable a donné cet exemple, c’est pour démentir les accusations contre l’Algérie. «Quand on parle de rafles et de déportations, nous ne sommes pas des nazis, et ceux qui ont pratiqué les rafles et les déportations sont des nazis», a-t-il dit, regrettant la campagne «violente» menée contre l’Algérie concernant la question de la migration.

Il fait allusion aux écrits de la presse et aux attaques des ONG de défense des droits de l’homme qui protestent contre la manière avec laquelle les migrants sont reconduits chez eux. Des médias rapportent souvent des témoignages de migrants clandestins qui évoquent des cas de maltraitance.

Le responsable du ministère de l’Intérieur a tenté d’employer des termes assez diplomatiques pour expliquer les déclarations du Premier ministre et celles du ministre des Affaires étrangères qui ont évoqué la présence de passeurs sur le territoire national. Il a expliqué, selon les propos rapportés par l’APS, que la sécurité nationale est la «priorité nationale» et «nous veillons pour que l’intégrité et la sécurité de notre pays ne soient pas menacées par n’importe quelle situation qui peut se poser et à tout moment».

Pour illustrer ses propos, le responsable a révélé que les réseaux migratoires avaient été «investis par le banditisme, le terrorisme, la criminalité et la subversion», ajoutant que durant les trois derniers mois, «l’équivalent de 39 milliards de centimes ont été saisis à Adrar, Tamanrasset et Illizi».

Il a ajouté que le réseau des passeurs d’Agades (Niger), «qui travaille dans la destination Libye et Algérie», a un revenu équivalent à 140 millions d’euros par mois, relevant que cet argent est «recyclé dans la contrebande, le terrorisme et la subversion».

Réseaux maffieux

Dans sa lutte contre l’émigration clandestine, le gouvernement algérien rappelle qu’il ne se limite pas à reconduire les migrants chez eux. Le responsable du ministère de l’Intérieur a indiqué d’ailleurs que l’Algérie a effacé la dette de 14 pays du continent, évaluée à 3,5 milliards de dollars durant les cinq dernières années. Une manière de rappeler, peut-être, que l’Algérie participe à sa manière à l’effort du développement des pays subsahariens.

En novembre dernier, le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, a révélé que l’Algérie avait dépensé plus de 100 millions de dollars pour aider les pays africains dans leur développement. Le pays consacre, également, plus de 20 millions de dollars pour lutter contre l’émigration clandestine.

Cette sortie vient conforter la ligne suivie par l’Algérie depuis plusieurs mois. Les autorités algériennes veulent ainsi dissocier le travail humanitaire de la lutte contre les «réseaux migratoires».

En déplacement à Kigali, au Rwanda, en mars dernier, Ahmed Ouyahia avait refusé de signer le protocole de libre circulation des personnes. «L’Algérie a reporté la signature du protocole de libre circulation des personnes pour ne pas ouvrir la voie à l’émigration clandestine, même si elle s’est engagée à aider les réfugiés se trouvant sur ses territoires pour des considérations humanitaires», avait-il déclaré.

Le ministre de l’Intérieur, Noureddine Bedoui, a également déploré, en mars dernier, «l’exploitation par les réseaux criminels de ces migrants dans leurs entreprises criminelles», ce qui «menace notre sécurité et la stabilité de notre société». Il avait également affirmé que «la préservation de la sécurité et de la sérénité publiques est légitime».

En trois ans, l’Algérie a reconduit plus de 27 000 migrants clandestins sur les 500 000 individus qui ont transité par son territoire. Le pays a également enregistré, ces cinq dernières années, la condamnation de 56 000 migrants subsahariens pour crimes et délits, parmi lesquels 30 000 sont des Maliens, alors que 20 000 sont des Nigériens.

Cela n’empêche pas des centaines d’autres migrants, dont beaucoup de femmes et d’enfants, de traverser la frontière algérienne, soit pour s’établir en Algérie, soit pour traverser la Méditerranée. Seuls 2% réussissent ce pari, selon les responsables du ministère de l’Intérieur.
Ali Boukhlef